Le garçu
1995

Le matin au réveil, Antoine joue avec sa mère dans le lit. Le soir le père achète un cadeau pour sa femme, il n'est pas bien certain que le vêtement lui aille, mais il est en solde et il n'a pas le temps de faire mieux. Il lui demande d'acheter un cadeau pour leur fils. De retour à la maison, chacun a son cadeau, même la baby-sitter. Pendant que Sophie va se regarder dans la glace un raccord dans l'axe nous transpose du regard de Gérard à celui de sa femme regardant Antoine sur une plage de l'île Maurice.

Dans leur luxueux pavillon de l'Ile Maurice, Gérard est de mauvaise humeur. Il se plaint de l'attitude de son fils, plus enclin à jouer avec le serviteur noir qu'avec lui. Le soir, il le console de ses terreurs nocturnes et veille sur son sommeil le matin. Au lit avec sa femme, il téléphone ce qui déclenche la colère de celle-ci. "Je vais m'en aller" prévient-il mais c'est elle qui lui demande de partir: "Tu es lourd, fatigant, j'en peux plus." Il part. Sophie reste seule avec leur fils, ils se baignent. Elle revient avec lui en bus Ils regardent dehors, on entend la musique de Bob Marley. Cette image de la mère à l'enfant, à la fois attendrie et souffrante, contraste avec l'apparente insouciance des jeunes enfants, vus au travers de la vitre qui jouent dans une cour d'école.

Raccord avec un bus de Paris. Gérard prend Antoine à la baby-sitter pour l'emmener dans son second appartement parisien en moto. La baby-sitter prévient Sophie qui, en colère, récupère Antoine devenu un peu capricieux. Le soir Micheline, la sœur de Gérard, partage son repas et fait la vaisselle. Elle fuit lorsque arrive Cathy, la maîtresse de Gérard qu'elle insulte, la traitant de putain.

Un jour Sophie emmène Gérard à la garderie chercher Antoine. Il rôdait près de là, à la devanture d'un magasin de chaussures. Ils habillent l'enfant et reviennent à la maison. Sophie se plaint que Gérard soit à la fois trop présent et pas là. Gérard admire son enfant debout, il le regarde dormir. Sophie regarde la télé, Gérard la rejoint, ils dansent, ils s'embrassent. Un jour, ils prennent ensemble un cours d'aqua-gym. Gérard s'inquiète de savoir où est son enfant.

Les sables d'Olonnes. Le couple et trois amis, Jeannot, Cathy, la maitresse de Gérard et une autre amie se retrouvent le soir à l'hotel où a lieu une soirée pour visteurs médicaux. Gérard pérore mais se laisse surprendre par Sophie qui, au lieu d'aller se coucher, redescend danser avec une robe du soir. "Du temps où elle était avec moi, elle s'habillait comme un sac" constate-t-il, amer. Il reconduit Cathy chez elle. Elle lui demande de lui mettre la main au cul. Jeannot danse un slow avec Sophie. Quand Gérard rentre à l'hôtel, il réveille Sophie : "Ne pas dormir à trois heures, c'est déjà pas gai mais t'entendre ronfler jusqu'à cinq, c'est insupportable". Le lendemain matin Gérard Sophie et Jeannot sont à la piscine avec Antoine. Gérard s'amuse avec lui au train. Il déjeune dans un restaurant près du port. Sophie s'emporte devant les attentions que Gérard manifeste pour Cathy. Il la rabroue : "L'amour fou, la passion, tout ça, ça n'existe plus jusqu'à ce qu'une femme soit enceinte et après, psitt, c'est le vide."

Gérard vient embrasser son fils à la garderie. Ils mangent tous les trois à table. Gérard dit à son fils d'aimer les cassettes pas la télé. Avec sa femme, alternent mots tendre et vacheries. Micheline a changé son testament pour Antoine, il jour il héritera d'un appartement à saint cloud. Puis brutalement : "T'es malade, ça casse le vin". Gérard s'attendrit devant une photo : "Ca va vite !". Puis nouveaux reproches "Ça pue dans ton frigo", "Faudrait arrêter les conserves", "Tu fumes". Ils s'embrassent. Il découvre un jeu musical d'Antoine bébé. "Je me suis toujours foutu de la gueule des gens qui recouvraient les enfants, la nuit. Parce que les enfants ça se découvrent toujours. Jusqu'au jour où le les relevaient tout le temps, où j'avais toujours l'impression qu'il se découvrait. "- C'est pas ton genre de dire des choses comme ça", "- bien tu vois, je vais te dire, c'est peut- être les plus beaux moments de ma vie, tu voies. "-Tu te souviens le soir de l'accouchement tu es venu si tard, tu n'es venu qu'en fin d'après midi, tu m'avais laissé toute seule le matin avec ma mère. Tu n'as jamais pris de photos de moi, quand j'étais enceinte". Gérard se défend mal. Il approuve "l'autre" mais regrette le matin "bonjour maman" "bonjour monsieur" . "- ça ne se passe pas comme ça" lui répond Sophie et, regret final "- Lui il m'aime comme j'aurais voulu que tu m'aimes".

