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Septembre 2007. Fred, jeune Suédoise de dix-sept ans, emménage à Trieste avec son père et commence une année de terminale au lycée technique de la ville. Seule fille de sa classe dans cette section scientifique, elle se retrouve au centre de l'attention.
Dans le cours de sport, Fred partage le vestiaire du lycée d'à côté où les filles suivent des cours à vocation sociale. Fred fait front au machisme des garçons qui la sélectionnent dans l'équipe torse-nu sans qu'elle n'obtempère mais elle est abasourdie ensuite de constater qu'ils lui ont volé ses vêtements, la condamnant rentrer chez elle en serviette de bain. Quand son père l'interroge sur sa journée, elle ne se plaint pas.
Le jour suivant, Fred renforce sa protection en s'intégrant à un groupe de trois garçons, Antero, meilleur élève de la classe mais cultivant sa marginalité, toujours un livre à la main ; Pasini, beau brun ténébreux qui sèche volontiers les cours ; et Mitis plus posé au physique imposant qui ne cesse de rompre et de se remettre en couple avec Irène, une autre élève du lycée. Fred se rapproche davantage de Antero sous prétexte de se faire expliquer un exercice de math. Antero en profite pour lui lire une poésie : la joie n'est pas quelque chose à atteindre, elle tombe sur soi d'un coup.
Laissée libre par son père, Fred suit les garçons dans les bars de la ville mais se fait tancer par Irène qui a découvert que son père est venu dans leur usine d'Italie pour réaliser un plan de licenciement. Les trois garçons n'en ont que faire mais Fred se voit néanmoins refuser l'entrée de l'Embuscade, le repère des trois garçons interdit aux filles.
Lors d'une sortie sur les hauts de Trieste, Fred et Antero se rapprochent encore davantage et s'embrasseraient si la disparition soudaine de Pasini, dont chacun sait qu'il est fragilisé par la mort tragique de son frère, n'inquiétait le groupe. C'est Fred qui le retrouve au bord d'une falaise à l'écoute d'un cerf qui brame. Pour avoir veillé sur lui dans ce court instant, Fred gagne son intégration au groupe et son entrée dans l'Embuscade.
Celle-ci est l'ancienne imprimerie du grand-père de Mitis. C'est l'occasion du jeu action-vérité où Antero révèle qu'il est vierge alors que Fred a déjà un peu d'expérience et soumet les garçons à l'épreuve de la brûlure sur la main d'un briquet tout juste atteint.
Comme c'est l'ouverture des frontières avec la Slovénie, les quatre amis décident d'y faire un court voyage. Fred et Antero s'arrêtent au poste frontière sous prétexte de l'inspecter pendant que Mitis et Pasini décident de continuer un peu. C'est l'occasion du premier baiser, interrompu par le retour des deux garçons. Antero prend le prétexte de remettre son bonnet à Fred pour un échange plus ardent de baisers.
Lors d'une nouvelle soirée à L'embuscade, Fred et Antero laissent les autres partir et ont leur première relation intime. Ils sont dérangés trop tôt au petit matin par les garçons venu prendre le café avant les cours mais gardent secrète leur relation. Fed et Antero s'aiment alors en toute discrétion les semaines qui suivent. Fred soutient Pasini dans sa douleur d'avoir perdu son frère mais dévie la conversation lorsqu'il lui déclare l'aimer. Lors d'une fête d'anniversaire le groupe fait bloc face à tous les autres, s'assurant aussi que personne ne drague Fred.
Lors de la fête du premier janvier, Mitis qui a compris la relation entre Fred et Antero, envoie sciemment Pasini la découvrir lorsque les deux amoureux s'éloignent pour s'embrasser. Choqué, Pasini boit plus que de raison, erre dangereusement sur la route et finit par se faire renverser par une voiture.
Mitis, Fred et Antero viennent voir Pasini à l'hôpital qui souffre de multiples fractures. Quand Fred et Antero se retrouvent sur les hauteurs de Trieste, Antero sous-entend que c'est Fred qui est, par la jalousie qu'elle a suscitée, la première responsable de l'accident de Pasini. Fred ne supporte pas cette accusation et s'éloigne de lui. Antero voudrait s'excuser, vient sonner à sa porte, mais sans insister.
