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D'après Soudain, je me sens mal de Makiko Miyano et Maho Isono. Avec : Virginie Efira (Marie-Lou Fontaine), Tao Okamoto (Mari Morisaki), Kyôzô Nagatsuka (Goro Kiyomiya), Kodai Kurosaki (Tomoki Kubodera), Jean-Charles Clichet (Olivier), Marie Bunel (Sophie), Romain Cottard (Damien), Marie Denarnaud (Laurence), Gabriel Dahmani (Djibril), Héloïse Janjaud (Vanessa), Séphora Pondi (Adidja), Heidi Becker-Babel (Marion), Lazare Gousseau (Claude), Rose Bourdon (Stéphanie), Jérôme Chappatte (Philippe Murano), Geneviève Emanuelli (Micheline), Evelyne Istria (Mireille). 3h16.
6 juin 2025. Marie-Lou Fontaine, qui dirige l'Ehpad Le Jardin de la liberté, s'est endormie auprès du fauteuil roulant de son amie Mireille qui fumait en la regardant. La pause est de courte durée car un cri perçant attire leur regard : c'est celui d'une autre résidente que Djibril, l'aide-soignant a bien du mal à calmer. Marie-Lou lui montre comment faire : saisir son regard d'assez près, lui parler, toucher ses mains et les soulever pour l'aider à se tenir droite. Ceci fait, Marie-Lou constate que la résidente a laissé tomber une petite poupée de tricot par terre. C'est ce qui a causé son désarroi initial.
Marie-Lou laisse la résidente aux bons soins de Djibril et va voir comment se déroule la formation à l'humanitude qu'elle a initiée depuis un an dans son établissement. Claude, le formateur, montre comment entrer dans la chambre d'une résidente avec la considération qui lui est due ; frapper trois coups à la porte, attendre trois secondes puis trois nouveaux coups, et de nouveau trois secondes puis un dernier coup avant d'entrer. C'est ainsi qu'ils entrent dans la chambre de Micheline pour lui faire un soin tout en lui parlant d'autrefois où elle était pilote de ligne. Même si le soin se passe bien, certaines récriminent sur le temps à passer pour un tel soin.
C'est le point principal à l'ordre du jour de la réunion que mène Olivier, le directeur adjoint. Il prévient que dans quatre mois aura lieu la prochaine formation à l'humanitude et que, durant cette période, le personnel restant devra éviter de prendre des congés et sera plus régulièrement mis à contribution pour les gardes de nuit. Sophie proteste alors : l'humanitude provoque un taux de chute trop élevé et va finir par ruiner la réputation de l'établissement. Mari-Lou indique que même si cela est exact dans un premier temps c'est parce que tout le personnel n'est pas formé et que c'est justement pour cela qu'elle demande à toutes et tous cet effort initial. Olivier évoque aussi la poursuite de la transformation des anciens locaux de la direction : après la salle de repos, déjà en place, sera adjoint quatre chambres pour le personnel qui ne craindra pas de mêler vie personnelle et vie professionnelle. Marie-Lou, assumant cet engagement total, se propose d'en être.
Marie-Lou a ensuite une réunion en visioconférence avec la direction de l'Ehpad. Elle a proposé à ses deux interlocuteurs une hausse de 4% des salaires du personnel afin de le garder au sein de l'établissement et de pouvoir être attractif pour du personnel motivé. Le patron est excédé de cette demande : certes Le jardin de la liberté est une vitrine exceptionnelle pour le groupe mais il n'est pas question de réduire la rétribution des actionnaires. Il quitte la visio sans prévenir. Son collègue qui supervise la région parisienne se montre plus accommodant mais l'enjoint à la prudence : des demandes excessives pourraient conduire à son licenciement et réduire à néant la méthode de l'humanitude mise en place.
Olivier vient l'avertir qu'une aide soignante ne pourra assurer la garde de nuit mais refuse qu'elle supplée à cette absence lui enjoignant de rentrer chez elle et de prendre un jour de congé. Mais c'est Marion, une infirmière très impliquée, qui vient insister que que ce soit elle qui prenne la relève des directeurs.