Un jour, Micheline rend visite à Sophie, elles ont projet de faire les soldes. De loin sur sa moto, Gérard observe Jeannot qui se promène en tenant la main d'Antoine. Il les rejoint au café où Jeannot a emmené Antoine faire une partie de flipper. Il se permet encore de donner des leçons à Jeannot qui est au chômage. En quatre plans, il est exclu du jeu. Son fils lui dit de le laisser tranquille, de boire son café et rappelle Jeannot pour finir la partie. Un plan bref cadre Gérard cassé. Il vient dire au revoir sans susciter l'intérêt de son fils absorbé dans son jeu et quitte le café. Dehors, il voit Jeannot et Antoine jouer, il sort du cadre.

Un soir, en pleine nuit, il ramène le camion à moteur. Il exige qu'Antoine el promène dans l'appartment. Il rend visite aux patrons du restaurant où il avait l'habitude de se rendre avec Sophie.

A la maison, Sophie apprend que le père de Gérard est gravement malade, elle décide d'accompagner Gérard en Province dans une clinique tenue par des bonens soeurs. Ils veillent le malade qui ne communique que par écrit. Il meurt. Gérard et Sophie se promènent. Il lui montre les bois de son enfance dont il est maintenant dépossédé. A l'enterrement, Gérard regrette le sac plastique du cercueil, il ne sait s'il doit rire ou pleurer. Gérard ramène les affaires de la clinique. Il prend de l'essence, un lourd camion chargé de bois passe devant lui. Ils disent adieu à la famille. L'autoradio joue Bob Marley.

Retour à Paris. Jeannot est fâché, il n'a pas été prévenu de trois jours. La vie reprend : écriture du nom d'Antoine sous ses chaussures. Après trois semaines, Gérard revient à la maison. Il se fout de la gueule de Jeannot qui fait quatre heures avec des tartines. Il veut donner des leçons d'éducation mais Jeannot lui rappelle son éternelle absence. Sophie qui s'est montré complice des attaques de Gérard console néanmoins Jeannot.

Antoine joue dans le parc, personne ne le regarde "mon petit lapin a bien du chagrin." Dans le soleil couchant Gérard le regarde revenir.

Un soir Sophie et Antoine emmène Gérard au restaurant. Confidence et disputes.

Retour à une veine autobiographique, lucide, âpre et désespérée révélant le constat d'une impossibilité à entretenir un lien fusionnel fort avec quelqu'un au-delà des plaisirs fugaces d'une rencontre, d'un cadeau d'une discussion ou d'une promenade. Gérard souffre d'être dépossédé de sa femme, de son fils ou de son père. Mais ses coups de cœurs impulsifs et maladroits ne compensent pas son égoïsme foncier.

Le film d'une extrême rigueur formelle (prédominance des blancs, du lit au matin au lit de mort), aux plans soigneusement pensés et préparés, déroute par son organisation en une dizaine de blocs de séquences que l'on a du mal à situer les unes par rapport aux autres. Comme Gérard est privé de généalogie, Pialat semble vouloir se priver de chronologie. Après la rupture à l'île Maurice, Gérard revient souvent voir sa femme et recommence éternellement une nouvelle histoire, une nouvelle rupture. Rien ne serait-il durable ?

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Genre : Drame psychologique
Scénario et Dialogues : Maurice Pialat. Avec : Gérard Depardieu (Gérard Gardi), Géraldine Pailhas (Sophie), Antoine Pialat (Antoine), Dominique Rocheteau (Jeannot, le compagnon de Sophie), Fabienne Babe (Cathy, la compagne de Gérard), Elisabeth Depardieu (Micheline, la sœur), Claude Davy . 1h40.
Thème : Autobiographie