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Je suis un aventurier

1954

Genre : Western

(The Far Country). Avec : James Stewart (Jeff Webster), Walter Brennan (Ben), Ruth Roman (Ronda Castle), Corinne Calvet (Renée), John McIntire (Gannon), Jay C. Flippen (Rube Marsh). 1h37.

1896. Jeff Webster rejoint à Seattle son ami et partenaire Ben Tatem, à la tête de leur troupeau. Ils doivent partir par bateau pour Skagway, en Alaska. Jeff manque de peu d'être arrêté (il a dû tuer deux hommes) et doit à la belle Ronda Castle de pouvoir se cacher.

A Skagway, Jeff s'oppose à Gannon, qui fait la loi à sa manière et lui reproche d'avoir empêché une pendaison. Gannon réquisitionne le troupeau.

Ronda, patronne du saloon local, demande à Jeff de lui servir d'escorte jusqu'à Dawson. Jeff accepte et réussit dans la nuit à récupérer son troupeau. Le convoi, qu'a rejoint la jeune Renée, amoureuse de Jeff, se sépare en deux groupes, Jeff ayant refusé de prendre le chemin le plus court, par crainte des avalanches. De fait, une avalanche se produit et ensevelit le petit groupe. Ronda est parmi les rescapés.

Ils parviennent enfin à Dawson, où Ronda monte un saloon. Les chercheurs d'or s'y précipitent. Jeff et Ben se retrouvent eux aussi avec une petite concession à exploiter. Les habitants de Dawson demandent à Jeff d'être leur shérif, mais il refuse, car il a pour principe de ne jamais se mêler des affaires des autres.

Leur vieil ami Rube est élu shérif, mais il ne peut maintenir l'ordre, surtout lorsque Gannon et ses tueurs font leur apparition à Dawson. Gannon dépossède impunément les habitants de la ville de leurs concessions et Jeff se refuse à intervenir. Les hommes de Gannon le surprennent en compagnie de Ben. Celui-ci est tué, Jeff est blessé, Il se remet de ses blessures et décide de venger Ben. Il y parvient, mais Ronda est tuée dans la bagarre. Jeff gagne ainsi la considération de tous et retrouve enfin Renée.

Je suis un aventurier (1954) est le quatrième des cinq westerns tournés par James Stewart sous la direction d'Anthony Mann après Winchester 73 (1950), Les affameurs (1952), L'appât (1953) et avant L'homme de la plaine (1955). Avec ses thèmes de l'ami fidèle mais trop faible, le convoi de bétail, la recherche de l'or, la femme expérimentée, le juge corrompu, le règlement de compte final, c'est l'un des 25 westerns majeurs et le chef d'œuvre de son auteur.

La ruée vers l'or du Klondike

Le film documente La ruée vers l'or du Klondike comme, avant lui, La ruée vers l'or (Charles Chaplin, 1925) ou, après, Gold (Thomas Arslan, 2013), qui se passent en 1898, ou Dawson City : Le temps suspendu (Bill Morrison 2016) qui évoque la ville au travers des archives filmiques découvertes en 1978.

On a ici le parcours complet depuis Seattle avec la traversée en bateau depuis Vancouver, l'arrivée à Skagway en territoire américain, le franchissement de la frontière canadienne, le franchissement du col Chilkoot puis l'arrivée à Dawson city.

Le franchissement du célèbre col Chilkoot donne lieu, comme dans La ruée vers l'or, à de belles scènes de paysages enneigés. Jeff prévoit une possible avalanche de part son expérience mais elles étaient connues comme fréquentes. Le campement des mineurs, comme leur volonté de fonder une vraie ville, sont très convaincants. Le film, situé au tout début de la ruée, en 1896, explique qu'ils peuvent encore idéaliser leur vie future. Mais c'est l'anarchie qui va durer pendant les trois ans de l'exploitation des filons avant la remontée des prospecteurs vers Nome, plus au Nord-ouest.

La ruée vers l'or
Charles Chaplin, 1925
Je suis un aventurier
Anthony Mann, 1954

Un film teinté de pessimisme

Comme d'habitude chez Anthony Mann, les héros du passé sont devenus les témoins impuissants de l'arrivée contemporaine de la violence. La violence est personnifiée par des personnages ambigus et torturés : le juge, l'homme au visage tailladé, l'assassin de Ben. Ben est ce témoin d'un passé, si ce n'est plus paisible, du moins plus simple, symbolisé par la petite clochette.

Jeff est l'archétype du héros solitaire, rattrapé par son passé violent. Paradoxalement, le plan de son revolver devant lui, devenu inutilisable du fait de sa main blessée et crispée, est un des sommets de violence hystérique, pulsionnelle et incontrôlée. Jeff le sait, seul le pragmatisme sauve. La générosité conduit à la mort ou à l'échec : le bras blessé, crispé près de son arme, il finit enfermé dans la communauté.

Jean-Luc Lacuve, le 24 avril 2022.

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