Conférence de Jean-Luc Lacuve
mardi 8 décembre 2009 de 19h00 à 20h30
Auditorium du Musée des Beaux-arts

Après une introduction de cinq minutes, la conférence se déroule sur une succession d'extraits de moins de trois minutes chacun, enchaînés sur un DVD. Lors de la prise de parole, le son des films sonores ou la musique des films muets est interrompu.

Je vous propose de mettre en valeur la forte présence de l'impressionnisme dans l'imaginaire de l'eau au cinéma.

Nous partirons ainsi pour un grand voyage sur les traces de Gaston Bachelard. J'illustrerai les huit grandes thématiques de l'auteur de L'eau et les rêves, principalement à partir du corpus du cinéma des années vingt, mais aussi avec des films très célèbres de l'histoire du cinéma.

La conclusion du livre de Bachelard, "la parole de l'eau", nous permettra d'élargir le cadre géographique et historique dans lequel on enferme l'école impressionniste pour y inclure Jean Renoir. Celui-ci ne fait habituellement pas partie du groupe très restreint des cinéastes de l'école impressionnistes telle qu'elle a été définie par Georges Sadoul (Louis Delluc, Germaine Dulac, Marcel L'herbier, Abel Gance et Jean Epstein). Partie de campagne, le film de Renoir, présente au moins cinq séquences qui rappellent autant de tableaux et de Pierre-Auguste Renoir et qui rattachent sans conteste Jean Renoir à l'impressionnisme de son père. Tout aussi important dans ce film, les trois travellings par lesquels Jean Renoir donne la parole à l'eau.

En partant de ces exemples, nous chercherons dans un grand dernier chapitre si tous ceux qui se servent de l'eau autrement que comme un décor mais qui l'exhibent pour elle-même ne pourraient pas définir un grand courant impressionniste. Comme l'impressionnisme en peinture exhiba la couleur ou la lumière pour elle-même, ne pourrait-on pas dire que ceux qui exhibent l'eau pour elle-même, qui font de l'eau un personnage de cinéma, constituent une grande famille impressionniste ?


En voyage sur les traces de Gaston Bachelard

Gaston Bachelard dans, L'eau et les rêves (1941) distingue dans ses neuf chapitres :

1-Les eaux claires, les eaux printanières, les eaux courantes… Les eaux amoureuses
2-Les eaux profondes, les eaux dormantes, les eaux mortes
3-Les complexes de Caron et d'Ophelie
4-Les eaux composées
5-L'eau maternelle, l'eau féminine
6-Pureté et purification
7-La suprématie de l'eau douce (non traité)
8-L'eau violente
9-La parole de l'eau

Je vais vous présenter successivement huit séries d'extraits qui illustrent ces grandes thématiques au cinéma. Je ne traiterai pas de la suprématie de l'eau douce qui tient au particularisme de Bachelard, d'origine champenoise, et qui dit lui-même très mal connaître la mer. Ces catégories sont transversales aux grandes catégories d'eau plus classiques : la mer, les rivières, piscines et étangs, douches et jets d'eau, et enfin pluie et brumes...que l'on retrouvera aussi.

 

1 - Les eaux claires, les eaux printanières, les eaux courantes… Les eaux amoureuses

A propos de Nice (Jean Vigo, 1930, 0h45)
   
La natation (Jean Vigo, 1933, 0h11 parlant)
 
Images pour Debussy (Jean Mitry, 1952)
La reine de la prairie (Allan Dwan, 1954)
   
Le déjeuner sur l'herbe (Jean Renoir, 1959)
Gabrielle à la rose (Pierre-Auguste Renoir, 1911)

Les eaux printanières amoureuses de Bachelard ne sont pas celles de l'été par lesquelles nous débutons. Ici, dans La comtesse aux pieds nus, le très riche comte Favrini emmène Maria Vargas sur la riviera. L'été, dans les lieux souvent très fréquentés, les plaisirs de la mer dépendent fortement des conditions sociales. Ces plaisirs sociaux, c'est justement ce à quoi va s'attaquer Jean Vigo dans A propos de Nice (Jean Vigo, 1930, 0h45).

Dans ce film, il n'y a pas ici d'histoire à proprement parler, mais une suite de vues de Nice et de ses environs, sans commentaire, choisies et montées avec humour et une forte charge sociale.

Ici c'est la séquence des plaisirs bourgeois juste après la séquence d'ouverture. Un hydravion se pose dans la baie, on joue au tennis ou aux boules, la foule se presse au rallye automobile de Monte-Carlo.

C'est juste avant la séquence où riches bourgeoises, jeunes ou vieilles déambulant sur la promenade des anglais (célèbre montage greffe d'une autruche juste après l'une de ces riches bourgeoises très collet monté), on a aussi un marin qui devient noir de s'être exposé au soleil et une femme qui change de toilette toutes les trois secondes avant de s'exhiber complètement nue.

On verra comme Vigo fait jouer un rôle plus actif à l'eau. On note, qu'ici, on est très proche d'une illustration des plaisirs de l'eau, du canotage et de la voile qu'ont souvent représentés les impressionnistes en peinture.

Si Bachelard n'aime guère la mer, il aime encore moins les piscines dont il trouve le nom ridicule. Jean Vigo dans La natation (1933, 11 mn parlant) se moque aussi de ceux qui barbotent dans l'eau mais fait un film à la gloire de Jean Taris, détenteur de tous les records de France sur les distances de 100 à 1500 mètres et recordman du monde du 800 mètres.

