1931 Douro Faina Fluvial
   
1932 - 1939
Houille blanche, le Portugal fait des voitures, Miramar plage des roses, famalicao, courts-métrages de 7 à 24 mn
   
1942 Aniki Bobo

A Porto, la vie quotidienne d'un petit groupe d'enfants : Carlitos est amoureux de Teresinha, qui, elle n'est pas insensible au charme d'Eduardinho. Les deux gamins s'affrontent au bord du fleuve Douro. Pour séduire Teresinha, Carlitos vole une poupée au bazar du coin et la lui offre. Alors qu'ils font l'école buissonnière, Carlos et Edouardinho en viennent à nouveau aux mains...

   
1956 - 1959 le Peintre et la ville (27 mn) , le pain (57 mn) et deux projets inachevés.
   
1963 Acte du Printemps
  1h34
A Curalha, dans le Tras-os-Montes, chaque année les paysans jouent sur un texte du XVIème le Mystère de la passion. Manoel de Oliveira et son équipe viennent filmer le spectacle.
   
1964 - 1965 La chasse (20 mn) Vilaverdinho (20 mn) Les peintures de mon frère Julio (16 mn)
   
1972 Le passé et le présent
 

Adaptation de la pièce homonyme de Vincente Sanches 1h55.

Vanda a réuni quelques amis proches pour la translation des restes de Ricardo, son premier mari, dans un somptueux caveau. Pourtant de son vivant, il était détesté de Vanda à peu près autant que l'est l'actuel mari, Firmino. Celui-ci, de désespoir, se jette par la fenêtre et meurt au moment même où Daniel, le frère jumeau de Ricardo, révèle à Vanda qu'il est en réalité Ricardo et qu'il a changé d'identité lors de l'accident qui a emporté son frère. Voici le couple reformé et heureux…Sauf que Vanda se met à vouer un culte sans limite à son second mari Firmino.

   
1975 Benilde ou la vierge mère
 

Adaptation de la pièce homonyme de José Régio. Avec : Maria Amélia Aranda (Benilde), Jorge Rola (Eduardo). 1h50

En Alentejo, dans une grande propriété isolée, la jeune fille de la maison, Benilde est enceinte. C'est ce que vient constater le médecin appelé en grand secret par Genova, la servante. La jeune fille se dit enceinte d'un ange de Dieu qui lui est apparu mais le soupçon plane sur un fou qui hante la campagne. La situation de la jeune fille et sa détermination ébranlent tout son entourage : sa tante Elvina qui veut savoir la vérité, son cousin Edouardo à qui elle est fiancée, son père, qui la rejette. Epuisée par toute cette violence déchaînée autour d'elle, Benilde annonce qu'elle ne se sent plus que quelques instants à vivre et, portée par sa tante et la servante, elle va s'aliter pendant que son fiancé, effondré, répète comme dans un état second qu'ils se reverront.

   
1978

Amour de perdition

 

Adaptation du roman de Camilo Castelo Branco. Avec : Antonio Sequeira Lopes (Simon), Cristina Hauser (Thérèse), Elsa Wellencamp (Mariana). 4h25.

Au tout début du XIXème siècle, deux familles rivales voient leurs enfants s'aimer d'un amour passionné. Pour conjurer le sort, Thérèse est promise en hâte à son cousin Balthazar mais elle préfère entrer au couvent. Simon tue le cousin et se livre à la justice. Son père, magistrat de la ville, refuse tout secours à son fils, coupable de s'être dressé contre lui et aimant la fille de son pire ennemi. De leurs cellules, Thérèse et Simon s'écrivent. Condamné à mort, Simon voit sa peine commuée en déportation aux Indes et refuse toute autre grâce. Il embarque à Porto et adresse un dernier adieu à Thérèse qui, depuis le mirador du couvent, le voit partir avant de tomber morte dans les bras des religieuses qui la soutenaient. Quelques jouer après, Simon meurt à bord du navire. Il était depuis le début de ses malheurs accompagné par Mariana, la fille du maréchal-ferrant, Joao da Cruz. Celle-ci, qui n'a jamais quitté Simon et l'a aimé d'un amour sans espoir, se jette à la mer et meurt noyée en tenant embrassé son cadavre.

