Le Golem
1920

Prague, XVIe siècle. L'empereur Rodolphe II publie un décret interdisant aux juifs l'accès de la villle. Rabbi Loew, le grand rabbin de Prague, philosophe et alchimiste, fabrique dans son laboratoire un robot d'argile, à partir du tétragramme sacré du nom de Dieu. Cet être, doté d'une force prodigieuse, est investi d'une mission pacifique. Il sauve la vie de l'empereur qui en reconaissance annule son décret. Mais très vite, Rabbi Loeb n'a plus d'emprise sur qui s'échappe...

Le Golem se révolte contre son créateur. Amoureux de la fille du rabbin, que celui-ci lui refuse, il enfonce les énormes portes du Hrasdshin, le ghetto juif, et sème la panique dans la communauté terrifiée. Seul, le geste d'une fillette innocente, qui lui tend la pomme de la réconciliation, aura raison de sa folie meurtrière. Souriant pour la première fois, il retournera à son néant.

Œuvre emblèmatique de l’expressionnisme allemand, au même titre que Le cabinet du docteur Caligari (Robert Wiene, 1920) et Nosferatu (Murnau, 1922), Le Golem de Paul Wegener est aussi le précurseur de Frankenstein (James Whale, 1931).

Popularisé en Allemagne par une nouvelle de Gustav Meyrink publiée en 1915, le thème du golem fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques. Déjà intitulée Der Golem, la première voit le jour la même année que le roman. On en attribue la paternité à Henrik Galeen, futur collaborateur de Murnau sur Nosferatu et réalisateur du deuxième Etudiant de Prague (1926), et à Paul Wegener, qui interprète lui-même la créature d’argile. Malheureusement, cette version de 1915 a disparu.

Mais Paul Wegener ne tarde pas à s’atteler à un deuxième film sur le sujet, et met en scène, avec Rochus Gliese, Der Golem und die Tänzerin (Le Golem et la Danseuse, 1917). Il ne s’agit plus vraiment d’un film d’horreur, mais plutôt d’une comédie. Paul Wegener endosse à nouveau le costume du golem, alors que Lyda Salmonova, déjà présente dans le premier opus, joue la danseuse en question – en fait, une prostituée.

Le Golem représente le troisième effort de Paul Wegener, datant de 1920. Le titre complet, d’ailleurs, le différencie bien des précédents épisodes : Der Golem, wie er in die Welt Kam (Le Golem : comment il vint au monde).

Plus sombre et plus sérieuse que le film de 1917, cette version s’attache à revenir aux origines du mythe. Dans le ghetto de Prague au XVIe siècle, le rabbin Loew (Albert Steinrück) n’a plus qu’un recours pour sauver le peuple juif : animer un golem, c’est-à-dire une statue d’argile dans laquelle il place le précieux « mot de vie ». Mais la créature, après avoir servi un temps sa cause, lui échappe et engendre le malheur dans la cité. Seule l’innocence enfantine permet de stopper le monstre dans sa marche destructrice : une petite fille arrache l’étoile contenant le « mot de vie » du corps du golem.

À travers ce monstre, ce sont les puissances maléfiques qui opèrent. Dans la séquence essentielle de l’invocation, déjà, le rabbin fait appel à Astaroth pour obtenir la formule secrète. Un cercle de flammes (repris plus tard dans Faust et Metropolis, par exemple) se dessine autour de lui, et la tête du démon surgit, donnant le mot magique en lettres de fumée. L’éclairage et les effets spéciaux (on note des surimpressions héritées de Georges Méliès) rendent cette scène particulièrement angoissante. Les décors du ghetto, également, font peser sur la population juive un funeste présage. En effet, dessinés par Hanz Poelzig et construits sous la direction de Kurt Richter, ils ressemblent à un labyrinthe de ruelles étroites et d’escaliers, circulant autour de hautes maisons biscornues aux toits pointus.