Pour ce documentaire, il n'hésite pas à faire défiler la pellicule à l'envers dans la caméra une fois puis deux.

Ce que Bachelard aime ce sont les eaux printanières. Dont on trouve un bel exemple ici avec L'arabesque en Mi, première partie de Images pour Debussy (Jean Mitry, 1952)

"La composante principale de la psychologie des eaux est la fraîcheur. La fraîcheur est une force de réveil. Cette fraîcheur que l'on éprouve en se lavant les mains au ruisseau, s'étend, s'épand, s'empare de la nature entière. Elle est rapidement la fraîcheur du printemps. A aucun substantif plus fortement qu'à l'eau, l'adjectif printanier ne peut être associé. Pour une oreille française, il n'est pas plus frais vocable que celui des eaux printanières".

Sans doute, Bachelard aurait-il aimé ces eaux printanières du Montana : La reine de la prairie (Allan Dwan, 1954) avec Barbara Stanwyck et Ronald Reagan.


Mais ce qu'aurait aimé par-dessous tout Bachelard, c'est Le déjeuner sur l'herbe (Jean Renoir, 1959) Avec : Paul Meurisse (Le professeur Etienne Alexis), Catherine Rouvel (Nénette). 1h32.

Le professeur Alexis, grand biologiste qui prône la fécondation artificielle est candidat à la présidence des États-Unis d'Europe. Il a organisé un déjeuner sur l'herbe en Provence. Nenette, la cadette voudrait bien avoir un enfant, sans les complications du mariage. Elle pense que le professeur Alexis a la solution de son problème.

Bachelard déplorait que :

" Telles que les poètes la décrivent ou la suggèrent telle que les peintres la dessinent, la femme au bain est introuvable dans nos campagnes. Le bain n'est plus qu'un sport. En tant que sport, il est le contraire de la timidité féminine. La baignade est désormais une foule. Elle donne un milieu au romancier. Elle ne peut plus donner un véritable poème à la nature. D'ailleurs l'image primitive, l'image de la baigneuse au lumineux reflet est fausse. La baigneuse en agitant les eaux brise sa propre image. Qui se baigne ne se reflète pas. Il faut donc que l'imagination supplée la réalité. "

Gabrielle à la rose 1911. Orsay, avant-dernier modèle du peintre Pierre-Auguste Renoir qu'a connu Jean Renoir enfant et à laquelle il rend hommage en engageant Catherine Rouvel pour le rôle de Nenette,

 

2 - Les eaux profondes, les eaux dormantes, les eaux mortes

Cœur fidèle ( Jean Epstein , 1923)
L'étoile de mer (Man Ray , 1928)
   
Le quai des brumes (Marcel Carné, 1938)
Sunset boulevard (Billy Wilder, 1950)
   
La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955)

Cœur fidèle de Jean Epstein (1923, 1h07). Marie est une enfant trouvée, durement traitée par ses employeurs, le père et la mère Hochon, tenanciers dans un bar du vieux Port de Marseille qui la traite durement comme serveuse et bonne à tout faire. Marie aime Jean, un honnête docker, mais on l'oblige à se fiancer à Petit-Paul, un gredin qui a eu maille à partir avec la police. Ici le désespoir de Marie se matérialise par l'image du port avec ses détritus- exemple rare de pollution dans le cinéma impressionniste français.


L'étoile de mer de Man Ray (1928)"Poème de Robert Desnos. Tel que l'a vu Man Ray". Avec : André de la Rivière, Kiki de Montparnasse. 0h18.

L'eau des profondeurs ce n'est pas celle terrorisante des dents de la mer mais celles liées à un amour perdu, en décomposition que le poète va essayer de retrouver un peu partout avec cette étoile de mer que l'on voit ressurgir dans différentes séquences du film.

Je possède une étoile de mer (issue de quel océan?) achetée chez un brocanteur juif de la rue des Rosiers et qui est l'incarnation même d'un amour perdu, bien perdu et dont, sans elle, je n'aurais peut-être pas gardé le souvenir émouvant. Collage des contraires du surréalisme

Une femme et un homme vus au travers de vitres épaisses et déformantes. Ils montent un escalier. Elle se déshabille. Lui pas. Elle se couche. L'homme s'en va. La porte se ferme. Des journaux s'envolent. La femme offre une étoile de mer dans un bocal à l'homme. La chambre de l'homme. Il regarde l'étoile de mer à travers la clarté d'une lampe.


L'eau stagnante, dormante dans le cinéma français on en trouve un archétype avec : Le quai des brumes de Marcel Carné (1938). Avec : Jean Gabin, Michèle Morgan. Le quai des brumes archétype du réalisme poétique. Jean, un déserteur, arrive au Havre en camion et recherche un abri avant de quitter la France il y rencontre une belle jeune fille triste, Nelly. (Le dialogue de Prévert extrêmement important supplée la banalité de l'image)

Sans doutes moins profonde, mais sans doute plus dormante et plus morte que la mer : la piscine. La piscine de Sunset boulevard de Billy Wilder (1950) Avec : William Holden, Gloria Swanson, Erich Von Stroheim. 1h50. L'histoire commence par l'image du cadavre de Joe Gillis flottant dans une piscine, et c'est Joe Gillis lui-même qui entreprend de raconter comment il en est arrivé là.

