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Philippe
Tardieu, cadre commercial dans le bâtiment, vit avec sa mère
et ses deux soeurs dans un petit pavillon de la banlieue nantaise. Au mariage
d'une de ses soeurs, il rencontre Senta, une demoiselle d'honneur lointainement
apparentée au marié. C'est le coup de foudre. Fasciné
par Senta, Philippe jubile, délaissant ses responsabilités professionnelles
et familiales pour se perdre dans les zones d'ombre de la jeune femme : est-elle
vraiment actrice ? Est-elle vraiment mannequin ? Pourquoi dort-elle dans une
cave ? Parle-t-elle sérieusement lorsqu'elle évoque le meurtre
pour prouver à sa moitié la pureté de son amour ? Philippe
ne va pas tarder à le découvrir.
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Chabrol
n'excelle jamais tant que dans l'adaptation de romans familiaux où
les non dits entre parents, entre voisins, entre amants sont l'occasion d'échanges
codés, à double entente ou à double détente puisqu'ils
conduisent le plus souvent à la mort. Ici on échange une statue
de pierre, un nom, une robe qui seront l'occasion de quiproquos, incestueux
pour l'un et mortels pour les seconds.
Philippe, jeune homme en apparence calme et solide, hait le mouvement qui déplace les lignes. Il semble être resté étrangement près de sa mère. Il supporte mal que celle-ci offre à Gérard, son amoureux du moment, Flore, la statue de pierre qui lui ressemble. La trahison de Gérard avérée, Philippe retrouve la statue près du domicile d'une cliente et la vole. Dès lors, il la cache et ne s'en sépare plus. N'osant l'adorer tant que la ressemblance renvoie à la mère, il ne s'en sépare plus dès qu'il l'identifie à Senta.
La relation amoureuse entre la mère et le fils est parfaitement évidente et pourtant jamais dite. L'un et l'autre se trouvent beaux comme des dieux, beaux comme des astres, leur visage s'illumine dès qu'ils sont en présence l'un de l'autre. La mère demande au fils d'assumer le rôle du père auprès de sa sur. Et le fils comprend tellement bien les femmes vieillissant seules.
Si Philippe plonge à ce point dans la cave avec Senta, refuse de voir l'évidence que le spectateur suspecte bien avant lui (voir l'excellent indice de l'aboiement du chien !) c'est, qu'après tout, il s'agit du même amour malheureux et impossible qu'avec sa mère. La statue dans le placard est finalement assez proche de Senta dans sa cave. Il tente désespérément de faire coïncider le visage de Senta à cette statue comme Senta tente de faire coller sa vie de mythomane à la vie réelle. Comme déjà dans La femme infidèle, il faudrait bien, effectivement, un meurtre pour rendre vie à ce couple en perdition.
La route de nuit, la plage de Pornic, le jardin des plantes de Nantes semblent les seuls lieux en accord avec ces deux personnages fantomatiques, éloignés dans leur absence au monde de ces petits bourgeois que Chabrol se plait à décrire en les caricaturant tous plus ou moins légèrement (les invités du mariage, beau-frère et beau-père en tête, Gérard Courtois).
D'après le roman de Ruth Rendell. Avec : Benoît Magimel (Philippe), Laura Smet (Senta), Aurore Clément (Christine), Bernard Le Coq (Gérard), Solene Bouton (Sophie), Anna Mihalcea (Patricia), Michel Duchaussoy (Le Clochard). 1h50.