Après plusieurs semaines, Pasini, remis, est accueilli triomphalement dans la bar où tous ses amis sont réunis. Un jeu est organisé qui consiste à se transmettre un papier de bouche en bouche qui, s'il tombe, oblige celui qui l'a perdu à embrasser son voisin. Fred embrasse ainsi Pasini soulevant la jalousie de Antero. Fred tente de la raisonner mais la brouille s'accentue entre eux alors que tous découvrent que Fred est aimée des deux garçons.
Fred est interloquée de voir sur le mur d'entrée du collège l'inscription "Fred troia" (Fred salope) et rentre effondrée chez elle, début d'une dépression de plusieurs semaines. Revenue morne en cours et pour la photo de classe, n'ayant plus foi dans ses études, Fred est réveillée par la professeure Banti qui lui signifie que cette attitude renforce ses détracteurs et qu'eux avancent vers leur avenir alors qu'elle fait du surplace. Fred se remet alors à ses études et travaille son italien a propos d'un sujet sur la perte et ses diverses significations dont celle qui consiste sur le bienfait du lâcher prise. Elle se laisse aussi atteindre par les douces sensations du printemps italien.
Alors que Fred vient chercher des livres à la bibliothèque du lycée, elle découvre le concierge face à l'inondation provoquée par une conduite d'eau défectueuse. Elle l'aide à sauver les livres en les transportant dans des bassines. Antero, Pasini et Mitis viennent à son secours et tous les quatre assèchent les livres au buvard. Antero annonce qu'il ira en faculté de lettres. Fred s'assure qu'aucun d'eux n'est l'auteur de l'inscription ignominieuse sur le mur du lycée mais ne répond pas à la question de Pasini pour savoir qui elle préfère des trois garçons. Antero se précipite à sa suite quand elle s'en va. Elle lui dit alors que celui qu'elle préfère c'est lui, le laissant sans doute amer de cet amour absolu mais désormais relatif dont il saura profiter dans ses études de lettres. Fred quitte le lycée sous le soleil, heureuse que son aventure à Trieste de soit bien terminée et prête à s'investir dans les prochaines études d'architecture à Florence.
Laura Samani s'est impliquée personnellement dans l'adaptation de Une année d’école, publié en 1929 par Giani Stuparich, qu'elle a lu en 2007 lorsqu'elle passait le bac. Ce sont donc à la fois une situation vieille d'un siècle et des souvenirs de 20 ans qui se confrontent dans cette histoire d'émancipation féminine face à un groupe d'amis où Fred doit conquérir une place qui n'en fait pas une proie dans un milieu toujours terriblement machiste. Si le film se clôt par un travelling qui magnifie Fred dans un parcours qui reprend, en sens inverse, celui du plan d'ouverture découvrant le lycée, il n'en demeure pas moins celui d'un échec, d'une perte ; celle qui vient souvent après la joie mais qui maîtrisée, comprise, ouvre vers l'avenir.
1909-2007-2026 : un chemin chaotique vers la liberté féminine
Une année d’école, écrit en 1929 par Giani Stuparich, se déroule en 1909. Le roman évoque des dynamiques de groupe et d’éveil au monde. L’intrigue est centrée autour d’une jeune fille qui intègre un établissement jusque-là réservé aux hommes à Trieste. La ville faisait alors partie de l’empire austro-hongrois et en 1908 il avait été décidé de donner aux femmes la possibilité d’étudier. Privilège jusqu’alors uniquement masculin. À cette époque, pour aller à l’université, il fallait suivre durant quatre ans des études littéraires. Dans le roman, Edda, l’héroïne doit étudier le latin et le grec et ce de manière vraiment très intense. Le livre met en avant son intelligence, ses capacités intellectuelles et surtout cette détermination qui est le moteur de sa réussite. Elle devient l’unique femme dans un univers d’hommes et sa présence déplace les équilibres du lieu.
De 1909 date probablement le machisme crasse des garçons volant les habits de Fred l'obligeant à repartir chez elle vêtue de sa seule serviette de bain.
C'est en 2007-2008 que Laura Samani passe le bac dans le lycée de Trieste où se déroule l’intrigue et lit à cette occasion le livre de Giani Stuparich au programme. Évidemment, cent ans plus tard, la mixité était de rigueur et sa classe était complètement paritaire. Mais, même si elle avait quelques amies, elle sortait avec un groupe de garçons au sein duquel elle était la seule fille, l'obligeant à calquer son attitude sur eux. Par ailleurs, les années 2007 et 2008 sont celles qui précèdent l’arrivée des réseaux sociaux. Le graffiti insultant tagué sur le mur n’existeraient pas aujourd'hui. Ce serait un message posté sur Instagram et cela n’aurait pas la même force dramaturgique. Ce sont aussi les années où la Slovénie intègre l’Union Européenne, ce qui aura beaucoup de conséquences sociales et économiques pour la ville de Trieste qui est frontalière. C’est enfin la fin d’un certain âge d’or juste avant la crise des subprimes aux États-Unis.
