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(1898-1976)
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| 16 films | ||
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Leonid Moguilewsky naît le 14 juillet 1898 à Saint-Pétersbourg. Formé dans les années 20 en Ukraine auprès des plus grands techniciens et maîtres de l'écran (Poudovkine, Dovjenko), il a rapidement acquis une grande rigueur et une enviable réputation de monteur lui permettant de réaliser plusieurs documentaires d'actualités, dont le rarissime Documents d'époque (1928) récemment exhumé par la Cinémathèque ukrainienne après 90 ans d'oubli.
À son arrivée à Paris, en 1929, ses talents sont repérés par les studios français de la Paramount. Celui qu'Yves Mirande surnomme désormais « le chirurgien du cinéma », va, grâce à la magie de ses ciseaux, donner une seconde chance à des films qui avaient été jugés lors des rushes trop médiocres pour être projetés (Adémaï aviateur de Jean Tarride). Après avoir collaboré avec des artistes aussi prestigieux que Max Ophuls et Colette, Moguy acquiert enfin ses galons de réalisateur grâce au Mioche (1936), vaudeville sentimental qui rencontrera un énorme succès public suivi de moult adaptations à l'étranger.
Prison sans barreaux, puissant mélodrame évoquant la rude discipline des maisons de redressement, le consacre en 1938 comme un des grands metteurs en scène de son époque. Primé à la Biennale de Venise, le film brille notamment par l'interprétation fiévreuse de ses jeunes comédiennes, parfaitement dirigées par Moguy. Appliquant une technique élaborée et scientifique pour cartographier les types de personnalités, Moguy va s'ingénier à repérer de nouveaux talents pour chacune de ses productions. Il contribuera ainsi, à des degrés divers, au lancement de grandes stars internationales du cinéma comme Michèle Morgan, Madeleine Robinson, Corinne Luchaire, Ava Gardner, Sophia Loren, Pier Angeli, Rossana Podestà, Michèle Mercier, Mylène Demongeot...
Son troisième film, Conflit (1938), surprend par son audace tant au plan de la forme que du sujet abordé. Moguy y confirme son talent pour les mélodrames, ainsi que son intérêt pour la psychologie et la condition féminine. Très applaudi à l'étranger, le film fera l'objet de remakes aux États-Unis et en Argentine.
Point d'orgue de sa carrière, Je t'attendrai (1939) est un drame de guerre dont la tension est renforcée par une unité de temps et de lieu. Alors que L'Empreinte du dieu (1940), adaptation très sombre d'un best-seller de Maxence Van der Meersch, connaît un succès triomphal pendant l'Occupation, Moguy se réfugie aux États-Unis où il tourne pour la Fox Paris After Dark (1943), un des premiers films évoquant la Résistance française, tout en travaillant énergiquement pour le comité de France Forever.
À son retour en Europe, le cinéaste rencontre quelques difficultés pour retrouver son aura d'antan et imposer les sujets qui lui tiennent à cœur. Bethsabée (1947), malgré son grand succès commercial, déçoit fortement les critiques. Le succès planétaire de Demain il sera trop tard (1950), mélodrame d'inspiration néoréaliste sur l'éveil sexuel des adolescents, lui permet de retrouver la faveur des journalistes et de jouir d'un immense prestige en Italie. Multipliant les conférences, débats, prises de position au sein des Citoyens du Monde, Moguy affirme son intérêt pour les grandes causes sociales, la liberté, le mondialisme et même l'écologie ; ses films deviennent alors systématiquement des prétextes pour alerter les consciences, le fond prenant souvent le pas sur la forme. Parfois décriées, méprisées par les auteurs de la Nouvelle Vague, certaines de ses œuvres méritent pourtant d'être redécouvertes, et constituent d'intéressants témoignages sociologiques sur le XXe siècle.
Après l'échec de son dernier film (Les Hommes veulent vivre, 1961), le cinéaste tentera pendant des années, tel Don Quichotte luttant pour atteindre l'inaccessible étoile, d'élaborer un film documentaire international, Quo Vadis 2000, destiné à alerter les spectateurs sur la nécessité impérieuse d'une entraide mondiale pour remédier aux affres et périls menaçant la planète. Encouragé par des chefs d'État et des organisations humanitaires, Moguy ne parviendra pourtant pas à réunir les fonds nécessaires pour concrétiser ce projet pharaonique, odyssée humaine irréalisable.
Après un relatif oubli, les réalisations de Léonide Moguy ont fini par susciter l'intérêt de personnalités majeures comme Pierre Rissient ou Quentin Tarentino. Ébloui par les films américains de Moguy, ce dernier avait insisté pour obtenir la projection du Déserteur au festival Lumière de Lyon en 2013.
Éric Antoine Lebon, auteur de Léonide Moguy, un citoyen du monde au pays du cinéma, éditions L'Harmattan, 2018.