Épuisée par sa journée, Marie-Lou reçoit en partant une autre mauvaise nouvelle. L'une de ses jeunes aide-soignantes lui annonce démissionner en fin de mois car les salaires sont trop rigides. Elle a entraîné une infirmière dans son projet de monter une petite structure privée pour personnes âgées où elles pourront exercer comme elles l'entendent. Marie-Lou ne peut qu'accepter ce choix laissant la porte ouverte pour un retour possible.
Marie-Lou rentre dormir seule chez elle et avale un somnifère quand on lui annonce que la patiente aux personnages aux tricots vient d'être victime d'un infarctus. Sous le coup d'un somnifère, elle répond venir le lendemain matin.
7 juin 2025. Bien que ce soit son jour de congé, Marie-Lou est à l'Ehpad où les parents de la résidente décédée déclarent ne pas avoir besoin de récupérer ses affaires. Marie-Lou met subrepticement une petite poupée de tricot blanche ramassée la veille dans sa poche. Dans le tramway, elle ressort cette petite poupée et essuie quelques larmes. Elle aperçoit un jeune garçon tout fou qui court après la rame. Elle descend et le retrouve dans le parc de la Butte-du-Chapeau-Rouge et trouve dans la veste du jeune autiste un émetteur gps. Elle reste alors avec lui sous la pluie. Mari Morisaki et le grand-père du jeune Tomoki, Goro Kiyomiya, arrivent pour le récupérer, extremement reconnaissants envers Marie-Lou. Mari lui donne le tract de son spectacle "Les personnes bien portantes sont-elles vraiment en vie ?" où Goro est acteur et elle metteuse en scène.
13 juin 2025. Nouvelle réunion hebdomadaire du personnel. Olivier propose de mettre en place dans la salle de repos, un café qui sera géré par les résidents, les familles et le personnel volontaire. Sophie s'emporte : c'est nier le professionnalisme du personnel que de croire que les résidents puisse agir en quasi autonomie; le risque de chute risque d'être considérable pour des personnes désorientées par la perte de leurs repères cognitifs. La décision de mise en place est reportée à la semaine suivante. Vanessa anime un atelier où les familles de résidents présentent leurs parents. C'est au tour de la femme et du fils de Philippe Murano, atteint d’Alzheimer, de parler de lui. Sa femme le fait avec bienveillance mais le fils est bien plus amer et reproche son autoritarisme à son père. Celui-ci se lève soudain et avance parmi les résidents et s'écroule sur l'un d'eux. Le médecin convié diagnostique une chute sans gravité et des ecchymoses pour l'autre résident. Cette fois, Sophie peut exprimer son mécontentement sur la méthode. Marie-Lou lui répond sèchement que c'est elle qui en aurait le plus besoin. Sophie remarque le mépris de sa patronne et, partant précipitamment, annonce qu'elle démissionne.
Olivier devient quelque temps plus tard annonçant à Marie-Lou que Sophie retire sa démission à condition qu'elle fasse des excuses publiques. Olivier lui dit surtout que sa façon de n'écouter personne et son souffle court sont les signes d'un burn-out imminent et lui conseille de rentrer chez elle. Marie-Lou découvre alors dans ses papiers le dépliant du théâtre 13 que lui avait donné Mari la semaine précédente.
Mari-Lou se rend au Théâtre 13 où chaque spectateur dispose d'un instrument de percussion léger qu'il peut agiter à son gré lors de la représentation. Il s'agit d'une pièce écrite et dirigée par Mari d'après un texte japonais consacré à la psychiatrie en Italie et à la figure de Franco Basaglia qui fit fermer les asiles psychiatriques de son pays pour laisser les fous vivre au sein de la population ; l'enfermement, la séparation ne pouvant aboutir qu'à la violence. Goro est seul en scène mais est rapidement rejoint par son petit-fils, Tomoki, dont les perturbations sont en phase avec le discours de liberté tenu. Après la représentation, vivement applaudie, est organisée une rencontre avec le public. Goro déclare que s'il peut exprimer des idées en français, la transmission de l'émotion ne peut se faire que dans la langue maternelle. Marie-Lou intervient en japonais pour déclarer que la pièce l'a beaucoup touchée et s'enquiert du sujet choisi; Mari répond que ce qui l'a attiré c'est de rendre possible l'impossible comme elle même lutte contre un cancer. Ce long échange en japonais est peu apprécié du public mais Goro répond que d'avoir saisi l'intensité de ce qui s'est dit est plus important que d'en comprendre le fond.