   
1981 Francisca
 

D'après le livre "Fanny Owen" de Agustina Bessa-Luis. Avec : Teresa Meneses (Francisca,Fanny). Diego Doria (José Augusto). Mario Barroso (Camilo Castelo Branco). 2h46.

Au milieu du XIXéme siècle, l'écrivain Camilo Castelo Branco et son ami José Augusto tombent amoureux des deux sœurs Owen, Marie et Fanny. Mais amoureux de Marie, c'est Fanny (Francisca) que José Augusto enlève une nuit

   
1985 Le soulier de satin
 

D'après la pièce de Paul Claudel. Avec : Luis Miguel Cintra (Don Rodrigue). Patricia Barzyk (Dona Prouhèze) Anne Consigy (Marie des Sept-Epées).6h55

Pendant le siècle d'or espagnol, Dona Prouhèze, liée par un amour absolu à Don Rodrigue, suit l'ordre du roi et de son mari de gouverner avec son cousin Camille, la citadelle de Mogador, tandis que Rodrigue part pour le nouveau continent comme vice-roi. Une lettre envoyée par Prouhèze mettra dix ans avant de parvenir à Rodrigue. Quand celui-ci arrive devant Mogador pour sauver Prouhèze de l'emprise de Camille, elle se refuse et meurt dans la citadelle. Dix ans lus tard, Rodrigue, éclopé, vivant en compagnie de Sept-Epées, la fille de Prouhèze, voit ses rêves de gloire se raviver quand, par dérision, le roi d'Espagne lui joue une cynique comédie. Il est enchaîné et vendu avec des vieilleries à une sœur chiffonnière.

   
1987 Mon cas
 

Scénarion d'après José Régio, Samuel Beckett et Le Livre de Job. Avec : Bulle Ogier (Actrice n°1), Luis Miguel Cintra (L'inconnu), Axel Bougousslavsky (L'employé) Fred Personne (L'auteur). 1h31

Juste avant que la pièce ne commence, un inconnu se précipite sur scène pou exposer "son cas". Il se voit empêché de le faire par un employé du théâtre, puis par une actrice, puis par l'auteur, enfin par toute la troupe. Chacun tient à exposer son cas et la discussion dégénère. On baisse le rideau. Quand il se relève c'est la même scène qui recommence mais, en cinéma muet tandis qu'une voix off égrène des bribes d'un texte de Beckett. Quant il se lève une troisième fois, ce sera avec une bande-son inversée. La quatrième fois le rideau se lève sur Job, frappé de tous les maux qui dialogue avec Dieu.

   
1988 Les cannibales
 

D'après l'oeuvre homonyme de Alvaro de Carvalhal. Avec : Luis Miguel Cintra (Le vicomte- voix de Vaz de Carvalho), Leonor Silveira (Marguerite - voix de Filomena Amaro). 1h38.

Par amour pour le beau et mystérieux comte d'Aveleda, Margarida dédaigne la passion que lui voue D. Joao. Le soir de ses noces, le comte avoue son terrible secret. Devant l'horreur de la révélation, Margarida se jette par la fenêtre, le comte roule dans les flammes de la cheminée, et le jaloux D. Joao se tire une balle... Au matin, sans le savoir, les parents de la mariée mangent le marié qui a rôti pendant la nuit. Lorsqu'ils s'en rendent compte, ils sont sur le point de se tuer de désespoir mais l'annonce d'un fabuleux héritage les réconcilie avec la vie.

   
1990 Non ou la vaine gloire de commander
 

Avec Luis Miguel Cintra (Lt Cabrita). 1h52.

Au cours d'une patrouille dans la brousse africaine lors des guerres coloniales, le lieutenant Cabrita évoque avec ses hommes les revers de fortune subis dans son histoire par le Portugal : Viriato au IIème siécle avant J.-C. qui n'a pu arrêter l'envahisseur romain ; la bataille de Toro en 1476 ; l'échec de l'alliance avec l'Espagne par la mort accidentelle du prince héritier D. Afonso, en 1490 ; enfin le désastre d'Alcacer-Quibir qui, en 1578, par la mort du roi D. Sébastien place le Portugal sous la domination espagnole. Le film s'achève sur la mort du lieutenant au matin du 25 avril 1974, jour de la révolution des œillets.

   
1991 La divine comédie
 

Extraits de la Bible, de Dostoievsky, José Régio et Nietzsche. Avec Maria de Medeiros (Sonia) Luis Miguel Cintra (Le prophète). 2h21.

