1951

Aux Indes, sur les bords d'un grand fleuve, vit une famille britannique : le père, la mère et leurs deux filles, Harriet et Valerie. Leur voisin M. John a lui aussi une fille Melanie, née d'une mère hindoue. Quand il reçoit la visite de son neveu le capitaine John qui a perdu une jambe à la guerre, les trois jeunes filles s'éprennent de ce dernier. Conscient de son infirmité, John se refuse à répondre à l'amour qui lui est offert et c'est seul qu'il repartira. La vie reprendra alors son cours, sur les bords du fleuve, comme par le passé. La brève venue du beau jeune homme n'aura été qu'un intermède.

Trois jeunes filles tombent amoureuses du même homme. L'une est métisse, étrangère à elle-même, ne sachant qui elle est. La seconde revient d'Angleterre, où elle a étudié, étrangère dans sa propre famille. La troisième, la plus jeune, est encore étrangère au monde des adultes et elle s'effraie d'y entrer malgré elle :

"Faire des enfants, cela fait mal? demande telle.
- Pas vraiment, répond sa mère, juste assez mal pour vous rendre sensible, comme l'amour."

Il faut accepter la souffrance pour approcher le bonheur. il faut savoir même accepter la mort d'un enfant :

"Je bois aux enfants. Réjouissons-nous qu'un enfant meure enfant. C'en est un qui s'évade. Nous les enfermons dans nos écoles. Nous leur enseignons nos superstitions. Nous les entraînons dans nos guerres et ils ne peuvent résister. Nous massacrons les innocents. Et le monde est fait pour eux. Ils grimpent aux arbres, ils se roulent dans l'herbe. Ils sont proches des fourmis et des oiseaux. Comme les animaux, ils n'ont pas de honte. Ils savent ce qui compte, la naissance d'une souris, la chute d'une feuille. Si le monde était fait d'enfants…"

Cette philosophie peut étonner de la part de Renoir. Elle peut être le signe de son humilité devant un pays immense où la spiritualité coexiste avec la misère, les conflits, la guerre.

Mais, comme le remarque Gilles Deleuze, là aussi Renoir parie pourtant pour un gain : quelque chose se forme à l'intérieur du cristal qui réussira à sortir par la fêlure et à s'épanouir librement. Les enfants, abrités dans cette sorte de cristal que constitue le kiosque hindou, essaient des rôles, dont certains tournent au tragique, comme meurt tragiquement le petit frère. Mais Harriet va y faire son apprentissage. Elle prend conscience de sa grandeur et de sa petitesse et saura qu'obtenir ce que l'on veut, c'est une joie, mais c'est aussi une peine, puisque "on y perd son rêve". Elle trouvera ainsi la puissante volonté de vie qui se confond avec le fleuve et le rejoint au dehors. Cette alliance d'une profonde volonté de vivre trouvée dans une nature luxuriante cruelle (plans magnifiques d'arbres, de fleurs à la fin, lorsque la mort, avec le mal, la déchirure, sont apparus) rend le film étrangement proche de Lawrence.

Source : Gilles Deleuze : L'image-temps (chapitre 4 : les cristaux de temps)

 

Ciné-club de Caen

Avec : Nora Swinburne (La mère), Esmond Knight (Le père), Arthur Shields (Mr. John), Thomas E. Breen (Capitaine John), Suprova Mukerjee (Nan), Patricia Walters (Harriet), Adrienne Corri (Valérie). 1h35.

Le fleuve
Le fleuve
Voir : photogrammes du film