1918-1922
 
Principaux films sur la guerre d'Irlande :
Le vent se lève Ken Loach G.-B. 2005
Michael Collins Neil Jordan USA 1996
Au nom du père Jim Sheridan USA 1993
Le mouchard John Ford USA 1935

(voir aussi : conflit nord-irlandais )

I Avant 1918

L'Irlande, domaine papal, est cédée en 1155 à Henri II d'Angleterre, qui prend le titre de seigneur d'Irlande. Cette prise de possession toute théorique ne s'accompagne d'aucune annexion territoriale, ni de présence de troupes d'occupation. Henri II profitera de l'Invasion normande de l'Irlande pour venir y affirmer la suzeraineté de la Couronne d'Angleterre, qui restera cependant symbolique pendant plusieurs siècles.

Henri VIII d'Angleterre, en conflit avec le pape au sujet de l'annulation de son mariage, décide de clarifier le statut de l'Irlande en se faisant nommer roi d'Irlande en 1509 par le Parlement d'Irlande. Par la reconquête de l'Irlande par les Tudor, il établit véritablement son autorité sur le pays. Une divergence religieuse se fait alors jour entre l'Irlande, qui reste massivement fidèle à Rome, et l'Angleterre qui devient anglicane.

Ll'idéal d'une Irlande unie est détruit par l'échec de la Rébellion irlandaise de 1798 et par la répression qui en résulte. La violence entre catholiques et protestants se poursuit. L'Institution d'Orange est fondée en 1795, afin de défendre la foi protestante et la loyauté à Guillaume d'Orange et à ses descendants. Cette institution existe encore aujourd'hui et reste toujours active

L'Union Act, appliqué en 1801, consacre l'union de Grande Bretagne et de l'Irlande. L'abolition du Parlement d'Irlande et l'intégration de l'Irlande dans le Royaume-Uni créent un cadre politique nouveau à l'intérieur duquel la dichotomie des communautés se poursuit. Les presbytériens, satisfaits de la suppression du Parlement irlandais discrédité, abandonnent en grand nombre leur vieil attachement à la politique radicale républicaine, et se rapprochent des anglicans, formant une communauté protestante loyaliste. L'émancipation des catholiques, obtenue en 1829 principalement grâce à Daniel O'Connell, élimine en grande partie la discrimination juridique contre les catholiques (environ 75% de la population d'Irlande), les Juifs et les dissidents. Pourtant, pour O'Connell, si l'émancipation est une étape nécessaire, le but à long terme est l'abrogation de l'Acte d'Union de 1801. Le nationalisme d'O'Connell, pacifiste et partisan de la majorité absolue, joue un rôle de plus en plus important dans la vie politique irlandaise, en demandant avec insistance le rétablissement du Parlement irlandais, et l'autonomie de l'Irlande, connue sous le nom d'Home Rule. La plupart des protestants, effrayés de devenir une minorité dans un pays dominé par les catholiques, soutiennent le maintien de l'union avec la Grande-Bretagne.

Le conflit se résume alors à une lutte entre les partisans de l'Acte d'Union, les unionistes, et ceux qui s'y opposent, les nationalistes, comme c'est encore le cas aujourd'hui. En 1849, O'Mahoney fonde l'Irish Republican Brotherhood (IRB – Fraternité Républicaine Irlandaise), ancêtre de l'IRA, et première organisation moderne à lutter, y compris par la violence, en faveur de l'indépendance. En 1870 apparaît enfin le mouvement du Home Rule, en faveur de l'autonomie, bientôt dirigé par le protestant libéral Charles Stewart Parnell. En 1905, un nouveau parti politique, promis à un bel avenir, est fondé par Arthur Griffith : le Sinn Féin (SF – Nous Seuls).


II La guerre pour l'indépendance 1918-1922


Le Home Rule, c'est-à-dire l'autonomie de l'Irlande, est sur le point d'être accordé, au cours de la seconde décade du XXe siècle, suite à l'agitation entretenue par le « Irish Parliamentary Party », qui, par moments, est maître de l'équilibre des pouvoirs au Parlement de Westminster. Le projet d'autonomie est bien voté par la Chambre des communes en 1912, mais est rejeté par la Chambre des Lords. Les unionistes, pour la plus grande part protestants et concentrés en Ulster, s'opposent aussi bien à l'autonomie qu'à l'indépendance de l'Irlande, craignant pour leur avenir dans un pays majoritairement catholique. Ayant à leur tête Edward Carson, ils signent le Covenant d'Ulster, se promettant de résister à l'Home Rule par la force si nécessaire, en se mobilisant par le slogan « Home Rule, Rome Rule ». À cette fin, ils forment le groupe paramilitaire des « Ulster Volunteer Force » (UVF – Force des Volontaires d'Ulster), et importent des armes d'Allemagne, ainsi que le feront quelques années plus tard les insurgés de l'Insurrection de Pâques.