Dans un asile d'aliénés, des fous se prennent pour Jésus, Lazare, Marthe, marie, Adam et Eve… et jouent La Divine comédie.

   
1992 Le jour du désespoir
 

D'après des lettres et un extrait d'Amour de perdition. Avec Teresa Madruga (Ana Placido), Mario barroso (Camilo Castelo Branco). 1h15.

Les derniers jours de l'écrivain romantique Camilo Castelo Branco accablé par une cecité menaçante, des difficultés financières, la folie d'un de ses fils et Ana Placido, sa maitresse, qu'il finit par épouser sans plus aucun amour. Le jour où le médecin lui annonce sa cécité irréversible, le romancier se tire une balle dans la tête.

   
1993 Val Abraham

D'après le roman homonyme d'Agustina Bessa-Luis. Avec : Leonor Silveira (Ema), Luis Miguel Cintra (Carlos Païva), Cécile Sanz de Alba (Ema jeune). 3h07 (version commerciale), 3h27 (version intégrale).

Transposition, de nos jours, dans la région du Douro, de Madame Bovary. Emma Bovary y devient Ema Païva. Tout en prenant ses distances par rapport au roman de Gustave Flaubert, Oliveira reste fidèle à l'entreprise, la rejoignant sur le traitement du temps, paramètre indispensable pour réaliser simultanément l'illusion poétique du bonheur créé par l'âme d'Emma et la désillusion qui l'inclut.

   
1994 La cassette
 

Luis Miguel Cintra (L'aveugle), Glicinia Quartin (La vielle). 1h33.

Dans le quartier tout le monde envie l'Aveugle qui a droit à une cassette "officielle" pour receuillir les aumônes des passants. Si bien que quand il est volé tout le monde pourrait avoir fait le coup : l'ami du gendre, la Vieille, son petit-fils, les trois Amis qui trainent dans le troquet... L'arrivée d'un second aveugle avec sa cassette exacerbe les tensions

   
1995 Le couvent
Un professeur américain, Michael (John Malkovich) veut prouver l'origine juive et espagnole de William Shakespeare. Il se rend en compagnie de sa femme Hélene (Catherine Deneuve), française, au couvent portugais d'Arrabida. Satan (Luis Miguel Cintra) et la très belle Piedade (Leonor Silveira) les y attendent.
   
1996 Party

Dialogues : Agustina Bessa-Luis. Avec : Michel Piccoli (Michel), Irène Papas (Irène), Leonor Silveira (Leonor), Rogério Samora (Rogério). 1h33.

Leonor et Rogério donnent une garden-partie dans leur belle propriété des Açores. Irène et Michel sont de leurs invités. Leonor se laisse courtiser par Michel, un don Juan un peu vieilli mais au panache intact. Une tempête emporte tout. Cinq ans plus tard, Michel et Irène, de passage aux Açores viennet diner chez le jeune couple. Rien n'est oublié et Leonor est sur le point de tout quitter pour suivre Michel.

   
1997 Voyage au début du monde
 

Avec : Marcello Mastroianni (Manoel) Jean-Yves Gautier (Afonso) Leonor Silveira (Judith) , Manoel de Oliveira (le chauffeur). 1h33.

A l'occasion d'un tournage dans le nord du Portugal, Alfono, acteur français d'origine portugaise, fait part à Judith et Duarte, deux camarades de travail de son envie d'aller voir une tante restée au village...

   
1998 Inquiétude
 

D'après "Os Imortais" de Helder Pristan Monteiro, "Suze" d'Antonio Patricio, "A mae de um rio" d'Agustina Bessa-Luis. Avec : Luis Miguel Cintra (le fils), José Pinto (le père), Isabel Ruth (Marta), Diego Doria (Le dandy), David Cordoso (L'ami), Leonor Silveira (Suzy), Leonor Baldaque (Fisalina), Irène papas (la Mère d'un fleuve). 110 mn.

Pour chacun de ses trois épisodes, Inquiétude se nourrit de trois genres de récit : théâtre, roman, récit mythique.

Dans le premier épisode, un vieillard, jadis célèbre, aujourd'hui témoin de sa décrépitude, incite son fils lui-même un temps célèbre à se tuer pour préserver sa part d'immortalité. Se tuer c'est seulement tuer le monstre qui ne crée plus. Le fils se montre récalcitrant au projet de son père qui n'a d'autre solution que de le pousser par la fenêtre avant de se jeter lui-même dans le vide.

