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Les éléphants dans la brume

2026

Genre : Film noir

Festival de Cannes 2026 (Tiniharu). Avec : Pushpa Thing Lama (Pirati), Aashant Sharma (son amant musicien), Deepika Yadav (Joon), Jasmin Bishwokarma (Chameli), Aliz Ghimire (Apsara), Dura Sanjay Gupta (MJ), Joel Gurung (Maya), Umesha Pandey (Gurumata), Drishti Gauri Malla (cheffe de la police). 1h48.

Thori, un village dans le sud du Népal situé à la lisière d'une grande forêt où vivent des éléphants toujours à même de menacer le village. Ainsi cette nuit comme toutes les autres, les villageois organisent une ronde aux flambeaux en criant et lançant des pétards afin de tenir éloignés les éléphants.

Dans la brume du matin, Pirati cueille sous la surface du lac quelques fleurs colorées. En rentrant au village, elle croise sa fille Apsara qui sommeille sur le chemin. Elle lui reproche de ne pas avoir participé à la ronde de nuit mais Apsara se moque gentiment d'elle et s'amuse à lui faire peur en agitant des branches pour simuler l'arrivée des éléphants. Mère et fille rentrent au village, Pirati prenant soin d'écouter tout le monde, notamment les femmes à la recherche des couleurs vives pour les épouvantails à éléphants. Elle fait de nouveau la morale à Apsara qui se moque de sa prévenance envers des villageois qui, tout en respectant leur appartenance à la communauté kinnar, vénérée et crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction, les méprisent aussi pour leurs mœurs queers.

Tout en faisant une décoction de ses fleurs cueillies pour obtenir leurs pigments propres au maquillage, Pirati annonce à sa fille qu'elle a l'intention de les quitter, elle et ses deux sœurs, Joon et Chameli, pour aller vivre à Birgunj, une des principales villes frontalières de l'Inde. Apsara le prend très mal, soupçonnant sa mère de les abandonner pour vivre avec son amant dans l'anonymat de la grande ville.

Et en effet Pirati rejoint en autobus la ville de Birgunj ou l'attend son amant musicien pour une balade romantique en vélo dans la campagne environnante. Il lui demande de l'accompagner prochainement à Delhi où il pourra vivre de son art.

En attendant, les deux se retrouvent à la joyeuse cérémonie d'adoption de la communauté kinnar. La communauté survit en redéfinissant les liens familiaux,  créant des lignées matrimoniales qui ne reposent pas sur les liens du sang, toute relation sexuelle étant par ailleurs interdite, mais sur l’entraide, le soin et l’amour. Pirati se voit ainsi confiée une nouvelle fille, Maya, qui a fui les persécutions dont sont victimes les homosexuels. La cérémonie terminée, Gurumata explique à Pirati vouloir partir pour diriger une communauté plus grande et lui confier la direction de celle-ci. En rentrant au village en rickshaw, Apsara et MJ, un joli garçon du village, flirtent plus ou moins discrètement.

Pirati rejoint son amant pour une nouvelle nuit d'amour mais croise sur un podium, Apsara dansant sur une musique techno qui fuit en l'apercevant. Dans la nuit, Pirati refuse de répondre aux incessants appels téléphoniques de Apsara. Au matin, elle assiste à un échange verbal assez violent entre son amant et ses créanciers. Rentrée au village Pirati s'inquiète de l'absence d'Apsara d'autant que sa perruque a été retrouvée par des enfants à la lisière de la forêt. Pirati part en vain interroger MJ qui nie toute implication.Elle le force néanmoins à l'accompagner dans la forêt au dernier endroit où il a vu Apsara. MJ l'y laisse seule et s'enfuit dans son rickshaw. Pirati prévient alors la police qui refuse de l'écouter prétextant qu' Apsara a certainement rejoint de son plein gré son ancien souteneur auquel Pirati l'avait arrachée. Quand elle tente de se renseigner auprès d'eux, ils révèlent à tous que Pirati a un amant, ce qu'elle est obligée d'avouer.

