
En 1799, une place
forte lombarde tombe aux mains de l'ennemi. Une jeune veuve, la marquise d'O,
est en passe de subir les outrages de ses vainqueurs lorsqu'un comte russe
la sauve du déshonneur. Profitant d'un profond sommeil de la marquise, il
la viole. Puis, repentant, insiste pour l'épouser. La marquise, qui le considère
comme son sauveur, l'éconduit avec respect. Quelque temps plus tard, elle
est la proie de vertiges et d'évanouissements. Un médecin et une sage-femme
l'affirment enceinte. Ses parents outragés la chassent et elle doit se réfugier
dans ses terres. Elle prend l'initiative de faire passer dans le journal local
une annonce demandant au père inconnu de se faire connaître : elle se déclare
décidée à l'épouser, quel qu'il soit. Un inconnu lui fixe un rendez-vous.
A l'heure dite, c'est le comte qui apparaît. Epouvantée, ulcérée, la marquise
le repousse. Elle l'épouse à condition qu'il renonce à ses droits d'époux.
Le mariage est célébré. Aussitôt après les conjoints se séparent, Après une
année de purgatoire la comtesse se jette dans les bras de son époux après
le baptême de leur enfant.
Eric Rohmer
aime à citer Pascal. Ici, le proverbe pourrait être : ".Qui
veut faire l'ange..." A la fin, la Marquise explique au Comte qu'elle
ne l'aurait pas pris pour un diable s'il ne lui était apparu initialement
comme un ange.
Rohmer recrée le comportement extérieur de l'époque, tel qu'on peut le connaître par les romans (Diderot) ou la peinture (Greuze, Füssli, Friedrich...), provoquant même le rire : quand un personnage dit défaillir ou se jeter aux pieds d'une femme, il le fait. Pour Joël Magny : une élégante leçon d'histoire qui n'a rien d'austère sur la manière dont le geste traduit la morale et les conventions sociales d'une époque donnée.