Cartons : "De nos jours, en Pologne à Chelmno sur Ner, à 80 kilomètres au nord-ouest de Lodz, sur le lieu qui fut le premier site d'extermination des Juifs par le gaz dans ce pays. Ici, quatre cent mille Juifs sont morts assassinés dans des camions à gaz entre décembre 1941 et le printemps 1943 puis entre juin 1944 et janvier 45.

Simon Srebnik, enfant de treize ans et demi, père abattu au ghetto de Lodz et mère morte à Chelmno fut exécuté par les nazis d'une balle dans la nuque deux jours avant l'arrivée des troupes soviétiques le 18 janvier 1945. La balle ne toucha pas les centres vitaux et il échappa à la mort, fut recueilli par un paysan polonais et sauvé par un médecin-major de l'Armée rouge. Plus de trente ans après, l'ayant rencontré à Tel-Aviv, Claude Lanzmann l'a convaincu de revenir à Chelmno".

Chelmno (Pologne). L'enfant avait dû autrefois sa survie à son chant qui plaisait à son garde allemand lorsqu'ils partaient chercher du ravitaillement. Il a aujourd'hui 47 ans et refait le trajet sur la même barque à fond plat en chantant. Il vient ensuite sur les lieux des fosses communes : "Les camions arrivaient là. Il y avait deux immenses fours, les corps étaient jetés dans les fours et les flammes montaient jusqu'au ciel. Personne ne peut comprendre ça, même aujourd'hui. C'est tranquille aujourd'hui alors que l'on brûlait 2 000 juifs par jour mais c'était tranquille aussi, personne ne criait. Chacun faisait son travail. C'était silencieux, paisible comme maintenant".

Triste ironie constate un habitant qui voit Simon chanter à nouveau : les Allemands qui tuaient des gens et l'obligeaient à chanter.

Israël. Michael Podchlebnick qui est, avec Simon Srebnik, le second rescapé de Chelmno, sourit : après les camps tout est mort en lui mais on veut vivre alors il faut oublier. Il ne trouve pas bien de parler des camps. "Quand on vit, vaut mieux sourire".

Hanna Zaidel, fille de Motke Zaidel, survivant de Vilna (Lituanie). Motke est un homme silencieux qui ne parlait pas et qu'Hanna ne put interroger qu'une fois adulte. Avec la venue de Lanzmann, elle a pu entendre pour la seconde fois l'histoire dans sa totalité. Forêt de Ben Shemen qui ressemble à la forêt de Ponari où furent massacrés la plupart des juifs de Vilna.

Pologne. Forêt du camp d'extermination de Sobibor parcourue avec Jan Piwonski. Aujourd'hui, la forêt est belle et silencieuse, on y chasse. Autrefois, elle était pleine de cris, de coups de feu et d'aboiements. Ces sons sont gravés dans la mémoire des gens qui habitaient ici. Au printemps 43, les Allemands ont planté des petits sapins pour camoufler toutes les traces

Israël. Michael Podchlebnick pleure. Il raconte qu'il déchargeait des camions, ceux qui y étaient morts asphyxiés. Le troisième jour il a vu sa femme et ses enfants.

Forêt de Ponari (Lituanie). Travelling silencieux en voiture avec voix off, janvier 42. jeter les cadavres comme des harengs dans des fosses communes à plusieurs étages en entonnoir. Puis ils ont déterré et brûlé tous les juifs de Vilna. En janvier 44, ils ont dû sortir les corps pour les brûler.

Israël. A côté de Motke Zaidel et de sa fille Hanna assise au-dessus de lui. C'est Yitzhak Dugin, survivant de Vilna qui commentait les images précédentes. Au moment d'ouvrir la dernière fosse, il a reconnu sa mère et ses trois sœurs. Apres quatre mois passés dans la terre gelée les cadavres étaient en bon état, c'est pourquoi il a pu les reconnaître. Il y avait 24 000 cadavres dans la première fosse, la plus ancienne par laquelle ils ont commencé à déterrer les corps.

Forêt de Ben Shemen. Motke Zaidel confirme que les Allemands leur demandaient de déterrer les cadavres avec les mains. De faire disparaître 90 000 victimes qu'ils appelaient, figures ou marionnettes de chiffons.

Suisse, Bâle. Richard Glazard se souvient que fin novembre 1942 dans le camp de Treblinka, ils ont vu pour la première fois des corps brûlés dans des flammes multicolores. Salve, leur compagnon ténor détenu psalmodia un chant des morts.

