De nos jours, Orianenbourg,
Auschwitz, Dachau, Ravensbruck, Belsen, Neuengamme, Struthof ne sont plus
seulement des noms sur une carte de l'Allemagne. Ils sont aussi le souvenir
des lieux, les camps de concentration, où périrent, par la volonté
d'Hitler, des millions d'hommes et de femmes.
Dès 1933, la machine se met en marche. On construit les bâtiments dans lesquels quelques années plus tard "Burger, communiste allemand, Stern, étudiant juif d'Amsterdam, Schmulszki, marchand de Cracovie, Annette, lycéenne de Bordeaux" trouveront leur place et une mort horrible. Le voyage vers les camps se fait dans des "trains clos, verrouillés. Entassement des déportés à cent par wagon". A l'arrivée, c'est l'humiliation : le déporté est dépouillé de ses vêtements, de son identité "rasé, tatoué, numéroté" et livré à l'arbitraire du kapo, lui-même sous les ordres du S.S. "l'intouchable, on lui parle à trois mètres".
La "vie" s'organise dans d'épouvantables conditions d'hygiène et de travail. Malades et sous-alimentés, "ces étranges ouvriers de trente kilos" sont soumis à des contrôles, à des brimades, à des humiliations auxquels seuls les plus résistants peuvent survivre.
Les plus faibles, les malades, meurent. Beaucoup sont admis à l'hôpital du camp ou à son bloc chirurgical. On se livre alors sur eux à des expériences. "De ces cobayes, quelques-uns survivront, castrés, brûlés au phosphore."
1942 - Il faut anéantir les déportés. Les chambres à gaz sont mises en service: elles ressemblent à des salles de douche ! Les fours crématoires brûlent les cadavres. On en conserve les cheveux, pour faire du tissu; les os, pour faire des engrais... En 1945 les armées alliées victorieuses délivrent les rescapés de l'enfer des camps.
Maintenant, va-t-on oublier les neuf millions de morts "nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin" ? (1).
(1) Citations du texte de J. Cayrol.
Les images
d'archives sont extrêmement dures : corps, décharnés, brûlés ; charniers nettoyés
au bulldozer.
Ce documentaire est avant tout un cri d'alerte. En alternant images en couleur du camp d'Auschwitz en 1955 et images d'archives, Resnais veut montrer et démontrer deux choses :
1. Comprendre à partir des traces encore présentes aujourd'hui du camps d'Auschwitz que l'holocauste à bien existé. Resnais alerte: ce témoignage parait bien fragile face au risque d'un retour de l'horreur.
2. L'horreur pourrait d'autant plus facilement revenir que pour les Allemands qui ont vécu ces camps l'horreur était supportable: les camps d'extermination étaient organisés comme une garnison normale avec entrepôts, prison et vie mondaine. Le documentaire vise avant tout à alerter: "la bête ne dort que d'un oeil".
Selon Resnais le totalitarisme, si l'on y veille pourrait renaître aujourd'hui comme il a vécu hier. Cette vision est sans doute pessimiste. L'holocauste n'a été possible qu'à cause d'une idéologie. Le travail de cette idéologie sur les gardiens du camp n'est cependant pas fait.