Filmographie :
| 1928 | Documents d'époque |
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(Dokumenty epokhy). 1h08
Pour commémorer le dixième anniversaire de la révolution d'Octobre, un montage d'actualités tournées en Ukraine entre 1917 et 1927. Des images rares montrant les activistes de la révolution ukrainienne, présente des scènes exceptionnelles : Hermann von Eichhorn, commandant suprême des troupes allemandes, arpente la gare de Kyiv peu avant son assassinat ; l'hetman Pavlo Skoropadsky dresse une table généreuse pour ses alliés ; Volodymyr Vynnychenko et Symon Petliura transis de froid en janvier près de la cathédrale Sainte-Sophie ; les unités de Mikhaïl Muravyov traversent Kyiv ; Christian Rakovsky salue les soldats de l'Armée rouge à Kharkiv ; Mykola Skrypnyk, commissaire du peuple à l'Éducation et partisan de l'ukrainisation des années 1920, prend la parole à la tribune. |
| 1936 | Le mioche |
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Avec : Lucien Baroux (Prosper Martin), Gabrielle Dorziat (Madame Granval), Pauline Carton (Mademoiselle Clotilde), Milly Mathis (Gervaise), Madeleine Robinson (Denise Mériel). 1h38. Prosper Martin, enseignant dans un internat pour jeunes filles, trouve un bébé devant sa porte. Contraint de le cacher dans sa chambre, son secret est rapidement découvert et il est menacé de licenciement.. |
| 1938 | Prison sans barreaux |
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Avec : Annie Ducaux (Yvonne Chanel), Roger Duchesne (Guy Maréchal), Ginette Leclerc (Renée), Corinne Luchaire (Nelly), Maximilienne (Madame Appel). 1h38. Dans un centre correctionnel pour adolescentes, Madame Appel, la directrice, règne en maître absolu. L'État charge Yvonne, trente ans, d'évaluer la situation. Convaincue que les jeunes filles doivent se sentir désirées plutôt que constamment soumises, la jeune femme est déterminée à faire changer d'avis Madame Appel sur ses méthodes d'éducation. En secret, Yvonne est fiancée à Guy Maréchal, le médecin de l'établissement. Malheureusement pour elle, ce dernier commence à flirter avec Nelly, une détenue belle mais rebelle. Une autre prisonnière, Renée, qui a découvert leur idylle, fait chanter Nelly… |
| 1938 | Conflit |
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Avec : Annie Ducaux (Catherine Laffont), , Corinne Luchaire (Claire Buisson), Marguerite Pierry (Marguerite Angel), Armand Bernard (Le greffier), Raymond Rouleau (Michel Laffont), Claude Dauphin (Gérard), Roger Duchesne (Robert), Marcel Dalio (L'usurier), Pauline Carton (Pauline, La gouvernante), Léon Belières (Buisson père), Jacques Copeau (Le juge Brissac). 1h34. Lorsque sa sœur Claire refuse d'avorter, Catherine, mariée au paisible Michel, accepte de se faire passer pour la mère de l'enfant. Mais le temps passant, l'arrangement entre les deux femmes provoque chantage, conflits et disputes. |
| 1939 | Je t'attendrai |
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(Le déserteur). Avec : Jean-Pierre Aumont (Paul Marchand), Corinne Luchaire (Marie), Berthe Bovy (Madame Marchand), René Bergeron (Auguste), Raymond Aimos (Le sergent Lecoeur). 1h25.
Durant la Première Guerre mondiale, un train est immobilisé par un bombardement ; un jeune soldat profite de l'occasion pour se rendre dans son village natal et revoir ses parents. |
| 1940 | L'empreinte du Dieu |
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Avec : Pierre Blanchar (Domitien Van Bergen), Annie Ducaux (Wilfrida Van Bergen), Blanchette Brunoy (Karelina), Jacques Dumesnil (Gomar), Ginette Leclerc (Fanny), Pierre Larquey (Mosselmanns). 2h10. À Bruges, deux soeurs, Karelina et Wilfrida, viennent de se marier. Mais l'aînée, brutalisée par son époux, se réfugie chez sa cadette. |
| 1943 | Paris à l'aube |
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(Paris after dark). Avec : George Sanders (le docteur André Marbel), Madeleine Lebeau (Collette), Marcel Dalio (Michel), Curt Bois (Collette), Philip Dorn (Jean Blanchard), Brenda Marshall (Yvonne Blanchard), Robert Lewis (le colonel Pirosh), Henry Rowland (le capitaine Franck), Raymond Roe (Georges Benoit). 1h25. Entre un quotidien d'apparence normale et la clandestinité, la vie des résistants français pendant la Seconde Guerre mondiale. |
| 1944 | Intrigue à Damas |
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(Action in Arabia). Avec : George Sanders (Michael Gordon), Virginia Bruce (Yvonne Danesco), Lenore Aubert (Mounirah al-Rashid), Gene Lockhart (Josef Danesco), Robert Armstrong (Matthew Reed), H.B. Warner (Abdul El Rashid). 1h15. Damas, pendant la Seconde Guerre mondiale. Un jeune journaliste se retrouve au cœur d'une intrigue qui voit nazis et Alliés se disputer le soutien des Arabes. |
| 1946 | Tragique rendez-vous |
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(Whistle Stop / Flamingo bar). Avec : George Raft (Kenny Veech), Ava Gardner (Mary), Victor McLaglen (Gitlo), Tom Conway (Lew Lentz), Jorja Curtright (Fran), Jane Nigh (Josie Veech). 1h38. De retour dans sa ville natale, Mary retrouve son amour de toujours, Kenny, joueur et alcoolique, mais aussi Lew, un homme d'affaires qui la courtise depuis longtemps. |
| 1947 | Bethsabée |
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Avec : Danielle Darrieux (Arabella Delvert), Georges Marchal (Georges Dubreuil), Jean Murat (Le Colonel de Cervière), Paul Meurisse (Lucien Sommerville). 1h30.
