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Après
un an an de veuvage sous le toit de son infâme belle-mère, Lucy
Muir cherche un nouveau logement pour y vivre avec sa petite fille Anna et
sa servante Martha. Malgrè les tentatives de dissusuation de l'agence
immobilière, elle s'installe au bord d'une falaise dans une maison
hantée. Lucy reçoit la visite du fantôme du capitaine
Gregg, l'ancien propriétaire, qui, dit-on, s'est suicidé. Fascinée
par cette présence irréelle, à la fois tendre et renfrognée,
Lucy tombe amoureuse de lui. Ils écriront ensemble le roman de la vie
de Greg. Chez l'éditeur, Lucy rencontre "Oncle Nity" un écrivain
cynique pour enfants qui la séduit. Gregg lui montre qu'elle est naïve,
mais elle persiste, suivant son conseil d'aimer un homme. Il la quitte, elle
se rend compte que l'écrivain est marié.
Un an s'est écoulé. La magie du fauteuil dans la chambre ne fonctionne plus. Les années passent, le poteau où est gravé le nom de Anna Muir s'abime dans les vagues. Anna revient avec un fiancé et avoue à sa mère les visites du fantome pendant un an dans son enfance. Le temps passe, Lucy meurt et devient enfin la Lucia de Gregg.
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Cette
histoire de fantôme est l'une des plus belles de toute l'histoire du
cinéma. Tout ce qui n'est qu'habituellement qu'apparition éthérée
prend ici une forme très charnelle. Le fantôme rugit comme un
dragon mal embouché et toise sa proie avec un regard plus qu'entendu.
Leurs baisers sont impossibles, la clandestinité les baillonne, mais
jamais le cinéaste ne joue sur la frustration. Ce mariage paisible
entre le réél et l'irréel est un triomphe sur la mort
et sur l'ordre des choses.
L'un des chefs-d'uvre de Mankiewicz et l'un des plus beaux films hollywoodiens. Dans ce troisième film réalisé pour La Fox, qu'il n'a pas écrit lui-même, dont il a seulement corrigé le scénario, peaufinant notamment le personnage de Miles Fairley, Mankiewicz s'exprime aussi profondément que dans les uvres qu'il a tirées de ses propres scripts.
L'aventure de madame Muir offre un alliage rare, presque unique, entre l'expression d'une intelligence déliée et caustique et un goût romantique de la rêverie s'attardant sur les déceptions et illusions de l'existence.
Le film raconte avec une poésie déchirante, la supériorité mélancolique du rêve sur la réalité, le triomphe de ce qui aurait pu être sur ce qui a été. C'est également un film sur la solitude, sur ces âmes insatisfaites et rêveuses à qui la solitude justement ouvre la voie vers la connaissance de la nature, vers une forme lointaine et presque immatérielle de bonheur.
Tous les éléments de la mise en scène, des acteurs au décor, des dialogues à la photo sont superbes et marqués du sceau de la perfection. Sublime partition de Bernard Herrmann. Accompagnant la méditation de l'auteur, elle souligne jusqu'à le faire parfois exploser le lyrisme contenu de l'uvre. Grâce à elle, par exemple, les plans de mouettes et de vagues, ceux où Gene Tierney marche le long de la plage, qui indiquent le passage du temps, figurent parmi les plus beaux du film, alors qu'ils auraient pu en être les plus banals.
1947
