1941 Citizen Kane

Avec : Orson Welles (Charles Foster Kane), Joseph Cotten (Jedediah Leland), Dorothy Comingore (Susan Alexander Kane), Everett Sloane (Mr Bernstein), Georges Coulouris (Walter Parks Thatcher). 1h59.

Né dans une modeste famille, Charles Foster Kane parvient, grâce à une volonté inflexible, et à un total manque de scrupules à devenir l'un des hommes les plus puissants des Etats Unis. En 1941, il meurt d'une crise cardiaque en prononçant le mot "rosebud" dans son palais de rêve, Xanadu....

   
1942 La splendeur des Amberson

(The magnificent Ambersons). Avec : Tim Holt (George Amberson Minefar), Joseph Cotten (Eugene Morgan), Dolores Costello (Isabel Amberson Minefar), Anne Baxter (Lucy Morgan). 1h28.

Eugene Morgan aime Isabel Amberson mais celle-ci préfère Wilbur Minafer. Un fils, George, naît de cette union. Wilbur meurt et Isabel se consacre entièrement à George qui devient un être tyrannique. De son côté, Eugene s'est marié, a eu une fille Lucy mais sa femme est morte...

   
1942 It's all true
 

Avec : Manuel 'Jacare' Olimpio Meira, Jeronimo André De Souza, Raimundo 'Tata' Correia Lima, Manuel 'Preto' Pereira Da Silva, Jose Sobrinho.

tourné en 1942 au Brésil, le film est interrompu brutalement par son producteur, déçu par la qualité des rushes, terrifié par la quantité de pellicule impressionnée.

Des 314 boîtes de négatif retrouvées en 1982, Richard Wilson, Myron Meisel et Bill Krohn tirent en 1993 un montage de 85 minutes qui se concentre principalement sur l'un des épisodes prévus : Four Men and a Raft (Quatre Hommes et un radeau).

   
1945 Le criminel

(The stranger) Production RKO. Avec : Orson Welles (Franz Kindler alias Charles Rankin), Loretta Young (Mary Longstreet), Edward G. Robinson (L'inspecteur Wilson). 1h35.

Pour arrêter un criminel de guerre caché aux Etats-Unis sous une fausse identité, un policier laisse s'évader un de ses complices. En le suivant, il retrouvera la trace de l'ancien nazi.

   
1946 La dame de Shanghai

(The lady from Shanghai). Avec : Rita Hayworth (Elsa Bannister), Orson Welles (Michael O'Hara), Everett Sloane (Arthur Bannister), Glenn Anders (George Grisby). 1h26.

San Francisco. L'aventurier Michael O'Hara s'éprend de la séduisante Elsa Bannister et accepte l'offre de son mari, le riche Arthur Bannister, de devenir marin sur son yacht. Michael espère ainsi revoir Elsa dont la présence l'obsède...

   
1947 Macbeth
Republic Pictures. Avec : Orson Welles (Macbeth), Jeanette Nolan (Lady macbeth), Dan O'Herlihy (Macduff). 1h47.
   
1952 Othello
Maroc. Mercury Production. Palme d'or festival de Cannes 1952. Avec : Orson Welles (Othello), Michael MacLiammoir (Iago), Suzanne Cloutier (Desdémone). 1h35.
   
1955 Monsieur Arkadin

(Condidential report) Espagne-France, Mercury production. Avec : Orson Welles (Gregory Arkadin et la voix du narrateur), Paola Mori (Raina Arkadin), Robert Arden (Guy van Stratten), Akim Tamiroff (Jalob Zouk), Michael Redgrave (Burgomil Treibitsch). 1h39.
   
1958 La soif du mal

Avec : Charlton Heston (Mike Vargas), Orson Welles (Hank Quinlan), Janet Leigh (Susan Vargas), Marlene Dietrich (Tanya). 1h 35.

Rudy Linnekar, un important homme d'affaires, est assassiné en compagnie de sa maîtresse; une bombe à retardement pulvérise sa voiture alors qu'il traverse la frontière américano-mexicaine. Deux policiers rivaux, l'Américain Hank Quinlan et le Mexicain Mike Vargas, mènent l'enquête...