Arabella, une belle femme au passé tumultueux, rejoint son amant, le capitaine Dubreuil, dans un lieu isolé du Maroc. Un autre officier, le capitaine Sommerville, qui se trouve être son ancien amant, la reconnaît. Le colonel, dont la fille est l'associée de Sommerville, tombe sous le charme d'Arabella et se débarrasse de Dubreuil en le faisant exécuter... |
| 1950 | Demain il sera trop tard |
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(Domani è troppo tardi). Avec : Vittorio De Sica (Professeur Landi), Lois Maxwell (Anna), Gabrielle Dorziat (La direttrice), Pier Angeli (Mirella Giusti) Gino Leurini (Franco Berardi), Monique van Vooren (Giannina). 1h41. Dans son école, Mirella se lie d'une tendre amitié avec Franco. Lorsque la directrice aux idées rétrogrades les punit, une enseignante tente de prendre leur défense, mais elle se fait renvoyer. |
| 1951 | Demain est un autre jour |
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(Domani è un altro giorno). Avec : Pier Angeli (Luisa), Aldo Silvani (Le médecin ambulancier), Anna Maria Ferrero (Giulia), Laura Gore (Linda), Arnoldo Foà (Cesare), Rossana Podestà (Stefania), Olga Solbelli (La mère de Giulia), Roberto Risso (Paolo). 1h55.
Après qu'un médecin ambulancier a sauvé une femme du suicide, il l'emmène à l'hôpital où elle découvre l'histoire de trois autres femmes qui ont également tenté de se suicider. |
| 1953 | Les enfants de l'amour |
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Avec : Etchika Choureau (Anne-Marie Dutilleux), Joëlle Bernard (Jeanne 'Dolly' Gotron'), Lise Bourdin (Hélène Lambert), Jean-Claude Pascal (Jacques Baurain) Jean-Max (Monsieur Martichou), Maryse Martin (Madeleine, Mylène Demongeot (Nicole), Nadine Tallier (Lulu). 1h51.
Mme Dutilleux dirige une maternité, secondée par une assistante sociale et un médecin. Tous trois se sont donné pour mission d'insuffler l'amour maternel à des filles-mères, souvent désespérées. |
| 1956 | Le long des trottoirs |
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Avec : Anne Vernon (Hélène Dupré), Danik Patisson (Christine), François Guérin (Le docteur André Monod), Simone Paris (Sabine Dupré), René Blancard (M. Dupré), Joëlle Bernard (Monique), Yves Brainville (Le commissaire Martin). 1h40.
Issue d'une famille aisée, Hélène Dupré est devenue assistante sociale, dévouée et passionnée. Touchée par le sort de Christine, une jeune fille en détresse, elle persuade son père de l'accueillir chez lui. Mais les choses tournent mal et Christine est mise à la porte pour une faute qu'elle n'a pas commise. Malheureusement pour elle, Hélène, livrée à elle-même, tombe sous l'influence d'un individu louche, Monsieur Roger. Or, cet homme est un proxénète et son seul but est de contraindre Hélène à se prostituer… |
| 1957 | Donnez-moi ma chance |
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Avec : Ivan Desny (Gilbert Arnaud), François Guérin (Georges Martin), Michèle Mercier (Nicole Noblet), Danik Patisson (Brigitte), Nadine Tallier (Kiki), Noël Roquevert (Saint-Vallier). 1h45.
Contre l'avis de son père et de son fiancé, une fille de la campagne se rend en ville après avoir remporté un concours de jeunes talents, sponsorisé par un studio de cinéma. |
| 1961 | Les hommes veulent vivre |
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Avec : Yves Massard (Yves Chardin), Jacqueline Huet (Mme Chardin), John Justin (Carter), Claudio Gora (Rossi). 1h50.
Trois savants, sans cesse confrontés à la question de la vie après la mort, s'interrogent sur les progrès de la science, et prennent chacun des voies opposées. |