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uvre
de commande, le Van Gogh de Resnais appartient à la préhistoire
du genre du "film sur l'art ". A ce titre, il a le mérite
de jeter les bases de bons nombres de problématiques qui seront soulevés
par les cinéastes qui s'intéresseront à la rencontre
entre cinéma et peinture. Réalisé en collaboration avec
Gaston Diehl et Robert Hessens, qui ont ensemble conçu le texte du
commentaire et la sélection des uvres, ce projet articule un
champ sonore prégnant à une stratégie visuelle illustrative.
La proposition sonore se construit à partir de la rencontre entre une composition musicale originale de Jacques Besse et le récit dramatique de la vie du peintre, exposée sur un ton lyrique par la voix-off de Claude Dauphin.
Au-delà de l'esthétique surannée qui émane d'un tel dispositif sonore, c'est surtout la dimension tyrannique de la seule explication biographique proposée pour regarder l'uvre qui s'impose. En toute cohérence, la stratégie visuelle consiste à accompagner la narration en utilisant les tableaux de Van Gogh comme des illustrations de sa propre vie. Ceux-ci sont saisis de l'intérieur, sans leurs cadres, par une caméra qui les décontextualise systématiquement. Aucune autre image ne se glisse dans le montage (photographie de paysages, de personnage de témoins...) qui fonctionne comme un diaporama d'uvres. La dynamique visuelle est tout entière à la charge des juxtapositions plus ou moins rapides de tableaux et des fragmentations visant à mettre en avant certains détails.
Si bien que, assez rapidement, un paysage imaginaire se construit, paysage construit dans la chair même de la touche de Van Gogh. D'un point de vue conceptuel, le principe semble louable, qui parie sur les capacités du cinéma à restituer la matière de la peinture. Mais ce serait sans compter sur l'incontournable logique narrative du cinéma qui métamorphose instantanément le regard fixe du peintre en une succession de photogrammes illustrant sa propre biographie, sur le modèle d'un film d'animation pour enfant.. Chaque maison, chaque champ de blé, chaque personnage est enveloppé dans le voile du récit qui défait de façon irrémédiable le projet pictural de l'uvre. C'est ici toute l'intégrité du regard du peintre qui, rabattu sur la linéarité de la narration biographique, s'en trouve invalidée.