   
1962 Le procès

(The trial). Avec : Anthony Perkins (Joseph K.), Orson Welles (l'avocat Hastler et la voix du narrateur), Akim Tamiroff (Block), Romy Schneider (Leni), Jeanne Moreau (Mlle Burnster), Elsa Martinelli (Hilda). 2h00.

Joseph K. se réveille un matin, accusé par des policiers qui se sont introduits dans son appartement, d'un délit dont il ignore la nature. Il mène sa propre enquête pour savoir ce qu'on lui reproche et finit par se laisser exécuter, consentant et hilare.

   
1965 Falstaff

(Campanadas a medianoche) Avec : Orson Welles (Sir John Falstaff), Keith Baxter (Le prince Hal), John Gilgud (le roi Henry IV), Jeanne Moreau (Doll), Margaret Rutherford (Mistress Quickly). 1h59

L'Angleterre en l'an 1399. Après l'assassinat du roi Richard II, Henry IV, né Bolinbroke, qui a usurpé le trône, doit faire face à une révolte de barons dirigée par Hotspur. Dans la taverne de Mr. Quickly, Hal, prince de Galles, son fils aîné, mène joyeuse vie en compagnie de son vieil ami Jack Falstaff...

   
1968 Une histoire immortelle
O.R.T.F d'après une histoire de Karen Blixen. Avec : Orson Welles (Mr Clay et la voix du narrateur), Jeanne Moreau (Virginie), Roger Coggio (Elishama Levinsky), Norman Eshley (le marin, Paul), Ferando Ray (un habitant de Macao). 58mn.
   
1975 Vérités et mensonges
(F for fake) Avec, dans leur propre rôle, Orson Welles, Oja Kodar, Elmyr de Hory, Clifford Irving et François Reichenbach. 1h25.

Orson Welles effectue un tour de magie et annonce: " Ce film traite de tricherie, de fraude, de mensonges... Racontée chez soi, dans la rue ou au cinéma, toute histoire est presque sûrement un mensonge. Mais pas celle-ci ! Tout ce que vous verrez dans l'heure qui suit est absolument vrai. "

'Vraie, l'histoire de cet Elmyr de Hory, racontée par Clifford Irving, son biographe. Elmyr fabrique des copies de toiles de grands peintres ; même les experts sont incapables de distinguer les vrais des faux. Par contre, lorsque de Hory prétend avoir en main la biographie du producteur milliardaire Howard Hughes, on l'accuse de contre-façon. Or, des graphologues authentifient l'écriture de Hughes! Qui dit vrai ?

   
1976 Don Quichotte

Avec : Francisco Reiguera , Akim Tamiroff , Patricia Mccormack

Don Quichotte entraîne son écuyer Sancho à la recherche des chimères qu'il veut offrir à son aimée Dulcinée. De nouveau, mais dans l'Espagne des années soixante du XXème siècle, la silhouette extravagante de l'hidalgo telle qu'elle avait été créée par Cervantès, accompagné à contre-cœur par Sancho, parcourt le territoire espagnol sans but fixe, et sans victoire, en proie au mépris et aux jets de pierres.

   
1978 Filming Othello
 

Avec : Orson Welles, Hilton Edwards, Micheal MacLiammoir. 1h24 - 16 mm - couleur et n&b.

Essai cinématographique réalisé pour la télévision à propos du tournage du film Othello.

 

   

L'oeuvre de moyens ou longs métrages d'Orson Welles ne tient qu'en treize films seulement, quinze si l'on y ajoute It's All True et Don Quichotte, tous deux inachevés. Mais il a laissé derrière lui des dizaines de scénarios inaboutis et IMDB comptabilise trente-huit réalisations plus ou moins achevées, plus ou moins courtes, plus ou moins montées, pour le cinéma ou la télévision.

Comme avant lui Stroheim, autre proscrit de Hollywood, c'est de ses talents de comédien que Welles a vécu, exilé sur le Vieux Continent. Dans la plupart de ses films, le montage lui a échappé et nul n'a jamais retrouvé les mythiques 43 minutes perdues de La Splendeur des Amberson, les 20 minutes amputées du Criminel, les scènes disparues de La Dame de Shanghai. Presque tous ses films également possèdent plus d'une version, parfois sensiblement différentes (la fin du Procès) souvent amputée (Macbeth). Néanmoins le travail de restauration a permis la mise à disposition de versions restaurées raisonnablement satisfaisantes (Don Quichotte en 1992, It's all true en 1993).

