L'action située dans les Carpates à une époque indéterminée mais lointaine est divisée en chapitres intitulés : Ivan et Marichka ; les Alpages ; Solitude ; Ivan et Palagna ; Les masques de Noël ; C'est demain le printemps ; Le sorcier ; Envoûtement et mort d'Ivan ; Picta.

Après la messe, le père du jeune Ivan se bat avec un adversaire qui le tue à coup de hache. Le sang envahi l'écran ainsi que l'ombre de chevaux rouges en plein galop. Ivan pense plus à Marichka, la fille de l'homme qui a tué son père qu'à la mort de celui-ci.

Devenus adultes les deux amants projettent de se marier en dépit de l'antagonisme de leurs familles. Présentement, Ivan, au grand désespoir et à la honte de sa mère, doit aller travailler comme valet dans les alpages. Il demande à Marichka de l'attendre pendant l'hiver. Cherchant à le rejoindre dans les montagnes et voulant sauver un mouton, Marichka fait une chute mortelle dans un torrent. Ivan devient très solitaire, maigrit et vieillit à vue d'œil.

Palagna, une femme pleine de désir pour lui, l'amènera au mariage. Les vieilles femmes lavent Ivan pour la cérémonie au terme de laquelle les époux sont laissés seuls, attachés l'un à l'autre par un joug, les yeux couverts d'un bandeau. Durant Noël et ses fêtes, Ivan se lamante que Palagna ne lui ait encore pas donné d'enfant. Nue dans la campagne elle invoque les saints pour obtenir une descendance. Une espèce de sorcier maîtrise une tempête ravageant la région. Il remarque Palagna et la prend. Dans une taverne, Ivan et le sorcier se battent sauvagement. Ayant trouvé son maître, le sorcier envoûte Ivan qui erre halluciné dans les montagnes. Le fantôme de Marichka l'entraîne dans la mort. Les mêmes vielles femmes qui avaient lavé le futur marié lavent maintenant son cadavre. Comme le veut la coutume, on s'agite autour du cercueil, lui-même agité d'un mouvement trépidant.

 

 

Paradjanov s'intéresse peu à l'intrigue et à la dramaturgie. Pour répondre à son ambition, un film doit être comme un objet artisanal, aux facettes multiples reflétant, le folklore, les coutumes, les rites quotidiens, l'inconscient et le conscient d'un peuple : ici les Goutzouls des Carpates. Souvent, la caméra court dans tous les sens comme si le temps pressait et aller manquer pour mener à bien cette quête à la fois poétique et ethnologique. La fantasmagorie ciselée en esthète par Paradjanov est d'une beauté étrange et précieuse, due en partie à son authenticité plastique aussi bien que musicale.

Paradjanov approfondira ses recherches formelles dans "Sayat Nova", (1969), un film-objet libéré de tout lien avec la dramaturgie classique et avec quelque forme de dramaturgie que ce soit. Son indépendance d'esprit et son extrême esthétisme ont valu à l'auteur de continuelles persécutions.

Jacques Lourcelles : Dictionnaire du Cinéma

 

Les chevaux de feu

(Tini zabutykh predkiv ). Scénario de S. Paradjanov et Ivan Tehentel d'après la nouvelle de Mikhlail Kotzubinsky. Photo : Juri Ilienko. Mus : Moroslav Skorik. 1h35.

1964