Mais le jeu de Paul Wegener, enfin, accentue encore la tension des images. Sa démarche surnaturelle inquiète comme celle de Conrad Veidt dans Das Cabinet des Dr. Caligari, de Max Schrek dans Nosferatu ou encore de Brigitte Helm dans Metropolis. Quant à son visage, ses lèvres se tordent dans un terrible rictus et ses yeux clairs percent ainsi que des aiguilles ; le Malin l’habite comme il habite Tartuffe (Emil Jannings dans Her Tartüff, Murnau, 1926).

 

source : la fiche DVD sur Kinok

Le golem est un être humanoïde, artificiel, fait d'argile, animé momentanément de vie en inscrivant sur son front un verset biblique. Dans la culture hébraïque, la première apparition du terme golem se situe dans le Livre des psaumes: "Je n'étais qu'un golem et tes yeux m'ont vu" (139, 16). C'est alors un être inachevé, une ébauche. Dans la kabbale, c'est une matière brute sans forme ni contours. Dans le Talmud, le golem est l'état qui précède la création d'Adam.

Selon d'autres sources, le rabbin qui l'a conçu était Le Maharal de Prague nommé Loew (de l'allemand Loewe : Lion). Son but aurait été de défendre sa communauté. Il lui aurait donné la vie en inscrivant EMETH (vérité en hébreu et un des noms de dieu) sur son front et en introduisant dans sa bouche un parchemin sur lequel était inscrit le nom ineffable de Dieu (le tétragramme Yud Hé Vav Hé).

Pour le tuer, il aurait fallu effacer la 1ère lettre (le aleph) car METH signifie mort. Certains racontent que son créateur est mort, écrasé par la masse de sa créature - qui tentait de détruire son créateur - alors qu'il réussissait à l'anéantir. Le golem serait alors redevenu ce qui avait servi à sa création : de la terre glaise. La légende veut également que ce soit Dieu qui ait demandé au Maharal de créer un « second Adam ».


Ce mythe se retrouve dans le roman Frankenstein, de Mary Shelley, le roman Golem des frères et sœurs Murail, ou dans le Fantasia de Walt Disney (L'Apprenti sorcier). Le golem symbolise la peur des hommes face à leurs créations comme, par exemple, le rejet occidental des robots humanoïdes. Selon la tradition le corps du "golem" se trouve toujours au grenier de la grande synagogue de Prague, qui serait d'ailleurs toujours scellé et gardé. Un kaballiste s'y serait risqué il y a deux siècles et en serait ressorti en disant "il ne faut pas y rentrer je n'aurais pas dû y aller".


Le golem inspira directement le folklore yiddish : de nombreuses troupes de théâtre juives d'Europe de l'Est jouaient des adaptations de la légende du golem. Il inspira aussi le cinéma allemand du début du vingtième siècle : le cinéaste Paul Wegener fit un premier film sur ce thème antérieur à 1914 et un second, plus abouti, en 1920, intitulé Der Golem, Wie er in die Welt kam. La première version aurait inspiré le livre de Gustav Meyrink, Der Golem, considéré comme l'un des maîtres du fantastique Européen. Isaac Bashevis Singer (1904-1991), écrivain Yiddish, et prix Nobel de littérature en 1978, est également l'auteur d'une très belle version de l'histoire du Golem.

Innocence (Ghost in the Shell II), film d'animation de Mamoru Oshii, sorti en 2004, fait référence au Golem dans la scène de la maison de poupée via les inscriptions AEMAETH et MAETH.

Source : Wikipedia

(Der Golem : Wie er in die Welt kam - coréalisé avec Carl Boese). Avec : Paul Wegener (Le Golem), Albert Steinrück (Rabbi Loew), Lyda Salmonova (Miriam, des Rabbi Tochter), Ernst Deutsch (Der Rabbi Famulus), Hans Stürm (Der Rabbi Jehuda, der Älteste der Gemeinde), Max Kronert (le serviteur du temple), Otto Gebühr (L'empreur), Dore Paetzold (Des Kaisers Kebse), Lothar Müthel (Le chevalier Florian), Greta Schröder (La petite fille à la rose), Loni Nest (La patite fille). 1h24

Genre : Fantastique