Les eaux profondes les eaux dormantes et les eaux mortes c'est aussi le fond des rivières comme ici La nuit du chasseur de Charles Laughton (1955). Avec : Robert Mitchum (Harry Powell), Shelley Winters (Willa Harper), Lilian Gish (Rachel Cooper. 1h33.

Powell déguisé en prédicateur se rend dans la ferme de Harper son compagnon de cellule quia caché un gros magot sans en révéler la cachette avant d'être exécuter. Powell se rend En Virginie, au bord de l'Ohio Il ne tarde pas à s'apercevoir que les enfants savent quelque chose. Il séduit leur mère, Willa, et l'épouse. Quand il comprend que Willa ne sait rien, il la tue et fait croire qu'elle est partie en voyage. En fait son cadavre, placé dans sa voiture, repose au fond de la rivière, les cheveux mélangés aux algues flottant au gré du courant comme ceux d'Ophélie.


Ce film nous sert de transition pour le troisième chapitre de Bachelard:

3/ Les complexes de Caron et Ophélie.

Caron c'est le personnage de la mythologie qui fait traverser aux morts le Stick pour rejoindre l'enfer et Ophélie est l'amoureuse d'Hamlet qui finie noyée s'étant suicidée par chagrin d'amour. Le complexe de Caron et d'Ophélie s'impose pour Bachelard dès que l'on associe l'eau au voyage car le plus grand voyage est celui vers la mort.

Une étoile est née de Georges Cukor (1954)
Titanic de James Cameron (1997)
   
 
Cœur fidèle (Jean Epstein 1923)
 

Une étoile est née de Georges Cukor (1954). Avec : Judy Garland (Vicki Lester), James Mason (Norman Maine). 2h57. Ancienne idole du cinéma, Norman Maine noie dans l'alcool ses déboires professionnels. Un soir, il découvre une jeune chanteuse qui lui semble avoir les qualités cachées d'une future grande actrice. Ils s'aiment et se marient. Norman dégringole aussi vite qu'Esther grimpe vers la gloire (Célèbre scène de l'Oscar reçu par Vicki et où Norman provoque un scandale). Esther confie à Niels sa décision d'abandonner sa carrière pour se consacrer entièrement à son mari. Norman, qui a surpris la conversation et ne veut pas être un poids pour sa femme, se suicide.

Autre grande séquence du passage vers la mort : le naufrage du Titanic. Titanic de James Cameron (1997). Avec : Leonardo DiCaprio (Jack Dawson), Kate Winslet (Rose DeWitt Bukater). 3h14.
L'architecte du bateau a arrêté l'heure, les vieux sont emportés par la mort et les jeunes aussi puisque qu'une mère endort ses enfants avec un conte sur le retour au Pays de la beauté. Même l'art est emporté vers le néant. Ici un Etang aux nymphéas de Monet, des Danseuses de Degas. Cameron montre trois fois ces tableaux : preuve du goût de Rose, une seconde comme art poétique lorsque Rose est dessinée nue par Jack entre deux tableaux et, ici, comme marque d'un naufrage total.


Face à cette barque de Caron à la démesure d'Hollywood, quelle peut bien être la place des impressionnistes français des années 20 ? La réponse :

Cœur fidèle de Jean Epstein (1923, 1h07). Jean a demandé la main de Marie à ses parents adoptifs qui la lui ont refusé. Pire, Marie ne vient pas au rendez-vous.

Le film est très connu pour la séquence de fête foraine avec un montage très rapide qui film le manège en mouvement et qui rend compte des sentiments des trois personnages présents, le désir libidineux de petit Paul, assis à côté de Marie sur le manège, le dégoût de celle-ci qui se matérialise notamment avec le mot amour écrit au sucre sur un cochon de pain d'épice et l'angoisse de Jean qui cherche à éloigner Marie de petit Paul.

Mais cette séquence, qui utilise seulement la surimpression et la fascination pour la blancheur, est presque aussi remarquable et définit le but de la première avant-garde des années 20 :

L'attention est portée moins au fond qu'à la forme, moins à la valeur de l'intrigue qu'à la façon de dépeindre plastiquement le désarroi des personnages. Le but est de faire exprimer par l'image la psychologie des personnages, d'imbriquer le présent et la passé, le réel et le fantasme et aussi d'utiliser le décor non plus comme une banale toile de fond pittoresque, mais comme un adjuvant de l'intrigue, à la fois réaliste et symbolique. "L'image doit être autre chose que l'imagerie" écrit Louis Delluc.

4/ Les eaux composées

Dans le quatrième chapitre :

L'imagination matérielle, l'imagination des quatre éléments, même si elle favorise un élément aime à jouer avec les images et leurs combinaisons. Elle veut que son élément favori imprègne tout, elle veut qu'il soit la substance de tout un monde.

L'eau et la nuit. Comme l'eau est la substance qui s'offre le mieux aux mélanges, la nuit va pénétrer les eaux, elle va tenir le lac dans ses profondeurs, elle va imprégner l'étang.

A la fascination pour la blancheur chez les impressionnistes semble répondre au combat de la lumière et des ténèbres de l'expressionnisme.

L'Aurore de Murnau (1927) son premier film américain. Attention ici un seul et magnifique plan sans coupure.