Mais reste parfaitement contemporaine, la stratégie de Fred qui adopte le langage, le comportement et leur look de ses amis pour ne pas être la fille qu’ils convoitent quand ils sont ensemble. Abandonnant la robe à fleurs qu'elle arborait au début, elle reconquiert sa féminité. Mais les garçons lui ferment d'abord la porte de l'Embuscade au nez : "Interdit aux bigots, aux animaux et aux femmes". La grille est un signe clair de séparation : dedans et dehors, appartenance et exclusion. Lorsque Fred est enfin autorisée à entrer, le volet qui se lève représente le seuil d'une entrée dans le groupe. L'accueil est néanmoins ambigu. Il ne s'agit pas d'une inclusion inconditionnelle, mais d'une permission réglementée : Fred ne peut rester qu'à condition d'accepter des règles implicites, dont la première est l'interdiction de s'attacher sentimentalement à quelqu'un. L'accueil coïncide donc avec une forme de contrôle silencieux.
Après l'épreuve de la dépression, Fred a la force de caractère suffisante et l'ambition de devenir ce qu'elle veut vraiment, sans plus désormais se soucier de l’avis des autres.
La pomme et les kiwis
La morale secondaire du film est appuyée par la métaphore que le père de Fred lui propose : en plaçant un pommier parmi les kiwi, on constate que la pomme dégage l'éthanol qui fait croître plus vite les kiwis. Si Fred est ainsi plus mûre que ces amis, son influence ne devrait pas tarder à les faire évoluer. Car, au-delà du seul cas de l'émancipation de Fred, c'est aussi celles des trois amis dont il est question. L’année du bac, est la dernière année de cette forme "d’incarcération" qu’est le monde scolaire. On s’apprête à quitter un système où il faut respecter les horaires, demander la permission pour aller aux toilettes... Mais c’est aussi le début d’un certain sens de la prise des responsabilités. C’est celui où l'on se détache de l’adolescence pour entrer dans le monde des adultes. Les trois garçon ont aussi trouvé leur lieu protecteur fermé au monde, L'embuscade, l'ancienne imprimerie du grand-père de Mitis.
La professeure Banti, dès le cours de rentrée, évoque le fait que les choses peuvent être absolues et relatives… une idée extraite du livre La matematica e politica de Chiara Valerio, une idée qui fait écho au rapport au monde de l’adolescence qui va se transformer; ce qui est vécu comme un absolu (l'amour, l'effondrement psychologique, la perte d'un frère) peut alors être relativisé. Cet absolu, c'est aussi la poésie lue par Antero où la joie ne peut s'acquérir par un long cheminement mais tombe dessus sans crier gare. La professeure Banti enjoint Fred à ne pas perdre de temps ; d’apprendre encore et encore car si dans la vie, les personnes peuvent nous décevoir tout comme les rencontres ou les événements, les études construisent et sont un investissement pour l’avenir.
Amours adolescentes
En deçà de ces sujets surplombant de l'émancipation féminine et masculine reste la mise en scène des relations amoureuses vues d'un point de vue féminin dans les drames de adolescence tels Monika (Ingmar Bergman, 1952), Les adolescentes (Alberto Lattuada, 1960), A nos amours (Maurice Pialat, 1983), Virgin suicides (Sofia Coppola, 2000, La Naissance des pieuvres (Céline Sciamma, 2007), Des filles en noir (Jean-Paul Civeyrac, 2010), Une histoire d'amour et de désir (Leyla Bouzid, 2021), A Song Sung Blue (Zihan Geng, 2023)
On retiendra ici le baiser amorcé avant que Pasini ne disparaisse, celui derrière la vitre du poste frontière et tout juste échangé avant l'arrivé des garçons, celui plus long lorsque Antero vient donner son bonnet à Fred et la longue scène d'amour dans la chambre de l'Embuscade ainsi que la complicité qui unit Antero et Fred le temps de leurs amours secrètes.
Jean-Luc Lacuve, le 19 juin 2023.
Source : Dossier de presse.