Breaking the waves
1996
Genre : Mélodrame

Avec : Emily Watson (Bess), Stellan Skarsgard ((Jan), Katrin Cartlidge (Dodo), Jean-Marc Barr (Terry), Jonathan Hackett (le pasteur). 2h38.

La côte nord-ouest de l'Écosse au début des années soixante-dix. Bess, une jeune fille un peu naïve, vit dans une petite communauté où règne l'obscurantisme religieux. Elle tombe amoureuse de Jan, un homme d'âge mur, qui travaille sur une plate-forme pétrolière en Mer du Nord. Malgré les réticences de leur entourage, ils se marient. À peine ont-ils le temps de célébrer leurs noces, que Jan doit repartir travailler. Bess compte les jours qui la séparent de son retour. Son innocence et sa foi l'aident à surmonter cette longue absence. Persuadée de communiquer avec Dieu, elle est convaincue que leur union est bénie. En mer, les conditions de travail sont difficiles. Lors d'une manœuvre délicate, l'un des tubes de forage se détache. Jan porte secours à Terry l'un de ses copains coincé sous une énorme masse métallique, mais il est assommé par un tuyau d'acier qui s'est décroché.

À l'hôpital, Jan reprend conscience. Il est paralysé et le diagnostic du médecin ne lui laisse aucune chance de recouvrer l'intégralité de ses moyens physiques. Condamné à rester allongé, il ne veut pas que Bess sacrifie sa jeunesse. Il la convainc de se donner aux autres hommes par amour pour lui. Bess accepte cette épreuve qu'elle juge divine et se soumet à cette volonté avec l'espoir de guérir Jan. Dès lors, elle veut offrir son corps au premier venu.

Mais la communauté la rejette. Seule sa belle-sœur Dodo tente de lui venir en aide. Elle lui fait rencontrer le médecin de Jan. Bess ne comprend pas le message du praticien et elle attend qu'il abuse d'elle. L'état de Jan s'aggrave. Exclue, Bess est la risée des gosses du village, qui lui jettent des pierres. Elle se prostitue et se rend à bord d'un cargo où les "filles" ne veulent plus aller. Dans la cabine, le capitaine et ses hommes la violent, lui font subir les pires sévices, dont elle mourra. Jan miraculeusement sauvé dérobe le corps voué à l’enterrement des maudits, et sur la plate-forme avec ses copains, l’abandonne de nuit à la mer. Le lendemain matin, revanche divine contre les mesquins, des cloches matérialisées dans le ciel sonnent joyeusement.

 

 

Découpé en 7 chapitres (sensiblement égaux) suivis d’un épilogue, chacun doté d’un carton de garde agrémenté d’une chanson, le film évoque le récit traditionnel. Cependant le cadre serre sur les personnages comme pour sentir leur chaleur et leur odeur. Usant du filage ou du plan commun dans les dialogues, la caméra semble vouloir s’affranchir, sans y renoncer tout à fait, de la convention du champ/contrechamp. Ce qui accentue cette impression d’être au cœur de l’action. Surtout qu’il n’y a pas de musique d’accompagnement qui constituerait une indication narrative surplombante. Il y a donc contradiction apparente entre la fiction affichée et la participation intense ; de même entre la caméra à main et le format cinémascope : méthode qui prend le spectateur au dépourvu en annulant ses défenses.

On a envie de dire que certaines séquences laissent une l’impression de lourdeur explicative ; que l’accident de Jan par exemple, eut gagné à être davantage suggéré. Que le miracle des cloches lève la très riche ambiguïté de la schizophrénie de Bess en objectivant le divin, et qu’il affadit aussi la prométhéenne lutte sociale en réintroduisant la transcendance divine. Mais ces critiques sont vaines si l’on considère que dans un tel travail, devant une telle force, la norme n’a plus aucun sens.

Daniel Weyl 1/11/00