Un paysan délaisse sa femme et son bébé. Il est attiré par une touriste, une vamp venue de la ville. Elle veut l'emmener là-bas, faire en sorte qu'il se débarrasse de sa femme.

L'union de l'eau et la terre donne la pâte, pâte non formée sans les divers reposoirs des ébauches successives.


Bachelard ne parle pas de la composition eau /air. Que l'on trouve ici dans Finis terrae de Jean Epstein (1929). Quatre goémoniers sont partis en été pour la récolte sur l'île de Bannec au large d'Ouessant. Ambroise et Jean-Marie, les deux plus jeunes sont aidés de deux hommes plus âgés. Ils se disputent une bouteille de piquette qui se brise et blesse Ambroise. Jean-Marie accuse Ambroise de lui avoir volé son couteau et les deux jeune gens s'en vont chacun de leur coté allumer leur four à goémon

Bachelard passe brièvement sur la composition eau/feu qui est, pour lui, l'analyse de l'alcool déjà faite dans La psychanalyse du feu. Nous proposerons donc pour lui, la figure du phare comme combinaison eau/feu.

 

L'Aurore (Murnau ,1927)
Finis terrae (Jean Epstein, 1929)
   
Gardiens de phare de Jean Grémillon (1928)
Finis terrae (Jean Epstein, 1929)
   
 
Le tempestaire (Jean Epstein,1947)
 

 

Gardiens de phare de Jean Grémillon (1928). Né à Bayeux en 1901 mais qui se souvient ici de son ascendance bretonne. En Bretagne, dans un petit village côtier, Bréhan et son fils Yvon s'en vont en bateau à vingt-cinq milles de là, en pleine mer vers un phare (celui de Saint-Guénolé) qui se dresse sur un rocher. Les deux hommes en assurent le service pendant trente jours, durant lesquels, sans liens avec la terre et sans pouvoir demander aucun secours, ils doivent éclairer la route des bateaux. Le drame se declare quand Yvon s'aperçoit qu'il a été mordu quelques jours auparavant par un chien porteur de la rage.

Finis terrae de Jean Epstein (1929) Un panaris se déclare, empêchant Ambroise de travailler. Rejeté, il se laisse gagner par la fièvre et délire.

Belle démonstration des moyens plastique pour décrire le désarroi ses personnages déformations, images inversé brusques mouvementer d'appareils autant d'audaces formelles que l'on retrouve chez Gance et LHherbier et que Sadoul stigmatisait "le mépris du sujet et le mépris du public " de cette première avant-garde. "La principale tache du réalisateur actuel consiste à introduire par une sorte de ruse, le plus grand nombre de thèmes purement visuels dans un scénario fait pour contenter tout le monde" René clair. En utilisant ces moyens appliqués à un film presque documentaire Epstein


1947 : Le tempestaire de Jean Epstein. Son avant dernier film (22mn son dernier long datant de 37) Magnifique évocation mentale des gens partis ne mer synthèse de son inspiration réaliste et de ses recherches formelles. Le feu sur l'eau absente.


5/ L'eau maternelle, l'eau féminine.

La barque sortant du port de Louis lumière (1900)
Pêcheur d'Islande (Jacques de Baroncelli, 1924)
Gardiens de phare (Jean Grémillon, 1928)
Finis terrae (Jean Epstein, 1929)
Remorques (Jean Grémillon, 1941)
Le tempestaire (Jean Epstein, 1947)

La barque sortant du port de Louis lumière (1900)

Cette séparation des gens de mers et gens de terre va se retrouver dans tous les films marins. Autres séquences d'adieux donc :

Pêcheur d'Islande (Jacques de Baroncelli, 1924). Yann, pêcheur de Paimpol, a pour ami le jeune Sylvestre dont il admire et aime silencieusement la sœur, Gaud. La jeune fille aime Yann et ne comprend pas pourquoi, il ne se déclare pas.
Baroncelli est presque vingt ans plus vieux que Epstein et Grémillon, nés au tournant du siècle et que Vigo, né en 1905. Baroncelli est de la même génération que Louis Delluc et les deux hommes ne s'estiment guère. Louis Delluc dans "Cinéma et Cie" (1919) "Baroncelli n'a qu'un défaut, c'est de n'en pas avoir. Doué remarquablement, il n'a pas encore contrarié ou compliqué ses dons pour les intensifier."

Cette intensification on va la trouver dans Gardiens de phare (Jean Grémillon, 1928). On n'est plus dans l'imagerie un peu niaise. Figures plus hiératiques la même splendeur du blanc, hiératisme des personnages et jeux de lumière.

Finis terrae (1929) : Les femmes de Ouessant, inquiètes après avoir vu le four de Ambroise éteint, se précipitent au bord de l'eau pour voir si les goémoniers ne reviennent pas. Elles restent à regarder au loin, séparées de l'activité des hommes.

Remorques (Jean Grémillon, 1941). Avec : Jean Gabin (Le capitaine André Laurent), Madeleine Renaud (Yvonne Laurent), Michèle Morgan (Catherine). 1h31. Le film définit la séparation des deux univers de façon très sensuelle. Alors qu'il assiste à la noce de l'un de ses marins, le capitaine du remorqueur "Le Cyclone", André Laurent doit partir au secours du "Mirva", laissant sa femme, Yvonne, et la mariée.

