Amadeus

1984

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Genre : Biopic

D'après la pièce de Peter Shaffer. Avec : F. Murray Abraham (Antonio Salieri), Tom Hulce Wolfgang Amadeus Mozart), Elizabeth Berridge (Constanze Mozart), Simon Callow (Emanuel Schikaneder), Roy Dotrice (Leopold Mozart), Christine Ebersole (Katerina Cavalieri), Jeffrey Jones (l'Empereur Joseph II). 2h37.

Vienne 1822. Antonio Salieri s'accuse d'avoir tué Mozart et, dans un acte de démence, tente de se trancher la gorge. Dans l'asile où il a été admis, il raconte sa vie à un prêtre en visite.

Originaire d'une petite ville d'Italie, le jeune Salieri aime passionnément la musique mais ne peut assouvir sa passion que grâce à la mort miraculeuse de son père. Après d'austères études, il est nommé compositeur officiel de l'empereur Joseph II d'Autriche. En 1781, le prince archevêque de Salzbourg, en voyage à Vienne, donne un concert de la musique de son protégé, Wolfgang Amadeus Mozart. Salieri n'en croit pas ses yeux en découvrant que le génie, qu'il avait vu enfant prodige est ce jeune homme mal élevé et licencieux qui soulève les jupons de la jeune fille qu'il courtise. Le concert est un triomphe. Salieri est bouleversé par les jeux successifs du hautbois et de la clarinette mais le prince archevêque de Salzbourg est irrité de la mauvaise conduite de son protégé et lui ordonne de revenir à Salzbourg.

Par goût de la musique autant que par rivalité politique, Joseph II décide de retenir Mozart à Vienne en lui commandant un opéra en langue allemande, L'enlèvement au sérail. Salieri avait écrit une petite marche en l'honneur de Mozart qu'il admire. Celui-ci l'ayant apprise par cœur en une seule écoute et l'ayant allégrement améliorée, Salieri ne peut que s'incliner devant son génie. Il constate que la cantatrice dont il est amoureux, Katerina Cavalieri, est déjà la maitresse de Mozart et l'admiration restante se transforme en rivalité. Le père de Mozart supplie son fils de ne pas épouser Constance et de revenir à Salzbourg. Wolfgang passe outre. Les dettes s'accumulent toutefois et Constance s'en va supplier Salieri d'obtenir un poste pour son mari. En découvrant les partitions qu'elle lui a apportées, Salieri est suffoqué par le génie de son rival et ferme sa porte à Constance. Il s'en prend alors à Dieu qui a dédaigné en lui un serviteur dévoué et a fait de Mozart sa créature qu'il décide de détruire. Il met son crucifix au feu.

En intriguant, Salieri réussit à réduire à neuf le nombre de représentations de L'enlèvement au sérail et fait embaucher à ses frais une servante pour surveiller Mozart. Celui-ci reçoit la visite de son père qui s'offusque de la vie débridée de son fils. La servante annonce bientôt à Salieri que Mozart prépare une adaptation du Mariage de figaro, pièce interdite. Mozart plaide sa cause auprès de l'empereur arguant que, dans les tragédies antiques, les héros sont tellement loin de nous "qu'ils chient du marbre". Il réussit même à imposer un air chanté en solo, duo et jusqu'à trente personnes qui dure plus de vingt minutes ainsi qu'une danse paysanne alors que l'empereur avait interdit les ballets dans ses opéras. Salieri ne perçoit que trop bien l'innovation des noces de figaro, mais miraculeusement pour lui, l'empereur baille. Il déclare à Mozart qu'il a certainement eu tort d'imposer une œuvre de quatre heures à l'empereur. La sanction est sévère. Ce ne sera que cinq représentations. C'est envoyant Don Juan que Salieri prend l'idée de tuer Mozart en lui commandant un requiem où il se fera passer pour le commandeur reprochant son ingratitude envers son père à Mozart.

Le stratagème fonctionne car Mozart meurt d'épuisement en composant en parallèle la flute enchanté commandé par Emanuel Schikaneder pour un théâtre populaire de Vienne et ce requiem. Suite à un épisode de débauche, Constance quitte Mozart. Celui-ci s'écroule sur scène lors d'une représentation de La flûte enchantée. Salieri le reconduit chez lui et prend sous sa dictée les notes du requiem. Son but dit-il à son confesseur est de tuer Mozart et de lui voler sa musique mais le retour inopiné de Constance empêche ce projet d'aboutir car elle met la partition sous clé. Il est cependant trop tard pour sauver Mozart qui est enterré à la fosse commune.

Salieri a ensuite connu trente-deux ans de vie torturée entre remords et absence de reconnaissance de sa musique. Salieri, oublié de tous, se considère maintenant comme le saint patron des médiocres.

La pièce de Peter Shaffer (1979) est montée en France en 1981 avec Roman Polanski (Mozart) et François Périer (Salieri), puis en 2005 avec Lorànt Deutsch (Mozart) et Jean Piat (Salieri). Entre-temps, la pièce est adaptée avec succès au cinéma par Milos Forman.

L'idée de faire commenter la musique de Mozart par un personnage extérieur, fut-il son pire ennemi est très pédagogique et émouvante. Les meilleurs moments du film sont ceux où Salieri découvre la partition et la commente alors qu'elle se fait entendre off. Les opéras, l'enlèvement au sérail, Les noces de Figaro, Don juan et la flute enchanté bénéficient ainsi de quelques extraits et commentaires permettant de mieux les écouter et apprécier la richesse de l'orchestration. Cette pédagogie en acte constitue le sommet du film : la dictée du Confutatis du Requiem par Mozart sur son lit de mort à Salieri. Chaque indication de Mozart, d'abord incomprise de Salieri, est doublée off par la musique dès qu'il la note. C'est d'abord La confession des méchants voués aux flammes de l'enfer en La mineur par les basses et les ténors. Dans l'orchestre, le second basson et les trombones jouent avec les basses sur notes identiques et même rythme. Le premier basson et les trombones font de même avec les ténors : les instruments doublent les voix. Puis trompettes en ré et, pour le grand brasier, les cordes à l'unisson. Ensuite avec "lvoca me benedictis", les sopranos en dessous et les violons en arpège

Forman insiste sur la force blasphématoire du comportement de Salieri, finalement en accord avec l'impudence diabolique de Mozart. Salieri se réjouit de la mort de son père et déclare la guerre à Dieu qui a dédaigné en lui un serviteur dévoué et a fait de Mozart sa créature qu'il décide de détruire. Il met son crucifix au feu. La mort de Mozart est planifiée comme le blasphème absolu : "Dieu impuissant à empêcher Salieri de triompher. Et dieu forcé à écouter, impuissant à rien empêcher et cette fois, moi me riant de lui dans l'ombre". Cette destruction créatrice justifie le jeu que certains pourront trouver excessif de F. Murray Abraham (Salieri) et Tom Hulce (Mozart).

Jean-Luc Lacuve le 27/12/2011