Israël. Motke Zaidel indique aussi que lorsque les monceaux de corps étaient brûlés, le feu durait sept ou huit jours

Chelmno (Pologne) Simon faisait de la poussière des os qui n'avaient pas brûlé. Les sacs de poussières étaient ensuite déversés dans la Ner

Cincinnati. Paula Biren, survivante d'Auschwitz, grands-parents morts au ghetto de Lodz. Le cimetière de Lodz aujourd'hui

Auschwitz : Une habitante se souvient que la ville était peuplée de 80 % de juifs avant la guerre. Ils avaient une synagogue. Aujourd'hui, le cimetière juif est fermé et à l'abandon

Wlodawa (15km de Sobibor). Devant l'église catholique, des habitants reconnaissent l'existence d'une magnifique synagogue avant 1940, aujourd'hui transformée. Pan Filipowicz guide Lanzmann dans le quartier des marchands de vin, des commerces de bois, tissus, alimentation, coiffeurs. Puis, après des rues vides, la maison d'un commerçant de ciments dont il se souvient de la famille, belle et pleine de culture, d'un forgeron. Il se souvient de tous et connaît leur nom. Wlodawa était une ville complètement juive. Les polonais habitaient la périphérie.

retour à l'habitante d'Auschwitz qui se souvient du déplacement de juifs du centre ville en 40 vers Sosnova-Benjine (?) avant d'être ramenés au camp d'Auschwitz-Birkenau

Auschwitz-Birkenau : travelling sur la voie de chemin de fer.

Pan Filipowicz de Wlodawa pense que les juifs pressentaient leur fin dès avant la guerre. Ils étaient chassés à pied vers une gare, les vieillards étaient poussés les premiers dans des wagons à bestiaux puis les juifs plus jeunes puis, à la fin, les gosses que l'on jetait sur les autres, déjà enfermés

Kolo sous la pluie. On chassait les juifs. On les battait, certains jusqu'à la mort. Une charrette spéciale suivait le convoi. Même les Allemands ne voulaient pas voir ça. D'autres aussi ont été assassinés aussi dans la forêt de Kalish (?) après avoir été rassemblés dans les synagogues.

Le cheminot de Treblinka conduit la locomotive vers le camp. Part trois fois il fait le signe d'une gorge tranchée. A Tel-Aviv, Abraham Bomba, survivant commente cette arrivée dans ce non-lieu. Retour à Treblinka sur les paroles de Bomba.

Le premier transport quitta Czestochowa....

On entre dans le film avec les souvenirs de celui qui fut un enfant, un enfant musicien dans une barque qui semble revenu de l'autre rive de l'Enfer ou du Léthé, fleuve de l'oubli, pour faire le travail du deuil.

Entre 1976 et 1981, trois cent cinquante heures de film ont été tournées. Durant dix campagnes de tournage, l’écrivain et cinéaste Claude Lanzmann a méthodiquement suivi les traces de l’infamie, relevé les pièces à conviction, identifié les lieux et écouté victimes, criminels et témoins. Faisant taire sa douleur, l’enquêteur pose les questions qui font mal à ses interlocuteurs (comment avez-vous reconnu les corps de vos femmes, meres et enfants ?), à lui-même et aux spectateurs (gros plan sur les larmes qui finissent par couler sur le visage de Michael Podchlebnick qui aurait préfére oublier, gros plan sur Yitzhak Dugin lorsqu'il dit avoir reconnu les siens dans la derniere fosse commune où il devait déterrer les morts pour les bruler).

Chelmno, Vilna, Treblinka, Auschwitz, Sobibor, autant de lieux où furent massacrés à la chaîne, dans l'effroyable machine de mort industrielle des nazis des centaines de milliers de juifs. Claude Lanzmann fait le lien entre le temps des camps d'extermination qui souligne la dimension collective de la machination et l'instant présent, lequel ramène à l'individu, à ses revendications de mémoire. Il réunit aussi l'ensemble des morts des camps dans un souvenir collectif qui exclut une recherche précise des responsabilité "Face à la Shoah, affirme Claude Lanzmann, il y a une obscénité absolue de comprendre".

Évoquer la Shoah en terme de compréhension ne contribue aucunement à justifier les crimes des assassins. Lanzman passe ainsi de la forêt de Chelmno en Pologne à celle de Ponari en Lituanie et seuls les commentaires permettent de penser que nous sommes dans deux lieux différents tant les forêts se ressemblent. A la différence de Simon, les survivants de Vilna n'ont d'ailleurs pas fait le deplacement et c'est dans une forêt d'israel que Lanzman les filme pour interroger la mémoire de ssurvivants.

Meme volonté de saisir des comportemnt commun dans des lieux différents lorsque Lanzmman passe sans prevenir de l'interrogation des habitants de la ville de Wlodawa à ceux d'Auschwitz....

 

Ressource : le dossier de Télédoc

 

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Shoah
Claude Lanzmann
1985
Avec : Simon Srebnik, Michael Podchlebnik, Motke Zaidl, Hanna Zaidl, Jan Piwonski, Itzhak Dugin, Richard Glazer, Paula Biren, Pana Pietyra, Pan Filipowicz, Pan Falborski, Abraham Bomba, Czeslaw Borowi, Henrik Gawkowski, Rudolf Vrba, Inge Deutschhkron, Franz Suchomel, Filip Müller, Joseph Oberhauser, Anton Spiess, Raul Hilberg, Franz Schaliing, Martha Michelsohn, Claude Lanzmann, Moshe Mordo, Armando Aaron, Walter Stier, Ruth Elias, Jan Karski, Franz Grassler, Gertude Schneider, Itzhak Zuckermann, Simha Rotem. 9h30
Genre : Documentaire
Thème : Shoah
Voir : Photogrammes