Une dernière séparation basée cette fois non plus sur la sensualité des éléments, la soie et la douceur du foyer contre la pluie et les dangers de la mer :

Le tempestaire (Jean Epstein, 1947) Vingt films mais, après Finis terrae, les films parlants qu'il va alors réaliser seront des échecs commerciaux répétés le contraignant, entre 1933 et 1937, à des besognes alimentaires. Evocation par l'image de la mer répétée.

 

Pourquoi cette séparation : pureté /corruption

L'homme du large (Marcel L'Herbier, 1920)
Pêcheur d'Islande (Jacques de Baroncelli, 1924)

L'homme du large (Marcel L'Herbier, 1920). Depuis le drame qui a brisé sa vie, le pêcheur Nolff vit dans une grotte, reclus et silencieux. Quelques années plus tôt, cet " homme du large " un peu rude, qui ne vivait que pour la mer, sa femme et sa fillette Djenna, fut comblé par la naissance d'un fils, Michel. Élevée par sa mère dans la droiture et le travail, Djenna n'a que des qualités. Exploitant la faiblesse de son père, Michel, au contraire, développe ses plus mauvais instincts. Voleur, fourbe et pleutre, il refuse de naviguer au large, préférant la ville et ses plaisirs faciles.

Marcel L'herbier qui a construit avec Louis Delluc et Germaine Dulac, la première avant garde française entend s'opposer à l'expressionnisme des Allemands. Ces tendances seront illustrées par El Dorado (1921) et L'Inhumaine (1923), ce dernier film bénéficiant de collaborations prestigieuses (Fernand Léger, Mallet-Stevens, Darius Milhaud, etc.) et L'argent en 1928, du roman d'Émile Zola L'Argent.

Après la venue du parlant, comme Gance ou Epstein, L'Herbier devra se résigner à mettre en scène de médiocres mélodrames avec une certaine élégance de forme, Le parfum de la dame en noir, (1931), ou une intensité dramatique rare, Le bonheur (1934).

 

A la mer pure qui s'oppose aux gens de la terre on aura une autre explication bien plus attendue, la mer amante épouse

Pêcheur d'Islande (Jacques de Baroncelli, 1924). Le plus célèbre et sans doute le chef-d'œuvre de Pierre Loti avait déjà été adapté deux fois : en 1916, et 1933s. En 1959 Pierre Schoendoerffer en donnera une quatrième version. En souvenir de cette version de Jacques de Baroncelli, il confia un rôle important à Charles Vanel..

Il mêle harmonieusement éléments documentaires (la pêche à terre-Neuve, la préparation de la morue, les fêtes bretonnes) et poésie. Après sa présentation en octobre 1924 au théâtre Mogador, Albert Bonneau, critique de "Cinémagazine" notait : "Au cours du film de nombreuses surimpressions, fort habilement exécutées, mettent à nu ces cœurs simples, nous les découvrons et nous ressentons à leur aspect, la même impression émue qui nous avait étreints à la lecture du roman."
Néoréalisme

Louis Delluc est mort en 1924 alors qu'il tournait L'inondation dans la vallée du Rhône Jacques de Baroncelli aime les aventures maritimes comme le prouvent Le roi de la mer (1917) et La rose de la mer (1946).


Bachelard parle très peu de l'eau épouse ou amante. Seulement, dit-il, chacun espère une seconde femme après la mère : l'amante ou l'épouse. C'est à la mère, la maman, qu'est donc dévolue toute sa recherche :

L'amour filial est le premier principe actif de la projection des images. ..Si nous poussons plus loin notre enquête dans l'inconscient, en examinant le problème dans le sens psychanalytique, nous devons dire que toute eau est un lait. Plus précisément que toute eau est un lait….

Heureusement Bachelard nous avait prévenu :

Nous allons voir que toute créature qui nous nourrit de son lait, de sa propre substance marque de son signe ineffable des images très diverses, très lointaines très extérieurs ..

Ne vous étonnez donc pas de l'extrait suivant pour figurer l'eau maternelle :

La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955)
L'hirondelle et la mésange (André Antoine, 1920)
La fille de l'eau (Jean Renoir, 1924)
Blonde à la rose, (Pierre-Auguste Renoir, 1917)
L'Atalante (Jean Vigo, 1934)
Le fleuve (Jean Renoir, 1951)

La nuit du chasseur de Charles Laughton (1955). Avec : Robert Mitchum (Harry Powell), Shelley Winters (Willa Harper), Lilian Gish (Rachel Cooper). 1h33.

Des quatre éléments il n y a que l'eau qui puisse bercer. C'est elle l'élément berçant. C'est un trait de plus de son caractère féminin. Elle berce comme une mère.

Les poètes disent de très nombreuses fois la beauté lactée d'un lac paisible éclairé par la lune. Pour que l'image lactée se présente à l'imagination devant un lac endormi ou sous la lune, il faut que la clarté lunaire soit diffuse. Il faut une eau faiblement agitée mais tout de même assez agitée pour que la surface ne reflète plus crûment le paysage éclairé par les rayons... c'est l'image d'une nuit tiède et heureuse, l'image d'une matière claire et enveloppante, une image qui prend à la fois l'air et l'eau, le ciel et la terre et qui les unit, une image cosmique large immense, douce.


