On peut faire remonter à 1896 les premières manifestations cinématographiques en Espagne. Le 15 mai, un représentant des frères Lumière organise la première projection à Madrid et, à la fin de l'année, un Espagnol filme La Sortie de la messe de midi à l'église du Pilar de Saragosse. L'année suivante, Fructuoso Gelabert construit la première caméra espagnole et met en scène le premier film de fiction, Riña en un café.
Les premiers studios de tournage sont édifiés en 1909 à Barcelone et Madrid, suivis, en 1910, de la création de la première revue cinématographique, Arte y Cinematografia. La première capitale espagnole du cinéma est Barcelone. Plusieurs cinéastes étrangers l’investissent pour des tournages, de Max Linder à Gérard Bourgeois qui y réalise la superproduction Christophe Colomb (1916).
Au début des années 1930, des infrastructures locales voient peu à peu le jour : CEA (Cinematografia Española Americana) en 1933, Cifesa (Compaña Industrial Film Español) en 1934, Filmfono en 1935.
Si CEA et Filmfono sont en partie contrôlées par des capitaux étrangers, Cifesa, compagnie valencienne, est purement espagnole.
La proclamation de la République et naissance du cinéma parlant
coïncident. Les débats politiques et sociaux se retrouvent au
sein même de la création cinématographique. Filmfono,
à gauche, est supervisée par Buñuel, la Cifesa choisit
le parti de la droite monarchiste et ultra-catholique.
Avec la guerre civile, dès 1936, la production change de visage. La production commerciale s'efface (25 longs-métrages), mais les documentaires (plus de 200 docs et courts-métrages) et films de propagande foisonnent. Les forces politiques et syndicales prennent peu à peu possession de l'outil cinéma. La Révolution invente un cinéma militant, transmet ses valeurs, se sert des films pour mobiliser l'opinion.
Le franquisme
Avec l'avènement du franquisme, en 1939, le cinéma espagnol entre dans la période la plus tragique de son histoire : production réduite au minimum, censure plurielle (militaire, politique, religieuse ). Via le Ministère de l'Intérieur et de la Propagande, la dictature contrôle toutes les formes de création, au premier rang desquelles le septième art.
Contrôlée par le franquisme, la Cifesa devient la voix de son maître. Les valeurs prônées sont le passé glorieux du pays, le patriotisme, la religion catholique, le culte de la guerre. Sous le pseudonyme de Jaime de Andrade, le Caudillo scénarise lui-même le film Raza ("race" en espagnol) (1941) réalisé par José Luis Sáenz de Heredia. Un modèle du genre
Autres genres prônés à l'époque, les films de croisade et les films religieux. Emblématique de cette censure, la création, en 1952, de la Junta de classification y de censura de las peliculas (Assemblée de classification et de censure des films) dont la mission est de juger le contenu moral, politique et social des films.
On note pourtant quelques rares tentatives de productions indépendantes, par exemple sous la houlette du scénariste et réalisateur Edgar Neville ou de Lorenzo Llobet-Gràcia (on lui doit notamment Vida en Sombras ou Vies dans l'ombre, en 1947).
Le nouveau directeur de la cinématographie appuie un courant néoréaliste, à ses risques et périls. Quelques films commerciaux connaissent le succès à l'étranger. A la fin des années 1950, Franco assouplit la censure et ouvre la voie à des coproductions avec des compagnies étrangères. Allemands, Italiens, Américains investissent le territoire pour des tournages de peplums et westerns spaghettis. L'Espagne leur fournit décor et main d'uvre
Créée par un Français mais vivant grâce à
des capitaux et du personnel local, la société Eurociné
donne naissance à des produits à bas coût mais à
l'apport important, type séries Z, porno-soft, films d'horreur. Le
marché français a droit aux versions intégrales, les
Espagnols découvrent des versions plus softs, qui ne risquent pas de
heurter la morale et surtout pas la censure franquiste : exit le sexe, exit
la violence.
Parallèlement à ce cinéma commercial, quelques auteurs apparaissent. Le nouveau cinéma espagnol voit le jour. Carlos Saura émerge à la fin des années 1950, s'inscrivant dans une certaine tradition néoréaliste. Son premier film, Los golfos, applaudi au festival de Cannes, ne sortira en Espagne qu'en 1963.
Exilé au Mexique puis en en France, Luis Bunuel revient pourtant
en Espagne, après 24 ans d'absence, pour y tourner Viridiana. Un événement
! Le film, qui obtient la palme d'or à Cannes en 1961 - ex æquo
avec Une aussi longue absence - est pourtant interdit dans son pays jusqu'en
1977, deux ans après la mort de Franco.