Orson Welles est probablement le réalisateur sur lequel on a le plus écrit. La monumentale analyse de son oeuvre par Youssef Ishaghpour rend justice à sa place dans l'histoire du cinéma :
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La Subjectivité. C'est la teneur de l'œuvre de Welles, l'unité stylistique de ses films, la "révolution copernicienne" qu'il a provoqué dans l'histoire du cinéma. Il ne s'agit pas de cette dimension subjective, sans laquelle il n'y a jamais eu de vie humaine, de pensée d'œuvre, pas plus qu'il ne s'agit d'état d'âme, d'univers mental, d'intériorité. Mais de la subjectivité posée au fondement, érigée en seigneur de l'être, maître de la vérité : volonté de puissance et sujet de la représentation. Subjectivité et représentation comme figures philosophiques, individu et image comme catégories de l'existence sont constitutifs de la modernité ; en tant qu'époque historique de l'Occident, ce qui la distingue d'autres temps et d'autres lieux dans le monde.

Subjectivité et représentation, individu et image ont pour "réalité" l'idée et la figure de la Souveraineté, sous deux aspects liés intérieurement et contradictoires (Charles Foster Kane et Falstaff). La souveraineté comme volonté de domination, de pouvoir, de maîtrise sur le monde dont la royauté absolue, en tant que réalisation de l'individualité, est l'incarnation. Et la souveraineté comme non pouvoir de l'artiste, de la puissance du génie, de l'imagination créatrice, qui dépassent les limites constitutives de la Souveraineté comme volonté de domination.

L'œuvre d'Orson Welles, artiste moderne, est emblématique par sa relation à la modernité de l'Occident : depuis la naissance de l'individu dans la crise de la Renaissance et la tragédie shakespearienne (Macbeth, Othello), jusqu'à sa disparition, son devenir obsolète - un survivant, un faux - dans le monde de la communication de masse (F for Fake)

Le parlant est l'essence du cinéma de Welles, dont les films, d'un effet visuel puissant, jusqu'à rappeler les recherches du muet, sont construits fondamentalement par rapport à la parole, au son en général, et pour l'oreille. Welles vient du théâtre, où le mot est primordial ; de la radio, un média aveugle, dans lequel il a, lui-même, introduit la voix narrative à la première personne. C'est le premier réalisateur qui soit arrivé à l'image en partant de la parole. Et c'est en dissociant les mots et les choses qu'il a bouleversé le cinéma. Le mot "Rosebud" prononcé au début de Citizen Kane et le traîneau qui apparaît à la fin constituent la plus simple manifestation de cette dissociation mais, avant l'apparition de la chose - où sont inscrit à la foi l'image et le mot- et à travers le reporter Thompson, le spectateur est mis en garde de ne pas croire à une identité, à une évidence immédiate du sens donné : le lien entre le début et la fin, entre le mot et la chose, est médiatisé par la totalité de l'œuvre et reste dépendant de son opacité.

L'instance de la parole découvre, comme a dit Welles, que "notre dépendance à l'image est énorme". Elle fait apparaître l'image (qui détermine toute l'existence de Kane) dans sa différence à la réalité et met leur relation en question (La dame de Shanghai). Contrairement à ce que supposait le cinéma, tout en étant toute puissante, l'image n'est pas pour Welles simplement un être premier, présent et plein. Elle est comme la première image de Citizen Kane, trouée et interdite, marquée par l'écriture, surmontée par la caméra. Elle n'a rien d'immédiat en elle-même, ou dans son rapport au filmé. Elle est médiate, posée par la réflexion, dépendante. Sans l'expérience de l'instance discursive, et sans la perspective sonore, il n'y aurait pas eu de réflexivité de récit, pas plus que de profondeur de champ, comme champ significatif. C'est l'instance narrative et symbolique, à la fois de la parole qui, chez Welles, pointe, dans le prétendu réel de l'écran, un imaginaire.