Cette berceuse que raconte la rivière calme, on va la retrouver dans les nombreux films de péniche du cinéma français

A l'image archétype de la séparation des gens de terre et de mer s'oppose le travail en famille sur l'eau des rivières :

L'hirondelle et la mésange (André Antoine, 1920),

A la fin de l'été 1920, André Antoine tourne en BelgiqueL'hirondelle et la mésange. Surpris par le caractère documentaire du matériel, le distributeur, Charles Pathé, refusa d'éditer le film, c'est à dire de le présenter en salle. En 1982, la cinémathèque française retrouve dans ses dépôts le négatif de l'hirondelle et la mésange, six heures de rushes parfaitement conservées et décide de restituer au public cette pièce du patrimoine. Philippe Esnault retrouva le scénario de Gustave Grillet et les documents de travail très précis d'Antoine. Le montage tel que l'avait voulu Antoine est assuré en 1983 par Henri Colpi

André Antoine désire rompre avec le théâtre conventionnel alors apprécié et fonde en 1887 le "Théâtre Libre", d'inspiration naturaliste, où il monte quelque 150 pièces en dix ans. Il poursuit dans la même voie en créant le "Théâtre Antoine" (1997-1906) Féru de cinéma, dont il veut tirer autre chose que la reproduction de toiles peintes, il accepte, en 1914, la proposition de la SCAGL (Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres) et de la firme Pathé visant à le faire accéder à la réalisation de films. De 1915 à 1922, André Antoine adaptera au cinéma des oeuvres, de la littérature ou du théâtre. Sa première mise en scène, Les frères corses en sortant des studios, en confrontant acteurs reconnus et non professionnels et en faisant fi des codes cinématographiques. Ses autres oeuvres, si elles confirment cette volonté de réalisme peu usitée à l'époque, seront plus proches du style de la SCAGL. Les travailleurs de la mer (d'après Hugo)

Après ce grave échec, André Antoine tournera encore L'Arlésienne en 1922 mais déçu par le cinéma, il préfère renoncer aux contraintes techniques et stylistiques qu'il subissait depuis plusieurs années et se reconvertit dans la critique de film

La vie qui s'écoule lentement au grès des activités quotidiennes le long des berges de la campagne ou des grandes villes et parmi les animaux domestiques (chien, canari et poules) constitue le registre majeur du film. Les relations entre Pierre, Griet et Marthe sont dépourvues d'ambiguïté

L'arrivée de Michel, marin de l'océan que Pierre se promet innocemment de transformer en marin d'eau douce va bouleverser ce tranquille équilibre. Griet est troublée par la présence de Michel et n'apprécie pas que son mari pousse sa sœur dans les bras du nouveau venu.

La mer amène, la séparation, la pulsion et le drame qui s'oppose à la douce rêverie des gens des rivières.

La belle nivernaise de Jean Epstein (1923)- impossible à trouver !!!!

La fille de l'eau (Jean Renoir, 1924) Son premier film celui qu'il a écrit pour Catherine Hessling

Blonde à la rose, 1917 Musée de l'Orangerie. Catherine Hessling, Andrée Heuschling, d'origine alsacienne, réfugiée à Nice pendant la guerre fut envoyée à Auguste Renoir en 1917 par Henri Matisse qui trouvait qu'elle "ressemblait à un Renoir". "Dédée" (surnom donné à l'académie de peinture) pose pour le maître (souvent nue), de 1917 jusqu'à la mort de Renoir, le 3 décembre 1919. Jean, deuxième fils du peintre, tombe amoureux de la jeune fille, qu'il épouse le 24 janvier 1920. Moi, je n'ai jamais voulu être vedette de cinéma, jamais; C'est Renoir qui disait : j'userai s'il le faut de mon droit marital pour te faire tourner ". Jean Renoir confirme ces dires dans ses mémoires en insistant sur le fait qu'il n'a mis les pieds dans ce métier que dans l'espoir de faire de sa femme une vedette.

L'Atalante (Jean Vigo, 1934). Avec : Dita Parlo (Juliette), Jean Dasté (Jean), Michel Simon (Le père Jules), Gilles Margaritis (Le camelot). 1h29.
Jean, un marinier, a épousé Juliette, une fille de paysans de l'Oise. Leur vie va se dérouler, avec des alternances de bonheur et de tristesse, à bord d'une péniche. "L'Atalante", l'équipage se compose d'un mousse et du père Jules, un pittoresque loup de mer vivant dans sa cabine au milieu de ses chats et d'un indescriptible capharnaüm. Juliette, distraite un moment, rêve de Paris. On y arrive enfin. Au bal musette, elle se fait draguer par un camelot, provoquant la jalousie de son mari qui met fin brutalement à l'escale. Juliette s'enfuit mais se retrouve bientôt seule par un hiver rude, au milieu des chômeurs et des crève-la-faim. Sur "L'Atalante", en route vers Le Havre, c'est la consternation. L'Atalante n'est que poésie, traversée de quelques éclairs surréalistes (la séquence sous-marine). Ses caractéristiques : dédramatisation extrême, refus du psychologisme, accent mis sur des instants privilégiés, sur des détails infimes ou curieux, sur des personnages (le camelot Margaritis) qui peuvent surgir de n'importe où et disparaître comme ils sont venus.

Le fleuve (Jean Renoir, 1951). Le fleuve qui unit, non pas seulement un couple ou une famille mais un peuple entier, un accord par le fleuve entre le monde présent et l'au-delà, et même l'acceptation de la mort (celle de l'enfant) comme un accident faisant partie de la vie même.