Rideau, nous étions au théâtre et, dans une loge, un jeune dandy remarque Suzy dont il tombe passionnément amoureux. C'est la putain attitrée du tout Porto,"cocotte" sublimée par son regard fou d'amour et ses songes mélancoliques. Il ne pourra l'empêcher de mourir. Il confie à un ami son tourment avant que celui-ci ne raconte, un soir, la légende d'une jeune campagnarde solitaire, Fisalina aux dernières phalanges recouvertes d'or, partie un jour à la rencontre de la mythique Mort d'un fleuve.

   
1999 La lettre
  Avec : Chiara Mastroianni (Mme de Clèves), Antoine Chappey (M. de Clèves), Pedro Abrunhosa (Lui-même). 1h43.

Mme de Chartres a eu un premier chagrin d'amour : elle s'est vue abandonnée d'un jeune homme, M. de Guise qui entendait entretenir avec elle une relation assez libre. Un soir, une amie de sa mère, Mme de Silva la présente à un médecin de grande réputation, Jacques de Clèves. La jeune fille accepte de l'épouser sans pour autant éprouver de la passion pour lui. Cette passion, elle va la découvrir bien malgré elle, sous les traits d'un chanteur à la mode, Pedro Abrunhosa...

   
2000 Parole et utopie
 

Avec Ricardo Trepa (Viera jeune), Luis Miguel Cintra (Viera homme), Lima Duarte (Viera vieux), Diego Doria (Inquisiteur). 2h10.

La vie du père Antonio Viera, prédicateur Jésuite portugais du XVème siècle, surnommé par Fernando Pessoa "l'empereur de la langue portugaise", retracé au travers de ses lettres, de ses sermons et de son procès devant l'Inquisition

   
2001 Je rentre à la maison

Avec : Michel Piccoli (Gilbert Valence), Antoine Chappey (Georges), Leonor Baldaque, Leonor Silveira, John Malkovich, Catherine Deneuve. 1h30.

Gilbert Valence est un grand comédien de théâtre, réputé et talentueux, qui a interprété les plus grands rôles du répertoire. Alors qu’il joue sur scène “Le Roi se meurt” d’Eugène Ionesco, sa vie bascule. À l’issue d’une représentation, il apprend la tragique disparition, dans un accident de la route, de sa femme, sa fille et son beau-fils.

   
2001 Porto de mon enfance
 

Avec : Ricardo Trepa (Manoel jeune homme), Jorge Trepa (Manoel adolescent). 62 mn.

Manoel de Oliveira se souvient de son enfance à Porto, de l'usine de son père, des opéras, des opérettes auxquels il assistait, des confiseries où il rêvait d'être oublié la nuit, des jeunes dandys qui le fascinaient ; de sa jeunesse quand il menait une vie de bohème dans les boites de nuit ; du cinéma portugais né dans cette ville où il a réalisé son premier court-métrage... Le réalisateur évoque la ville telle qu'elle était et qu'elle est au tournant du troisième millénaire

   
2002 Le principe de l'incertitude

Avec : Leonor Baldaque (Camila), Leonor Silveira (Vanessa), Isabel Ruth (Celsa), Ivo Canelas (Antonio Clara), Ricardo Trepa (José, Taureau Bleu), Luis Miguel Cintra (Daniel Roper). 2h12.

Antonio est issu d’une riche famille portugaise. José est le fils de la servante de la famille. Ils ont grandi ensemble et tout partagé depuis leur enfance. La servante Celsa veille au grain et cherche à éloigner les mauvaises ondes. Tout se complique quand Antonio épouse Camila, dont José est amoureux depuis toujours. Sans oublier Vanessa, femme aux mœurs troubles, associée de José et bientôt maîtresse d'Antonio. Les conflits en action, le mal s’installe...

   
2003 Un film parlé

Avec : Leonor Silveira, Catherine Deneuve, John Malkovich, Irène Papas, Stefania Sandrelli. 1h36.

