À mort l'arbitre

1984

Genre : Drame social

Avec : Michel Serrault (Rico), Eddy Mitchell (Maurice), Carole Laure (Martine), Laurent Malet (Teddy), Claude Brosset (Albert), Jean-Pierre Mocky (Inspecteur Granowski). 1h22.

Ce soir-là, c'est la grande virée : les supporters arrivent par cars pour soutenir leur équipe de foot favorite lors d'un match de coupe d'Europe. On commence par plaisanter bruyamment, par boire un coup à la buvette du stade. Avant d'arbitrer le match Maurice goûte quelque repos dans les bras de son amie Martine. L'inspecteur Granowski est, quant à lui, beaucoup plus tendu. Il sait qu'il aura bien du mal à maîtriser l'excitation qui risque de s'emparer de la foule.

Et puis c'est le match tant attendu ! Vacarme et cris. Mais, déception pour Rico et sa bande, Teddy, Albert et tout un tas d'autres copains : l'équipe chérie perd, et Rico et les autres estiment que c'est la faute de l'arbitre, qui a sifflé selon eux un penalty de trop.

Rico et ses amis, complètement surexcités, partent manger dans une pizzeria voisine, et quelle n'est pas leur surprise de voir Maurice, "l'arbitre pourri", passer à la télé. Aussitôt, Rico, Teddy, Albert et toute la suite décident de se rendre au studio de télévision pour donner à l'arbitre une bonne leçon. Ils arrivent juste au moment où l'arbitre et sa petite amie, Martine, quittent le studio. Commence alors une course-poursuite, à pied, tout d'abord dans les galeries du centre commercial voisin et désert : c'est là que Rico, qui se met aux aguets dans un couloir sombre, frappe et tue le premier croyant que c'était l'arbitre.

Rico va faire croire aux autres que c'est l'arbitre qui a massacré sa victime, et ce faisant, il les excite encore plus. Deux d'entre eux se débrouillent pour retrouver l'adresse de l'arbitre, et la poursuite se prolonge jusque dans l'immeuble où habite Maurice. Cela devient un véritable cauchemar pour ce dernier et son amie, car la petite bande est maintenant déchaînée. Maurice et Martine parviennent de justesse à quitter leur appartement par une voie dérobée. Mais Rico les traquera jusqu'au bout, et l'intervention tardive de l'inspecteur de police Granowski n'y fera rien.

Après une folle poursuite en voiture dans une usine électrique et dans une carrière, Rico pousse les deux fuyards dans une chute mortelle. L'inspecteur arrivant enfin arrête Rico.

"Tout ça pour un penalty !" conclut l’inspecteur Granowski en constatant la mort de l'arbitre et de sa compagne devant une usine désaffectée. Mais cet inspecteur, interprété par Mocky, est cynique, toujours en retard, laissant faire et sachant depuis le début la gravité de la situation : le football n’est qu’un prétexte d'une frustration bien plus grande. A Martine, d'abord gentiment chahutée par Rico, un supporter se veut rassurant : "Vous inquiétez pas, une fois par semaine il a l’impression d’exister, mais c’est pas méchant". Aux ouvriers qui passent leurs semaines à travailler durement avec une condition de vie difficile, il ne reste en effet que le football, nouvelle religion avec la fierté d’appartenir enfin à une équipe victorieuse.

Avec son rôle d'inspecteur, Mocky laisse ainsi apercevoir ce qui se passe si la frustration devient trop grande. Rico est conscient de sa bêtise; dans les dédales d’un chantier il s'obstine à sa traque tragique, corrida sanguinaire, en criant "Allez les cons !";  bel exemple d'autodestruction d'une classe ouvrière frustrée, prête à tous les débordements quand on lui a ôté sa fierté.