 

6-Pureté et purification

La justice supérieure de l'eau (le complexe de Moïse) : L'homme du large (Marcel L'Herbier, 1920), Les 400 coups , Paranoïd park (Gus van Sant, 2007).

L'homme du large (Marcel L'Herbier, 1920)
Les 400 coups (François Truffaut,1959)
Paranoïd park (Gus van Sant, 2007)

 


7-La suprématie de l'eau douce (non traité)

Je ne traiterai pas de la suprématie de l'eau douce qui tient au particularisme de Bachelard, d'origine champenoise, et qui dit lui-même très mal connaître la mer.

8- L'eau violente

 

L'arroseur arrosé (Louis Lumière, 1896)
Lumière d'été (Jean Grémillon, 1943)
Tant qu'il y aura des hommes (Fred Zinnemann ,1953)
Vertigo (Alfred Hitchcock,1958)

 

Violence de la passion amoureuse : Vertigo, Tant qu'il y aura des hommes

 

Si le monde est ma volonté, il est aussi mon adversaire. Plus grande est la volonté, plus grand est l'adversaire… Le monde est ma provocation.. Je comprends le monde parce que je le surprends avec mes forces incisives, avec mes forces dirigées, dans la juste hiérarchie de mes offenses, comme des réalisations de ma joyeuse colère, de ma colère toujours victorieuse, toujours conquérante (p181). L'adversité surmontée c'est le marcheur contre le vent et le nageur contre le couran

..et pourrait-on rajouter, le danseur ou l'amoureux contre la pluie.

 

Remorques (Jean Grémillon, 1941)
Finis terrae (Jean Epstein, 1929)

 


9- La parole de l'eau

Dans sa conclusion, Bachelard écrit:

"Pour bien montrer l'unité vocale de la poésie de l'eau nous allons développer tout de suite un paradoxe extrême : l'eau est la maîtresse du langage fluide, du langage sans heurt du langage continu, continuité du langage qui assouplit le rythme, qui donne une matière à des rythmes différents. Nous n'hésiterons donc pas à donner son plein sens à l'expression qui dit la qualité d'une poésie fluide et animée d'une poésie qui coule de source.

Peut-être alors pourrait-on trouver, comme premier exemple de parole de l'eau, celle qui coule de source comme un travelling. D'ailleurs le premier travelling du cinéma est lié à l'eau :

1906 : Panorama du Grand Canal vu d'un bateau d'Alexandre Promio

 

 

1/ Par le travelling, l'eau prend en charge le récit

Partie de campagne, le film de Renoir, présente au moins cinq séquences qui rappellent autant de tableaux et de Pierre-Auguste Renoir et qui rattachent sans conteste Jean Renoir à l'impressionnisme de son père. Tout aussi importants dans ce film trois travellings par lesquels Jean Renoir donne la parole à l'eau.

Dès le générique, l'eau prend en charge le récit. Le travelling sur l'eau dit l'écoulement du temps, les plaisrs à venir et la conclusion tragique.

 
La yole, (Pierre-Auguste Renoir, 1875)
 
 
 
 

La balançoire, 1876, musée d'Orsay
La yole, 1875, Londres, National Gallery
Canotiers à Chatou, 1879, National gallery of art, Washington
La promenade, 1870, Paul Getty Museum's, Malibu, Californie
Les amoureux, 1875, Galerie Narodnie, Prague

 

Fin de l''Atalante : la caméra s'autonomise, passe au dessus de la péniche. Le couple va enfin accepter la vie au fil de l'eau et non plus, comme précedemment le travail pour Jean et le rêve de la ville pour Juliette

 

2/ fonction de voyance : l'eau donne à voir des perception cachées

La scène sous-marine de L'Atalante : perception subjective de Jean qui veut retrouver l'image de la femme qu'il aime au fond de l'eau

la scène sous-marine de l'Atalante : perception subjective de Jean qui veut retrouver l'image de la femme qu'il aime au fond de l'eau

 

3/ L'eau appelle par le fondu-enchainé et obéit avec le retour arrière.

 

Cœur fidèle (Jean Epstein 1923)
La natation (Jean Vigo, 1933)
   
Le tempestaire (Jean Epstein, 1947)
 

Dans Coeur fidèle (Jean Epstein 1923), les amants ne font qu'un avec l'eau.
L'adéquation de Taris avec l'eau fait que celle-ci l'appelle comme s'il était chez lui chez elle.
Dans Le tempestaire, l'eau entend la voix du tempestaire.

4/ l'eau présente par le montage

 
Entr'acte (René Clair, 1924)
 
   
La pluie (Joris Ivens, 1929)

Entr'acte (René Clair, 1924) Marcel Duchamp et Man Ray (les joueurs d'échecs), surimpression et montage Une chute d'eau totalement injustifiée; c'est l'eau qui semble, de son propre fait, animée d'un mouvement propre, participer à la grande course surréaliste d'Entr'acte

La pluie (Joris Ivens, 1929). Amsterdam, bateaux qui fendent l'eau, jeux de lumière sur les marchandises transportée, vent dans les arbres ou dans le linge, reflet dans l'eau, vols d'oiseaux ou d'avion zébrant le ciel qui se couvre, lumière d'une fenêtre qui s'ouvre. Les premières gouttes de pluie dans les canaux. Parapluie qui s'ouvre et vasistas qui se ferme. Eau qui tombe d'une gouttière, traces de pneus sur l'asphalte mouillé, reflet des pas sur le sol mouillé, affairement des gens vers les trams, dépassement sur route mouillée, virages sous la pluie. Pluie et brumes. L'eau qui ruisselle des tuiles, des bâches de commerces. Eau serpentant sur une vitre, les reflets du soleil revenu sur le pavé mouillé, jeu du soleil sur les gouttes d'eau. Changements d'axes de vue Recherche du maximum de mouvement qui systématise les recherches amorcées avec Études des mouvements à Paris.

