Cabiria, "née
du feu ", jeune grecque de Catane en Sicile, rescapée d'une éruption
de l'Etna, est enlevée avec sa nourrice par des pirates carthaginois.
Sur un marché d'esclaves, elle est achetée par le grand prêtre
de Baal pour être sacrifiée au dieu Moloch. La nourrice parvient
à alerter un jeune patricien romain, Fluvio Axilia, espion de Rome
à Carthage qui dépêche son serviteur, le bon géant
noir Maciste, afin de délivrer l'enfant.
Pendant qu'Annibal traverse les Alpes, Cabiria est recueillie par la reine de Numidie, Sophonisbe, mais Maciste est enchaîné et réduit en esclavage.
Les années passent. Cabiria est devenue une belle jeune fille, suivante de Sophonisbe.
Bien que la flotte romaine ait été en partie détruite à Syracuse, Scipion entre à Carthage. Sophonisbe se suicide. Cabiria, après bien des péripéties, parvient à délivrer Maciste et Fluvio Axilia, qui tombe amoureux d'elle. Tous trois regagnent Rome, où Cabiria retrouvet ses parents, qui n'étaient pas morts dans la destruction de Catane et connait enfin le bonheur dans les bras de Fluvio, sous le regard débonnaire de Maciste.
Le film est
sorti à la veille de la Grande Guerre en Italie. réalisé
sous le pseudonyme de Piero Fosco par Giovanni Pastrone. C'est au début
de 1913 qu'il avait pensé à un film intitulé Le roman
des flammes, qui se situerait au temps des Guerres puniques.
Quelques 20.000 m de pellicule furent impressionnés, et seulement 4.500 m conservés lors du montage. D'une durée originale de 4h10, le film coûta 1.250.000 lires.
Cette vaste fresque retrace la Deuxième Guerre punique et montre Hannibal franchissant les Alpes avec ses éléphants (-218), Archimède défendant Syracuse avec ses miroirs ardents (-212), l'épisode dramatique de Masinissa et Sophonisbé, le siège de Cirta (-203) et s'achevait avec la victoire de Scipion l'Africain à Zama (automne -202). Seize années de guerre condensées en une narration serrée.
Sur cette vaste toile de fond se surimpressionnait une histoire d'amour qui n'était pas sans faire songer au roman d'Emilio Salgari, Carthage en Flammes (1908) ni sans évoquer le Quo Vadis ? de Enrico Guazzoni (1912) : Maciste tenant un rôle de géant protecteur de l'héroïne promise au sacrifice suprême, ce qui le rendait assez semblable à Ursus
Son scénario terminé, Pastrone s'était mis en rapport avec Gabrielle d'Annunzio, alors réfugié à Paris, afin de le lui soumettre, de lui demander de le parfaire et de le signer. Poète et dramaturge, mais aussi nationaliste fervent et héros d'aviation à 53 ans, G. d'Annunzio (l'homme qui en 1919 à la tête des Arditi - ses partisans qu'il avait organisés en corps franc - reconquerra Fiume pour la rendre à la couronne italienne) était harcelé par ses créanciers.
Dans des déclarations faites en octobre 1949, Pastrone raconte que d'Annunzio se contenta de signer chacune des 30 pages du scénario, sans les relire, ce qui ne devait pas l'empêcher d'en revendiquer la paternité. "D'Annunzio m'accueillit - raconte Pastrone - et daigna m'écouter. Il me dit : « Il est écrit dans le Livre de Job : Le nombre des imbéciles est incommensurable. Mais de toute évidence nous n'appartenons pas à cette catégorie, ni vous, ni moi. Combien me donnez-vous pour signer votre film ? » Nous avons discuté. Je lui ai donné 50.000 francs. Je devais lui en donner autant par la suite pour qu'il me laisse tranquille."
Moyennant une copieuse rétribution, donc, Gabriele d'Annunzio, avait accepté de signer de son nom le scénario de Pastrone. "De quoi acheter de la viande rouge pour mes chiens", susurrera-t-il après coup, ce qui ne l'avait point empêché de déclarer à l'époque au Corriere della Serra : "Une firme turinoise, dirigée par un homme cultivé et énergique, doué d'un extraordinaire instinct plastique, prépare un essai d'art populaire d'après un sujet inédit que je lui ai fourni."
Quoi qu'il en fut, il semble que les noms des héros , Cabiria et Maciste furent inventés par d'Annunzio et que le poète rédigea des intertitres du film.
Film capital de l'histoire du cinéma, Cabiria fut un authentique chef d'uvre et son succès partout considérable. Pastrone innova constamment durant le tournage de cette superproduction qui, pour reprendre l'expression des historiens du cinéma, "consacra la conquête de l'espace par le cinéma", en imposant définitivement le décor construit et en bannissant les trompe-l'il, afin que la profondeur - la troisième dimension - fut perceptible par le spectateur.
Et il fit breveter un nouveau dispositif dont il a été l'inventeur : le carello, mieux connu aujourd'hui sous le nom de travelling ! Il usa systématiquement de la lumière artificielle des réflecteurs pour créer des effets et non pas tant pour suppléer à la lumière solaire.
Cabiria fut l'apogée du cinéma italien à grand spectacle et son influence sur D.W. Griffith évidente. Il semble établi que le metteur en scène américain fit l'acquisition d'une copie du film de Pastrone pour en étudier la technique.
source : http://www.peplums.info/pep11a.htm
Avec : Carolina Catena (Cabiria enfant), Lidia Quaranta (Cabiria), Gina Marangoni (Croessa, la nurse), Dante Testa (Karthalo, le grand prêtre), Umberto Mozzato (Fulvio 'Fulvius' Axilla), Bartolomeo Pagano (Maciste, l'esclave d'Axilla's), Emilio Vardannes (Hannibal). 2h28.