Rosa Maria est une jeune professeur d'histoire enseignant à Lisbonne, qui part en bateau rejoindre son mari à Bombay. Elle en profite pour faire découvrir à sa fillette Maria Joana les sites antiques méditerranéens qu'elle connaît, mais qu'elle n'a jamais visités : Marseille, Pompéi, Athènes, Le Caire, Istanbul... Elle lui raconte les légendes et les vérités de ces berceaux de civilisations. A chaque escale, de nouveaux passagers montent à bord du navire....

   
2004 Le cinquième empire

(O Quinto Império - Ontem Como Hoje). Avec : Ricardo Trepae (Le roi Sebastião) , Luis Miguel Cintra (Simao, le cordonnier céleste), Gloria De Matos (La reine Catarina). 2h07.

Dans son château portugais, le roi Sebastiao désire lancer une grande campagne militaire afin d'étendre son empire et se montrer digne de ses prédécesseurs. Mais cette ambition démesurée lui révèle son immense solitude. Il s'oppose à la reine Catarina et ses plus proches conseillers tentent de lui faire entendre raison

   
2006 Belle toujours

Avec : Michel Piccoli (Henri Husson), Bulle Ogier (Séverine Serizy), Ricardo Trepa (Le barman), Leonor Baldaque (jeune prostitutée). 1h08.

Deux des personnages étranges du film de Luis Buñuel, Belle de jour retraversent près de quarante ans après le mystère d'un secret que seul le personnage masculin détient peut-être et dont la révélation est essentielle au personnage féminin.

   

Jacques Parsi : Manoel de Oliveira, ed. Centre culturel Calouste Gulbenkian, 2002 :

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Oliveira est né le 11 décembre 1908 mais sa naissance n'a été déclarée que le lendemain. Manoel est la bonne orthographe de son prénom car il est né avant la chute de la Monarchie et la réforme de l'orthographe que fit passer le gouvernement républicain. Après tous les Manoel du Portugal sont devenus Manuel. Par contre, il appliqua la transformation de la particule d'Oliveira en de Oliveira

A l'age où d'autres cinéastes prennent leur retraite, Oliveira n'avait tourné encore que deux longs métrages Aniki-Bobo (1942) et Acte de Printemps (1963).

C'est pourtant par un coup d'éclat qu'il avait fait son entrée dans le monde du cinéma portugais le 19 septembre 1931 alors que tout jeune homme (il avait alors vingt-deux ans), il présentait, à l'occasion du Ve congrès International de la Critique un court métrage pas encore achevé intitulé Douro Faina Fluvial. Film d'avant garde énergique et lyrique le film exaltait les gens pauvres, voire misérables, des rives du Douro à Porto au travers de leurs souffrances dans un travail pénible et obscur. C'était offrir du pays l'envers de l'image que le tout nouveau régime salazariste souhaitait propager et imposer. La partie portugaise de l'assistance reçue très mal le film qui souhaitait une image d'Épinal des rives du Douro

Malgré un accueil chaleureux d'une partie de la critique, Oliveira ne reçut aucune offre pour continuer à tourner et se contenta de jouer un personnage de dandy dans le premier film parlant du Portugal, A cançao de Lisboa, devenu un classique de la comédie mais renonça malgré sa plastique de jeune premier au rôle de comédien, travailla dans l'usine de son père devint athlète, champion de saut à la perche, pratiquant la boxe, l'équitation et le trapèze et coureur automobile. Manoel tourne cependant mais des oeuvres auxquelles il ne s'attache pas. Il les signe d'une sorte de pseudonyme, une partie de son nom complet : candido Pinto

Il épouse le 4 décembre 1941 Maria Isabel Brandao Carvalhais, jeune fille de la bonne société. Dans une scène d'inquiétude Manoel et Maria Isabel dansent le tango. Ils auront quatre enfants.

Manoel eu beaucoup de mal à produire Aniki-Bobo et c'est finalement Antonio Lopez Ribeiro celui qui avait inscrit Douro Faina Fluvial au programme du Vè congrès de la critique en 1931 qui produisit le film (sous prétexte de ne pas alourdir le générique du film il supprima pourtant le nom de Oliveira comme coproducteur alors qu'il y entrait pourtant pour une part importante !)