Le réalisteur Victor Erice critique l'Espagne franquiste avec L'Esprit de la ruche (1973). Manuel Gutiérrez Aragon commence à percer. La fin de la dictature pointe le bout de son nez.
Les années 1968 à 1975, avant la fin de la dictature, voient
l'émergence et l'âge d'or du cinéma fantastique espagnol,
qui n'a pas toujours été évalué à sa juste
valeur. En partie imitant le modèle anglo-saxon, ce genre connaît
une trentaine de films phare et quelques brillants serviteurs. Jesus Franco,
de son vrai nom Jesus Franco Manera (réalisateur de L'horrible docteur
Orlof, Gritos en la noche, en 1962), Narcisso Ibanez Serrador signe La résidence
(1971) et Les révoltés de l'an 2000 (1976).
Parmi les plus foisonnants des créateurs du genre, Jacinto Molina (plus connu sous le nom de Paul Naschy), au parcours singulier. D'abord étudiant en architecture, puis champion d'haltérophilie, il devient acteur, scénariste, réalisateur et producteur : c'est une véritable institution à lui tout-seul. Il devient fasciné par l'épouvante après avoir assisté à une projection du film Frankenstein et le loup garou !
La censure s'éteint peu à peu après la disparition
de Franco, des aides à la création voient le jour. Au début,
c'est le documentaire qui passe au crible l'histoire proche du pays : Chansons
pour l'après-guerre (1977), Après
(1980). Politique, régionalisme,
murs, rien n'échappe à l'inspiration des réalisateurs.
La nomination d'un nouveau directeur de la cinématographie, Pilar Miro,
entre 1982 et 1985, est pour beaucoup dans ce foisonnement créatif
tous azimuts.
La figure la plus fervente de ces années, emblématique de la
movida madrilène, et qui affiche un succès fou, bien au-delà
des frontières espagnoles, c'est évidemment Pedro Almodovar.
Son premier long-métrage coïncide avec le retour de la démocratie
: c'est Pepi, Luci,
Bom et autres filles du quartier (1980), puis Le
labyrinthe des passions (1982). Anticonformiste, indépendant, il
n'hésite pas à jouer la provoc amusée. En passant au
crible les bouleversements de la société espagnole, il mêle
humour, mélo, engagement et livre des portraits - de femmes souvent
- bouleversants. Il a notamment fait connaître Carmen Maura ou Victoria
Abril, mais aussi Antonio Banderas et Penélope Cruz, qui ont ensuite
affiché une carrière transatlantique. Marisa Paredes est l'une
de ses égéries.
Dans la lignée de Pedro Almodovar, le cinéma espagnol trouve un indéniable regain de vitalité. Plusieurs cinéastes font leur apparition, avec des univers qui témoignent de la richesse des inspirations et des sujets. Alex de la Iglesia joue la carte de la comédie burlesque, Alejandro Amenábar celle du fantastique. D'origine chilienne, Amenábar arrive à Madrid à l'adolescence. Son premier film, Tesis, est salué par le public et la critique en 1996, puis vient Ouvre les yeux, sorti en 1998 avec Edouardo Noriega et Penélope Cruz, adapté à Hollywood par Cameron Crowe (Vanilla Sky) avec Tom Cruise, aux côté de Penelope qui reprend son rôle. Pendant ce temps il tourne en anglais : son film Les Autres, avec Nicole Kidman, connaît un succès international (2001). Il creuse à sa façon un sillon à succès dans les années 1970 et signe un film plus personnel et émouvant sur l'euthanasie, Mar adentro.
Des réalisateurs comme León de Aranoa ou Achero Manas se penchent
quant à eux davantage sur les problèmes sociaux : violence,
chômage
Julio Medem signe Tierra (1995), Lucia y el sexo (2000)
qui se font aussi connaître hors des frontières.
Comme Almodóvar est le porte-flambeau de la madrilène, Bigas
Luna (de son vrai nom Juan José Bigas Luna), lui, s'illustre comme
le représentant de l'avant-garde barcelonaise. Ses principaux films
: Jamon jamon (1992), Macho (1993), Le téton et la lune (1994).
Certains acteurs connaissent aussi une carrière brillante hors d'Espagne
: c'est le cas de Javier Bardem ou d'Eduardo Noriega. De cinquante films par
an dans les années 1980, la production a atteint 150 films en 2006,
dont une quarantaine de documentaires.
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