![]() |
![]() |
Au
dernier étage d'un building new-yorkais, un cri est vite étouffé...
Deux jeunes gens de la meilleure société, Brandon Shaw et Phillip
Morgan, viennent d'étrangler avec un bout de corde David Kentley, l'un
de leurs camarades d'études. Ils ont accompli ce meurtre pour mettre
en pratique la dangereuse théorie de leur professeur Rupert Cadell,
qui reconnaît aux êtres supérieurs le droit de supprimer
un être inférieur de qui la société n'a rien à
attendre.
Les deux jeunes criminels imaginent de donner ce soir-là une fête à laquelle sont invités les parents et certains amis de David Kentley, ainsi que Rupert Cadell. On prépare le buffet sur le coffre même où repose le corps de David et cette mise en scène macabre excite Brandon, alors que Phillip cache difficilement sa nervosité.
Les invités
arrivent et chacun s'étonne du retard puis de l'absence de David...
La conversation s'anime et Brandon parvient à faire énoncer
par Rupert, une nouvelle fois, sa théorie sur le meurtre. Rupert sent
quelque chose de trouble dans l'atmosphère qui règne dans la
pièce et il comprend peu à peu que Brandon et Phillip ne sont
pas étrangers à l'absence de David. Ayant découvert la
vérité, Rupert ne veut pas laisser le crime impuni et il attire
l'attention de la police...
![]() |
![]() |
La corde
occupe une place centrale au sein de l'édifice hitchcockien parce qu'il consolide
la morale universaliste de son auteur. Il élimine comme monstrueuse toute
tentative de morale individuelle, élitiste, qui donnerait à un seul être ou
à une seule catégorie d'être une part à part dans la société. Le film souligne
aussi la responsabilité de l'intellectuel dont les paroles, les écrits, les
théories, les paradoxes doivent être considérés par lui-même et par les autres
avec autant de sérieux que s'ils étaient des actes. Cette responsabilité de
l'auteur populaire, Hitchcock la revendique d'autant plus qu'il a toujours
été fasciné par les pulsions secrètes et notamment criminelles qui se cachent
dans l'être humain.
La corde est aussi un film exceptionnel dans l'oeuvre de Hitchcock : le spectateur ne peut s'identifier à aucun des personnages. Le professeur, interprété, par James Stewart est le plus coupable de tous.
Ainsi, premier film où Hitchcock apparaît comme coproducteur, La corde est-il l'un des plus sérieux et expérimental qu'il est jamais tourné.
Premier film en couleur, il est aussi une tentative pour ne faire d'un film qu'un seul long plan-séquence continu. La gageure est d'abord pris au pied de la lettre : pas de changement de lieu, temps continu, pas un seul raccord visible (ce qui va impliquer l'utilisation d'astuces puisque techniquement aucun plan ne peut durer plus de dix minutes). Mais curieusement le parti pris de départ se perd en route. Un changement de plan sur deux est absolument visible, le suivant s'effectue sur le dos d'un personnage et le dernier fondu au noir aura lieu exceptionnellement sur le couvercle du coffre.
Néanmoins, alors qu'en moyenne un film comporte entre quatre cents et six cents plans, La corde n'en comporte que onze (respectivement de 1'54, 9'36, 7'51, 7'18, 7'09, 9'57, 7'36, 7'47, 10', 4'36, 5'39). Les dix changements de plan s'opèrent de la manière suivante : 1) changement de plan correspondant à un changement de lieu (extérieur à intérieur de l'appartement) 2) sur le dos de Shaw Brandon 3) normal, 4) sur le dos de Kenneth, 5) normal, 6)sur le dos de Shaw, 7) normal, 8) sur le dos de Shaw, 9) normal, 10) sur le couvercle du coffre.
Ce film qui refuse le montage est pourtant extrêmement découpé dans sa mobilité. La caméra ne cherche pas à se faire oublier, elle reste très présente, elle entraîne dans son sillage un spectateur soumis et comblé. Elle accentue la tension et le malaise suscités par l'intrigue.