Pirati perd alors sa dignité de mère et devra remettre le collier qui symbolise cette fonction au profit de Joon qui s'en voit désolée pour elle.C'est alors qu'une inspectrice de police se disant révoltée par l'attitude de sa cheffe promet de l'aider à retrouver Apsara. L'inspectrice enceinte souhaite aussi et peut-être surtout la bénédiction de Pirati pour avoir un garçon. Elle organise une battue dans la forêt pour retrouver Apsara. Mais cela n'est pas du goût des villageois qui veulent empêcher cette entrée profane dans leur territoire sacré. La battue se fait quand même, en vain mais déclenche l'hostilité jusqu'à la latente contre Pirati,d'autant que l'inspectrice décide d'emprisonner des hommes du village pour leur extorquer des aveux. Ceci ne donnant rien, Pirati Joon et Chameli traquent MJ dans la forêt et l'assomment d'un violent coup de pierre avant de le conduire chez elles.

Pirati voit qu'elle ne peut interroger MJ blessé et le soigne. Les villageois viennent protester aux portes et fenêtres de la maison de Pirati contre l'arrestation des hommes menaçant de s'en prendre à elle. L'inspectrice vient lui annoncer qu'elle croit que l'on a retrouvé Apsara :  un corps brûlé repose à la morgue. Pirati se rend à la morgue mais le médecin chef refuse qu'elle reconnaisse la mort. Pirati supplie pour qu'on la laisse voir sa fille mais le médecin chef explique que le corps est celui d'un homme et qu'il n'autorisera que la "vraie famille" auprès du corps. Pirati prend alors un autobus pour rejoindre le village isolé dans la montagne où Apsara a été élevée. Elle arrive le soir en pleine fête traditionnelle de mariage. Pirati est violemment rejetée par la mère biologique d'Apsara qui la haie et la méprise au plus haut point. Pirati s'approche fascinée auprès du frère jumeau d'Apsara qui la rejette tout aussi violemment et la traite comme une mendiante. Pirati rejoint sa maison mais la voit en flammes; MJ a-t-il été brûlé ou est-ce la sa découverte qui a déclenché la colère des villageois. De désespoir Pirati s'avance dans la forêt et fait face à un éléphant. elle le défie et celui-ci recule. Pirati frappe dans ses mains et écoute ce même son répercuté. Ce sont ses trois filles : ensemble elles font venir les éléphants qui renversent la clôture électrique et s'en vont ravager le village.

Abinash Bikram Shah se dit proche, touché par la délicatesse et la sincérité avec lesquelles Satyajit Ray et Hou Hsiao-Hsien observent leurs personnages. Ils les traitent avec patience et dignité, en acceptant que l’intimité d’une vie n’est jamais séparée de dynamiques sociales plus larges. Satyajit Ray lui a appris l’importance de la clarté émotionnelle, et comment trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire et Hou Hsiao-hsien le pouvoir du silence et comment l’environnement lui-même peut raconter une histoire, au même titre que les dialogues. Tous deux lui ont appris l’importance de l’empathie dans un cadre. C'est toutefois Nan Goldin qui représente la référence essentielle, en particulier ses photographies du début des années 80 et 90, et notamment « The Ballad of Sexual Dependency » par ces images et la tendresse qu’elles renvoyaient. Nan Goldin a photographié des personnes queer et des marginaux, sans chercher à en faire un spectacle. La proximité avec ses sujets lui permet de véhiculer l’intimité, la contradiction, l’humour, la douleur, et l’humanité en une image. Mais par dessus tout, il y a une honnêteté émotionnelle, une présence

Les éléphants du film portent les mêmes contradictions que les personnages principaux. Ce sont des créatures intelligentes, qui reposent sur un ordre matriarcal, et dans la culture népalaise elles représentent aussi le divin avec des figures comme Ganesh dans la religion hindouiste. Mais pour un fermier dont les récoltes sont piétinées, ce même éléphant est une source de danger et de peur. Pour tenir les éléphants à l’écart, les villageois utilisent tous les moyens, des pétards aux grillages électrifiés, jusqu’à des rituels comme peindre des yeux sur les troncs des arbres. Ces yeux sont une manière de demander à la nature de nous « voir », et de rester confinée dans la forêt.

Source : dossier de presse.

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