L'œuvre en fut pas prête à temps pour la Mostra de Venise en 1942 et reçue un accueil mitigé au Portugal : on osait montrer des enfants qui mentaient et sortaient sans l'autorisation de leurs parents

Les années qui suivirent furent celles du pire marasme pour le cinéaste. Le Secrétariat National d'Information (sorte de censure préalable) opposait son veto à chaque projet ou bien le laissait tomber dans l'oubli. Contraint de ne pas tourner, le cinéaste s'occupa alors principalement d'agriculture dans la propriété de son épouse avait hérité dans la région du Douro. Il seconda aussi ses frères dans la direction de l'usine de passementerie et la centrale hydraulique que leur père leur avait laissé en héritage. Oliveira tourne néanmoins quelques court-métrage et reçoit une aide de l'état pour Acte de printemps en 1963, le film racontant la passion du christ. Ses prises de position contre la censure (il est arrêté un moment) et la reconnaissance de la nouvelle Vague brésilienne et française font de lui une figure tutélaire du jeune cinéma portugais.

Si Oliveira avait éprouvé le désir de tourner Benilde avant 74, l'effondrement du régime salazariste n'allait rien à y changer. Cette révolution du 25 avril fut accueillie comme une délivrance par Oliveira. Mais sorti au moment du 25 novembre 1975, Benilde pâtit du couvre feu et de l'incompréhension de la critique et du public qui en voyaient aucun rapport entre les journées révolutionnaires et cette histoire de jeune fille qui se dit enceinte d'un ange de Dieu ! L'obstacle était double car, outre le côté déroutant de l'œuvre de José Régio, Oliveira avait chois de tourner délibérément le dos à ce que l'on attendait alors de l'adaptation cinématographique d'une pièce de théâtre. Au lieu de gommer autant que faire ce peut les conventions du théâtre, comme il l'avait fait dans son précédent film, Oliveira avait volontairement souligné le caractère essentiellement théâtral de Benilde. Il avait même ponctué son film des indications "Acte 1" "fin de l'acte 1". En accusant le huit-clos, Oliveira soulignait le caractère étouffant et confiné du Portugal de Salazar

Mais le scandale atteignit son comble lorsque les Portugais découvrirent trois ans plus tard à la télévision (car la radio télévision portugaise avait financé en partie le film) Amour de perdition, découpé en épisodes et en noir et blanc. Le présentateur alla même jusqu'à accueillir Manoel de Oliveira sur un plateau de télévision en ces termes "Alors Manoel, après Aniki -Bobo; , on fait Anoiki-gaga !" La presse se déchaîna. On évoqua perfidement l'argent dépensé en omettant de préciser que le coût d'un film trois fois plus long que la normale est bien sûr en proportion. La crise économique qui frappait le Portugal après la révolution rendait l'idée de dépense très sensible dans l'esprit des téléspectateurs qui, par ailleurs découvraient à l'époque et dans un engouement indescriptible les feuilletons brésiliens très sensuels

De plus, tout Portugais connaît ou croit connaître Amour de Perdition considéré comme le chef-d'œuvre de la littérature romantique portugaise. Malheur à qui touchait. La version de George Pallu en 1923, celle d'Antonio Ribeiro en 1942 avaient plu parce qu'elles se fondaient sur la tradition illustrative du cinéma. Celle d 'Oliveira rebuta parce qu'elle était réflexion sur le sens de l'œuvre et sur les rapports entre littérature et cinéma. On jugea que les longs plans fixes de dix minutes, ce n'était pas du cinéma, on oublia d'écouter et de voir. On tomba sans sourciller dans l'absurde paradoxe d'accuser Oliveira de trahir Camilo Castelo Branco, alors que c'est le texte même de l'écrivain et rien que le texte qu'il donnait à entendre

Amour de perdition reçu cependant un excellent accueil critique en France de (Du monde à V.S.D. en passant par Elle et Les Cahiers du Cinéma) et Francisca fut extraordinairement bien accueilli à la quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1982.

Pourtant, l'acceuil très réservé de ses films au Portual ne fut longtemps pas meilleur à l'étranger. Acte du printemps a été refusé à la Mostra de Venise, le passé et le présent a été recalé à Cannes, Benilde refusé à Berlin et Francisca écarté de la sélection officielle de Cannes. Celui qui deviendra un habitué des festivals aura mangé aussi son pain noir

Mais désormais la carrière de Manoel de Oliveira ne devait plus s'interrompre. Fait exceptionnel Francisca plut au public portugais qui en fit le meilleur succès national en terme d'entrées. Le public revit aussi sous un autre angle Le passé et le présent, Benilde ou la vierge mère et amour de perdition qu'Oliveira avait regroupés sous le nom générique de la trilogie des amours frustrées, trilogie qui était devenue tétralogie avec Francisca.