Dans Citizen Kane, c'est la caméra qui est cette voix, elle transgresse l'interdit, rentre par les plafonds, résout l'énigme qu'elle avait posée, tout en faisant dépendre, contre une recherche de "signification", l'énigme et sa solution de la totalité complexe qui est celle de l'œuvre. Dans La splendeur des Amberson, la voix est présente, mais c'est la place absente et nécessaire devant le micro, là où le sujet de la narration ne s'identifie précisément pas avec l'individu empirique et ne peut donc pas être visible que par une trace, la marque qui efface sa singularité physique. Dans La dame de Shanghai, la voix narrative à la première personne s'est encore rapprochée mais ne se confond pas simplement avec la même personne dans l'image, et produit de la distance par rapport au présent de l'image, au vécu. Cette voix est là constamment pour déjouer le suspens, conduire hors du labyrinthe, en dehors des mirages, et des massacres de l'imaginaire. Même là où la parole devrait être présente à sa source sur l'écran, comme elle l'est au théâtre, dans le monologue tragique de Macbeth -la parole de l'être solitaire- bien que prononcée par Macbeth dans l'image, elle est off adressée à l'autre, dans son absence.

Dans tous ces cas, c'est la parole qui rend la "caméra visible", en la libérant de la relation au donné et, en même temps, en la transformant en simple instrument. Non pas comme se sera pour Rossellini, un moyen s'effaçant devant la révélation de la réalité, mais en quelque chose qui est toujours là, et qui ne servirait tout au plus qu'à la reproduction mécanique insignifiante de ce qui est là également devant elle, si elle n'était pas malmenée tout autant que l'image et la réalité : "il faut savoir ne pas être timide avec la caméra, lui faire violence, la forcer dans ses derniers retranchements, parce qu'elle est une vile mécanique. Ce qui compte c'est la poésie". C'est ainsi seulement que la caméra peut devenir "l'œil dans la tête d'un poète" et la pellicule "un ruban de rêve".

Ce faisant, Welles s'accorde, dans ses trois premiers films, avec les premiers théoriciens de l'art moderne - au début du romantisme allemand- pour qui "l'idée de la poésie est la prose". En dépouillant l'image de sa réalité, de son immanence de sa prégnance, Welles rompt avec la conception poético-magique de l'image et de la ressemblance, mais aussi avec l'idée esthétique de la beauté et de ses mystères, pour la remplacer par l'idée de l'art, de la représentation, de l'image et de la réalité devenues des énigmes. Une pareille métamorphose qui privilégie l'art contre la beauté, et implique la perte des certitudes et des croyances et engendre des tensions irrésolues entre le contenu et la forme, a toujours été ressentie comme intellectualisme "non cinématographique" - ce que Sartre, qui avait compris immédiatement la suspension de l'action présente et son remplacement par le temps et la réflexion avait reproché à Citizen Kane, comme maniérisme, formalisme virtuose dépourvu de substance, tandis qu'il s'agit de l'être-devenu de qui était substantiel et ne pourrait plus se perpétuer que par ses défroques académiques.

Un tel passage entre Ford et Welles, pour rester dans le contexte du cinéma américain - et aux propres références de Welles : entre "Ford, faiseur de mythe" et lui-même ayant "un rapport au mythe comme passé"- entre mythe et histoire, entre épopée poétique et prose romanesque avait été pensé par Barthes comme le passage du "classique" au "bourgeois". Avant, l'image du monde, donnée comme une réalité, était le modèle hégémonique de domination sociale. Après, cela vient en question, ce n'est plus l'adéquation avec la réalité qui est affirmée mais une différence, quelque chose de tourné vers soi-même et vers ses présupposés. Mais c'est dans ce retour même que se produit le temps et la nostalgie du paradis perdu, et une tonalité de deuil inhérente à la réflexivité moderne.
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Source :

Autres sources bibliographiques :

Frank Brady : Citizen Welles, Doubleday, New York 1990.

Filmographie :

(1915-1985)
15 films
1
2
7
histoire du cinéma : puissances du faux
Voir : Quiz Orson Welles