Les nationalistes forment les Irish Volunteers, dont le but déclaré est de s'opposer aux Ulster Volunteers, et d'assurer la promulgation du Home Rule de 1914, dans le cas d'une mauvaise volonté britannique ou unioniste. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 évite temporairement une possible guerre civile, et retarde la résolution de la question de l'indépendance irlandaise. Le Home Rule, bien que voté au Parlement britannique avec l'assentiment royal, est suspendu pour la durée de la guerre.

En 1914, près de 20.000 Irlandais, Catholiques et Protestants, s'engagent comme volontaires pour combattre durant la Première Guerre Mondiale. Entre 1914 et 1918, les régiments irlandais subissent de lourdes pertes.

Le lundi de Pâques 1916, le 24 avril, des groupes nationalistes, qui, après des ordres et des contre-ordres, n'ont finalement réuni qu'un petit millier de combattants, proclament la République irlandaise et lancent une insurrection à Dublin, les Pâques sanglantes. Victimes de l'indifférence, voire de l'hostilité de la population qui ne comprend pas leur action, souvent assimilée à une trahison puisque la guerre se poursuit sur le continent européen, écrasés par des forces britanniques supérieures en hommes et en matériels, les insurgés capitulent au bout d'une semaine (Bilan : 300 civils, 132 soldats et 76 insurgés tués).

Mais la répression maladroite qui s'ensuit va retourner l'opinion irlandaise en leur faveur. Les autorités britanniques procèdent à plus de 2 500 arrestations souvent arbitraires et prononcent 90 condamnations à mort dont celle du poète Padraig Pearse et du leader socialiste James Connolly. Ce dernier, si gravement blessé lors des combats qu'il ne peut tenir debout, est fusillé attaché sur une chaise.

Aussi aux élections de 1918, le parti séparatiste Sinn Féin obtient en Irlande 73 sièges sur 105. Éamon de Valera proclame l'indépendance de l'île en janvier 1919 contre l'avis des autorités britanniques. Le premier Dáil Éireann (le Parlement irlandais) est mis en place essentiellement pour se séparer du Royaume-Uni.

C'est alors que sous la conduite de Michael Collins est créée l'Irish Republican Army (IRA – Armée Républicaine Irlandaise), fusion de l'IRB, de l'ICA et de l'IVF. La Guerre d'indépendance irlandaise meurtrière, qui suit, se déroule jusqu'en 1921, date à laquelle le gouvernement britannique propose de couper l'île en deux juridictions distinctes, l'Irlande du Sud, formée des 26 comtés du sud et de l'ouest, et l'Irlande du Nord, composée des six comtés du nord-est, majoritairement protestants et unionistes, toutes deux rattachées au Royaume-Uni. Le parlement irlandais reconstitué approuve les termes du Traité anglo-irlandais de 1921 par 64 voix contre 57, tandis que de nouvelles élections, en 1922, donnent 92 sièges aux partisans du traité contre 36 aux républicains intransigeants anti-traité. Cette partition de l'Irlande est confirmée en décembre 1922, quand le Parlement de l'Irlande du Nord exerce son droit, prévu par le Traité de 1921, de se « désengager » de l'État libre d'Irlande nouvellement établi.

La ratification du traité entraîne une guerre civile entre les modérés de l'IRA, partisans du traité et donc de la partition de l'île, dont font partie Michael Collins, le héros militaire de la guerre d'indépendance, et Arthur Griffith, le fondateur du Sinn Féin, et les jusqu'au-boutistes de l'IRA dirigés par Éamon de Valera, le leader politique de l'indépendance.

Après 9 mois de guerre civile et près de 4 000 morts, Éamon de Valera, vaincu, dépose les armes. L'Irlande est officiellement coupée en deux.

L'État libre d'Irlande abolira le serment d'allégeance à la Couronne britannique en 1933 et quittera le Commonwealth en 1949. L'Ulster sera dirigée par un gouverneur imposé par le gouvernement britannique jusqu'en 1972 avant de bénéficier d'une administration directe (Assemblée d'Irlande du Nord) sous la tutelle d'un secrétaire d'État.