5/ le montage insistant

A propos de Nice : le montage de la mer revenant battre la plage joue un rôle identique aux anges du cimetière ou du carnaval pour nous tenir le discours du relativisme des conditions sociales
   
   
Le déjeuner sur l'herbe : 12 plans successifs de la rivière dont l'élan vital est la métaphore de la relation sexuelle entre Nénette et le professeur.

 

Conclusion : si l'école impressionniste défine par Georges Sadoul est très limitée, c'est qu'elle n'est que la première avant-garde française des années 20 qui compte aussi la seconde avant-garde, dite picturale (Fernand Léger, Man Ray Viking Eggeling, Hans Richter) et la troisième, dite documentaire (Vertov, Ruttemann, Kirsanoff, Jean Vigo auxquels on rajoute parfois Joris Ivens)

Il faut ainsi trois avant-gardes françaises pour exister face aux Américains et à leur école organique emmenée par Griffith, aux Russes et leur école dialectique emmenée par Eisenstein et aux Allemands avec l'expressionnisme de Lang ou de Murnau.

On laisse surtout ainsi de côté Jean Renoir, classé souvent dans le réalisme poétique des années 30 mais qui échappe à l'impressionnisme... ce qui est quand même un comble.

Pour rassembler cette diaspora française des années 20, Gilles Deleuze, dans L'image-mouvement, propose de les réunir sous la bannière du cartésianisme. Il pratique ainsi une OPA conceptuelle sur les trois avant-gardes. Sans nier leurs différences, il les rassemble sous des concepts communs et étend les bornes historiques. Pour Deleuze, ce qui fait l'originalité profonde de l'école française c'est la recherche du mouvement pour lui-même. C'est l'idée d'extraire et d'exposer le mouvement pour lui-même. Deux vecteurs du mouvement sont alors privilégiés l'automate et l'eau. Il y a d'une part un devenir automate de l'homme qui s'exprime par la recherche du maximum de mouvement, et, d'autre part, une façon, par la mise en scène, de donner la parole à l'eau.

C'est bien évidement cette seconde proposition qui nous a intéressé et j'espère qu'en montrant comment l'eau peut devenir autre chose qu'un décor mais un vrai personnage de cinéma, j'aurai contribué à élargir le cadre de l'impressionnsime au cinéma au-delà de la seule "école impressionniste" historique dans lequel on l'enferme.

 

 

Extraits de films :

1896 : L'arroseur arrosé de Louis Lumière
1900 : La barque sortant du port de Louis lumière
1906 : Panorama du Grand Canal vu d'un bateau d'Alexandre Promio


1920 : L'hirondelle et la mésange de André Antoine (3eme documentaire)
1920 : L'homme du large de Marcel L'Herbier (1ère impressionniste)
1923 : Cœur fidèle de Jean Epstein (1ère impressionniste)
1924 : La fille de l'eau de Jean Renoir (Réalisme poétique)
1924 : Entr'acte de René Clair (1ère impressionniste)
1924 : Pêcheur d'Islande de Jacques de Baroncelli (cinéma commercial)
1927 : L'Aurore de Murnau (expressionnisme)
1928 : L'étoile de mer de Man Ray (2eme picturale)
1928 : Gardiens de phare de Jean Gremillon (Réalisme poétique)
1929 : Finis terrae de Jean Epstein (1ère impressionniste)
1929 : La pluie de Joris Ivens (3ème documentaire)
1930 : A propos de Nice de Jean Vigo (3ème documentaire)
1933 : La natation de Jean Vigo (3ème documentaire)
1934 : L'Atalante de Jean Vigo (3ème documentaire)
1936 : Partie de campagne de Jean Renoir (Réalisme poétique)
1938 : Le quai des brumes de Marcel Carné (Réalisme poétique)
1941 : Remorques de Jean Gremillon (Réalisme poétique).
1947 : Le tempestaire de Jean Epstein (1ère impressionniste)

1950 : Sunset boulevard de Billy Wilder
1951 : Le fleuve, de Jean Renoir
1952 : Chantons sous la pluie de Stanley Donen
1952 : Images pour Debussy de Jean Mitry
1953 : Tant qu'il y aura des hommes de Fred Zinneman
1954 : La reine de la prairie d'Allan Dwan.
1954 : La comtesse aux pieds nus de Joseph L. Mankiewikz
1954 : Une étoile est née de George Cukor
1955 : La nuit du chasseur de Charles Laughton
1958 : Vertigo d'Alfred Hitchcock
1959 : Le déjeuner sur l'herbe de Jean Renoir
1959 : Les 400 coups de François Truffaut
1983 : Match point de Woody Allen
1993 : Titanic de James Cameron
2007 : Paranoid park de Gus van Sant

 

 

 

Retour à l'accueil