
Avec : Emily Watson (Bess), Stellan Skarsgard ((Jan), Katrin Cartlidge (Dodo), Jean-Marc Barr (Terry), Jonathan Hackett (le pasteur). 2h38.
La côte nord-ouest de l'Écosse au début des années
soixante-dix. Bess, une jeune fille un peu naïve, vit dans une petite
communauté où règne l'obscurantisme religieux. Elle
tombe amoureuse de Jan, un homme d'âge mur, qui travaille sur une
plate-forme pétrolière en Mer du Nord. Malgré les
réticences de leur entourage, ils se marient. À peine ont-ils
le temps de célébrer leurs noces, que Jan doit repartir
travailler. Bess compte les jours qui la séparent de son retour.
Son innocence et sa foi l'aident à surmonter cette longue absence.
Persuadée de communiquer avec Dieu, elle est convaincue que leur
union est bénie. En mer, les conditions de travail sont difficiles.
Lors d'une manuvre délicate, l'un des tubes de forage se
détache. Jan porte secours à Terry l'un de ses copains coincé
sous une énorme masse métallique, mais il est assommé
par un tuyau d'acier qui s'est décroché.
À l'hôpital, Jan reprend conscience. Il est paralysé et le diagnostic du médecin ne lui laisse aucune chance de recouvrer l'intégralité de ses moyens physiques. Condamné à rester allongé, il ne veut pas que Bess sacrifie sa jeunesse. Il la convainc de se donner aux autres hommes par amour pour lui. Bess accepte cette épreuve qu'elle juge divine et se soumet à cette volonté avec l'espoir de guérir Jan. Dès lors, elle veut offrir son corps au premier venu.
Mais la communauté la rejette. Seule sa belle-sur Dodo tente de lui venir en aide. Elle lui fait rencontrer le médecin de Jan. Bess ne comprend pas le message du praticien et elle attend qu'il abuse d'elle. L'état de Jan s'aggrave. Exclue, Bess est la risée des gosses du village, qui lui jettent des pierres. Elle se prostitue et se rend à bord d'un cargo où les "filles" ne veulent plus aller. Dans la cabine, le capitaine et ses hommes la violent, lui font subir les pires sévices, dont elle mourra. Jan miraculeusement sauvé dérobe le corps voué à lenterrement des maudits, et sur la plate-forme avec ses copains, labandonne de nuit à la mer. Le lendemain matin, revanche divine contre les mesquins, des cloches matérialisées dans le ciel sonnent joyeusement.
Découpé
en 7 chapitres (sensiblement égaux) suivis dun épilogue,
chacun doté dun carton de garde agrémenté dune
chanson, le film évoque le récit traditionnel. Cependant
le cadre serre sur les personnages comme pour sentir leur chaleur et leur
odeur. Usant du filage ou du plan commun dans les dialogues, la caméra
semble vouloir saffranchir, sans y renoncer tout à fait,
de la convention du champ/contrechamp. Ce qui accentue cette impression
dêtre au cur de laction. Surtout quil ny
a pas de musique daccompagnement qui constituerait une indication
narrative surplombante. Il y a donc contradiction apparente entre la fiction
affichée et la participation intense ; de même entre la caméra
à main et le format cinémascope : méthode qui prend
le spectateur au dépourvu en annulant ses défenses.
On a envie de dire que certaines séquences laissent une limpression de lourdeur explicative ; que laccident de Jan par exemple, eut gagné à être davantage suggéré. Que le miracle des cloches lève la très riche ambiguïté de la schizophrénie de Bess en objectivant le divin, et quil affadit aussi la prométhéenne lutte sociale en réintroduisant la transcendance divine. Mais ces critiques sont vaines si lon considère que dans un tel travail, devant une telle force, la norme na plus aucun sens.
Daniel Weyl 1/11/00