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Spring breakers

2012

Avec : James Franco (Alien), Selena Gomez (Faith), Ashley Benson (Brit), Vanessa Hudgens (Candy), Rachel Korine (Cotty), Gucci Mane (Archie), Heather Morris (Bess). 1h32.

Brit, Candy et Cotty s'ennuient ferme dans leur cours universitaire sur les droits civiques. Elles ne rêvent que de s'échapper pour connaitre d'autres horizons que celui qu'elles voient ici depuis toujours. Faith, leur amie d'enfance, trouve un certain réconfort dans des réunions évangéliques étudiantes. Toutes quatre voudraient s'échapper pour un "spring break" auquel leur beauté leur donne droit. Mais l'argent manque pour partir à Los Angeles et payer les nuits l'hôtel. Brit, Candy et Cotty décident de braquer un fast-food comme elles l'ont vu faire dans les films ou les jeux vidéo. Elles volent le pick-up d'un de leurs professeurs et, cagoulées et armées de marteaux, s'en prennent à la caisse du fast-food et dévalisent les clients. Elles brulent le pick-up et prennent le bus pour Los Angeles. Faith finit par être mise au courant du financement de leur escapade mais qu'importe alors tant le plaisir est grand de participer enfin au grand rêve des beaux étudiants aimant mer, piscine, soleil, alcool, sexe et rencontres.

Le rêve déraille lors d'une fête dans une chambre de motel où la drogue circule en abondance. Les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d'enfer, elles se retrouvent devant le juge. Mais contre toute attente, leur caution est payée par Alien, un malfrat local qui les prend sous son aile. Il les ramène à bord de sa Lamborghini tunée dans sa villa au bord de la plage. Alien montre ses biens, montre ses armes. Faith prend peur et rentre en bus. Alien joue les durs alors qu'il ne ramasse que les miettes du caïd local, Archie. Celui-ci est son ami d'enfance et tolère ses incartades mais, lorsqu'il frime trop devant ses toutes nouvelles conquêtes, il le menace de mort. Une rafale de mitraillette est tirée et Cotty est touchée d'une balle au bras. Soudan réveillée du rêve, Cotty prend le bus à son tour et rentre chez elle.

Alien, pour garder son influence sur Brit et Candy, décide alors de tuer Archie pour prendre sa place. Le trio débarque en pleine fête. Alien est immédiatement blessé à mort alors que les deux filles, inconscientes du danger, tuent tous les hommes armés de la fête puis exécutent Archie. Ces morts les réveillent pourtant de leur inconscience et c'est bien décidées à devenir de belles personnes qu'elles quittent Los Angeles en voiture de sport pour rentrer chez elles.

Spring breakers est un film d'initiation adolescente ou les jeunes filles expérimentent le désir de mort qui se cache sous l'abandon au soleil. Korine magnifie l'un et l'autre en annonçant presque toujours la mort sous forme de flash-forward en pleine expérience solaire.

Une pose de plénitude pour grandir avec le danger

Les plans initiaux voient s'ébattre, au ralenti, de jeunes hommes athlétiques en bermuda et des adolescentes pulpeuses en bikini, buvant, fumant, suçant des glaces multicolores, inventant des jeux grotesques où il s'agit de simuler l'acte sexuel. Survivre au programme alcool-sexe-défonce sur des plages grouillantes de post-adolescents huileux à moitié nus sous le soleil brûlant et dans des hôtels et piscines prises d'assaut, c'est enfin échapper à la loose et trouver une forme de plénitude dans ces plaisirs programmés par les publicitaires. Seuls quelques accords de musique qui grincent ou qui se ralentissent comme les images et, déjà, le bruit en flash-forward des pistolets automatiques que l'on arme, viennent signaler un danger qui l'image semble ignorer.

Ce danger ne vient pas de la promiscuité sexuelle vécue dans les hôtels. La drague est permanente et le plaisir facile ; il n'est nul désir ou besoin de violence. Il vient de la perte de sens elle-même. Les filles téléphonent à leurs parents en enjolivant leur dérive et se persuadent de la beauté du moment qui n'a pourtant rien à voir avec leur déclaration. Comme Faith le dira, c'est leur pause de plénitude autour d'un monde qui se dégrade. Puisque tout est simulé, tout est simulacre ; la violence le devient aussi. Seule Cotty, touchée dans sa chair, réagit alors que Brit et Candy ne le feront qu'après avoir tué.

Le danger est une expérience. Brit, Candy et Cotty l'ignorent lorsqu'elles braquent le fast-food. Ce n'est qu'à Los Angeles, en rejouant la scène devant Faith, qu'elles mesurent l'extraordinaire de leur acte. Plus tard, c'est en le répétant encore qu'elles domptent Alien. Mais au bout du lâcher prise, il n'y a que la mort. C'est dans une ultime prise de consciente que Brit et Candy se convainquent qu'elles peuvent encore devenir de belles personnes.

Une mise en scène d'avance

Korine évite la tragédie et ne critique jamais la situation présente, magnifiée par l'image. Beauté des corps, beauté du braquage, des voitures tunées, des scooters la nuit, des costumes roses des braqueuses, de l'attaque de nuit.

Mais Korine dans cette course au plaisir à plusieurs coups d'avance sur ses héroïnes et révèle en quoi cette plénitude est vide et appelle à aller toujours plus loin vers la mort. Le bruit des armes scande de plus en plus souvent les scènes, la voiture qui brûle, l'arrestation par la police et l'arme tachée de sang apparaissent en flash-forward comme une conséquence inévitable, un accéléré de la course elle-même, un appel vers sa conclusion. Les quatre filles en ont comme le pressentiment, une sorte de flash mental prémonitoire, un sentiment de la fausseté de tout cela qui, finalement, leur assure une survie possible.

Assez rarement on aura montré que l'abandon au sexe et au soleil contient l'idée de la mort de soi et, en ce sens, est aussi beau que dangereux.

Jean-Luc Lacuve, le 06/04/2013.

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