Leonard Zelig est en apparence un homme tout à fait quelconque, mais bientôt l'Amérique des années vingt va littéralement se passionner pour lui : on constate en effet que ce petit homme banal a en fait tendance, par des facultés chimiques totalement inexplicables, à se transformer à l'image des êtres qu'il côtoie. En présence d'un obèse, il grossit à vue d'œil; face à un noir, sa peau noircit ; aux côtés d'un Asiatique, ses yeux se brident instantanément.

Lors d'une de ses métamorphoses, Zelig est arrêté et conduit à l'hôpital. Les plus grands spécialistes se succèdent pour observer ce phénomène, mais, fort heureusement pour Zelig, la charmante doctoresse Eudora Fletcher prend son cas particulièrement à cœur et l'arrache aux autres médecins. Elle va traiter Zelig par l'hypnose, et, sous l'effet du traitement, il parle de ses problèmes d'enfance, d'identité juive, et lâche ces quelques mots révélateurs : "je veux être aimé"...

Mais Zelig n'est pas au bout de ses peines : sa sœur Ruth l'enlève aux soins du Dr Fletcher et fait de lui un phénomène de foire, dans le monde entier. Cependant, le destin veille puisque Ruth Zelig se fait assassiner en Espagne par son amant jaloux, Martin Geist...

Eudora Fletcher récupère Zelig et l'isole dans sa maison de campagne. De nouveau sous hypnose, celui qu'on a surnommé " l'homme-caméléon " avoue son amour à Eudora. Mais les forces du Mal agissent encore : une danseuse nommée Lita Fox prétend que Zelig a été son mari et l'a abandonnée avec un bébé. Bientôt, deux, trois, dix femmes font les mêmes révélations à la presse. Zelig devient alors un personnage honni et banni de son Amérique natale. Il disparaîtra, mais Eudora le retrouvera en Allemagne, en compagnie des Nazis ! Finalement, leur retour aux États-Unis sera triomphal, car, avec son amie, Zelig bat le record de la traversée de l'Atlantique en avion... et sur le dos.

 

Dans Zelig, commencé en 1980 et terminé en 1983, W. Allen semble réaliser un rêve impossible : en effet, le brillant intellectuel juif qu'il est, encombré d'un " moi " obsédant au point de constituer le centre de toute son oeuvre, peut enfin, le temps d'un film et sous les traits de Leonard Zelig, ressembler à Monsieur Tout-le- Monde, noircir lorsqu'il est avec un Noir, sentir ses yeux se brider lorsqu'il rencontre un Asiatique, être une sorte d'homme-caméléon sans personnalité.


Il va de soi que le naturel de Zelig/Allen revient au galop : l'anti-héros finit par occuper le devant comme la totalité de la scène en raison même de sa prétendue transparence !


Zelig

(Zelig). Avec : Woody Allen, Mia Farrow, John Buckwalter, Mary-Louise Wilson, Sol Lomita, Ellen Garrison.

1983