Bertrand,
le narrateur, est étudiant à Paris et habite un hôtel
près du Jardin du Luxembourg. Provincial timide et réservé,
il a pour ami un étudiant de Sciences-Po, Guillaume, dont il admire
la faconde et l'assurance. Dans un café du Quartier Latin, Guillaume
drague Suzanne, qui suit des cours, d'interprétariat tout en travaillant
pour payer ses études. Il l'invite à une soirée chez
lui, à Bourg-la-Reine. Rassurée par la présence de Bertrand.
Suzanne accepte de rester après le départ des invités.
Dans la nuit, Guillaume la rejoint dans sa chambre, entamant ainsi une liaison
qu'il ne tarde pas à trouver pesante. En conséquence. il se
montre de plus en plus goujat envers la jeune fille. Suzanne, délaissée,
invite Bertrand au Bal HEC, lui faisant miroiter la présence de Sophie,
une Irlandaise dont il est amoureux mais qu'il n'ose entreprendre car elle
est courtisée par le beau Franck. Apprenant que Suzanne a avancé
à Bertrand l'argent de la soirée, Guillaume projette de la "
ruiner". Pendant quelque temps, les deux garçons vivent aux crochets
de la jeune fille. Au retour des vacances de Pâques, Bertrand cache
entre les pages d'un livre l'argent de poche que lui ont donné ses
parents. Peu après, il retrouve Suzanne dans une surprise-partie. N'ayant
plus de travail. elle est complètement fauchée. Comme elle ne
peut se payer un taxi, il lui permet de passer la nuit chez lui, dans un fauteuil.
Le matin. il la laisse pour aller à ses cours. A son retour, Suzanne
n'est plus là et une partie de l'argent a disparu. Bertrand la croit
coupable, mais Sophie estime que le responsable est sans doute Guillaume.
Bertrand l'avait en effet surpris quelques jours auparavant en train de fureter
parmi ses livres. Le mystère ne sera pas élucidé. Par
ses maladresses. le narrateur perd définitivement Sophie. A son grand
dépit il apprend en outre que Suzanne, pour laquelle il n'éprouvait
que du mépris, va épouser Franck dont la beauté lui avait
autrefois paru un obstacle insurmontable entre Sophie et lui.
Ce
deuxième volet de la série des Contes moraux, comme La Boulangère de Monceau,
fait la part belle aux commentaires off d'un narrateur. Une fois de plus,
cette parole nous plonge dans la complexité de l'âme d'un personnage a priori
anodin. Une fois de plus, elle nous montre que celui qui détient la parole
ne bénéficie pas pour autant du meilleur point de vue pour juger les choses.
Mais fait unique chez Rohmer, la révélation succède à l'aveuglement du narrateur.
Bertrand a cautionné les actes d'une muflerie et d'une misogynie cruelles
de son ami Guillaume à l'égard de Suzanne - comme ceux du héros de La Collectionneuse.
Mais il doit se rendre à l'évidence : la jeune fille qu'il couvrait de son
mépris peut aussi être objet de convoitise. Un film où l'on trouve, en germe,
tous les éléments de l'euvre rohmérienne à venir : les petits mystères d'un
romanesque du quotidien et l'art de saisir, en quelques plans, l'esprit d'un
lieu et d'un milieu social.