La sortie d'Amour de perditions avait été assurée à Paris en 1979 par un jeune émigré portugais, Paulo Branco qui n'avait pas trente ans à l'époque qui allait devenir son producteur régulier

Sous l'impulsion de Jack Lang, l'état français multiplie les coproductions et propose à Manoel de Oliveira de tourner un film de son choix. Ce sera Le Soulier de satin. Le tournage dura du 14 août 1984 au 17 mai 1985 après un casting de plusieurs mois. Patricia Barzyk, ex miss France fut choise pour tenir le rôle de dona Prouhèze ; et pour celui de Don Rodrigue, Luis Miguel Cintra qui, après avoir refusé successivement d'incarner Eduardo dans Benilde et Baltahzar Couthinho dans Amour de perdition, faisait une entrée remarquée dans l'univers de Oliveira.

La pièce de Paul Claudel est divisée en quatre journées, à l'instar du théâtre espagnol. Le projet d'origine étai de tourner en 35 mm la quatrième de ces journées, celle qui porte le titre de Sous le vent des îles Baléares, avec, en prologue, la scène des adieux entre Prouhèze et Rodrigue. Le film aurait ainsi la longueur d'un film raisonnable d'un peu plus de deux heures. Le reste a été tourné en 16 mm par souci d'économie et a été par la suite gonflé en 35 mm grâce à l'apport inespéré d'une puissante société de production américaine, la Cannon, et l'ensemble fit partie de la sélection de la Mostra à Venise en septembre 1985 où il obtint un Lion d'or spécial du jury. Au Portugal, le film n'eut que deux ou trois projections à la cinémathèque de Lisbonne. Il n'a jamais été à ce jour, ni doublé ni sous-titré. Les critiques reprirent de plus belle : on accusa Manoel d'être le propagandiste de la culture française

Au lendemain du 25 avril 74, Manoel n'avait pas donné le film qu'on avait espéré de lui sur la révolution des oeillets. Plusieurs historiens furent sollicités pendant la quinzaine d'années qui va de la conception à la réalisation de Non la vaine gloire car le souci majeur du réalisateur était l'exactitude des bases de travail. Pourtant cette oeuvre, d'une rigueur historique indiscutable est d'un lyrisme absolu. Tournant le dos au désir de puissance et à la vanité de commander, Oliveira voit s'accomplir le destin du Portugal en donnant au monde un nouveau monde, et en accordant leur liberté aux anciennes colonies. L'histoire du Portugal connaît donc un destin très proche de celui de Rodrigue du Soulier de satin. Celui dont la mission était d'élargir le monde, l'ancien vice-roi des indes, Don Rodrigue de Manacorn, avait la révélation de la plénitude alors que, vieilli, moqué, amputé d'une jambe, il était donné, même pas vendu avec de vieilles frippes à une sœur chiffonnière. Le film connu un grand succès au Portugal

Alors que Oliveira voulait faire une madame Bovary située exactement dans son contexte normand, le projet de Chabrol, l'en détourna et il commanda à Agustina Bessa-Luis la rédaction du roman d'une Bovary portugaise. Le film reçu un accueil extraordinaire à la quinzaine le 20 mai 1993. Ce fut pour beaucoup la révélation d'un cinéaste immense et la consécration pour Leonor Silveira. Sorti à Paris le 1er septembre 1993, le film eut une belle carrière malgré sa longueur et le fait qu'il ne soit présenté qu'en copie sous-titrée. Il rassembla plus de soixante milles spectateurs, ce qui était beaucoup plus que pour n'importe quel film portugais jusqu'alors. A l'occasion de la sortie du film qui coïncidait avec la sortie de Hélas pour moi de Jean-Luc Godard, libération prit l'initiative de faire se rencontrer le cinéaste portugais et le cinéaste suisse le 25 août pour un dialogue passionnant paru le week-end du 4-5 septembre.
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Bibliographie :

Jacques Parsi : Manoel Oliveira, ed. Centre culturel Calouste Gulbenkian, 2002

 

FILMOGRAPHIE :

né en 1908
27 films
   
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