Après la représentation, les deux femmes se retrouvent et marchent le long de la Seine. Elles poursuivent leur conversation pendant une grande partie de la nuit. Mari expliquant la réduction progressive du capitalisme lorsqu'il ne trouvera plus d’extérieur à exploiter. Marie-Lou est appelée dans la nuit par une patiente, Micheline, désorientée, attendant la visite de son fils. Marie-Lou s'approche d'elle, dit être heureuse d'avoir été appelée et incite Mari à lui parler doucement et calmement en décrivant les gestes qu'elle même fait pour la changer. Micheline, rassurée, s’endort.
Au lendemain de cette nuit passée ensemble, Mari accompagne Marie-Lou dans l'établissement. Damien se présent à Mari, il l'avait reconnu car il avait vue la pièce au théâtre 13. Un peu plus tard, elle s'effondre soudainement dans le jardin. Elle est ensuite alitée et Goro et Tomaki viennent lui rendre visite à l'hôpital.
16 juin. Arrivée de Mari et Marie-Lou à Kyoto par le Shinkansen. Le médecin confirme à Mari que le cancer va réduire son espérance de vie au fur et à mesure du développement des métastases; entre quelques jours et trois mois. Il lui conseille d'entrer en soin palliatif mais Mari négocie trois jours de sursis. Elle veut accueillir Marie-Lou dans sa maison familiale dans la campagne autour de Kyoto. Mari, très affaiblie, propose néanmoins plusieurs massages à Marie-Lou, de la plante des pieds au crâne. Dans la nuit, elle vient la chercher pour atteindre une position en hauteur dans la montagne où elles dînent d'un plat de pâtes lyophilisées. Mari raconte son enfance difficile auprès de parents qui ne comprenaient pas son désir de liberté et son amitié avec une jeune condisciple : elles se promirent de partir étudier loin d'ici. Son amie échoua mais vint voir ses pièces à Kyoto sans jamais rien comprendre ce qui ne l'empêchait pas de revenir à chaque fois. Mari dit aussi son dépit de partir sans rien laisser ici-bas. Ces confidences, échangées une nouvelle fois jusqu'au petit matin, incitent Mari-Lou a demander à son amie de venir se soigner à Paris : Le jardin de la liberté étant en lien avec une centre de soins palliatifs. Mari refuse estimant que les dés sont jetés.
20 juin. Mari-Lou est présente à Paris pour la nouvelle réunion hebdomadaire du personnel. Mari est présente aussi. Olivier déclare en effet qu'une nouvelle activité va se mettre en place sous la direction de Mari, artiste de théâtre de renommée internationale, accueillie en résidence et qui pourra ainsi bénéficier d'une des chambres nouvellement aménagée où elle pourra être traitée de son cancer. C'est ensuite Marie-Lou qui se lève pour présenter ses sincères excuses à Sophie et déclare qu'elle a retenu ses remarques : elle espacera les périodes de formation sans renoncer pour autant à ce que tous y participent. Sophie accepte les excuses mais déclare néanmoins que l'humanitude n'est qu'une idée théorique qui ne peut fonctionner sur le terrain car prenant trop de temps et générant une surcharge pour le personnel médical. Marie-Lou développe alors un discours aussi calme que vibrant. Elle explique que la perception du temps linéaire qu'ont les gens bien portant est très différente de celle des personnes désorientés par la baisse de leurs facultés cognitives : celles-ci ne se raccrochent au temps qu'en pointillés et que les approcher lorsqu'ils sont perdus entre deux moments de conscience ne peut que les conduire à les brusquer. Ce n'est qu'en étant tous attentifs que l'on peut leur redonner confiance mais qu'un seul échec efface tout ce qui a été patiemment construit d'où la nécessité que chacun soit formé. En fin de réunion, Adidja demande si elle peut occuper l'une des chambres avec sa famille, son chat.
Le lendemain, Mari commence son atelier où les patients sont incités à marcher pieds nus et à se masser mutuellement. Vanessa a invité Sophie à participer à son atelier où elle se présente aux résidents. C'est Marie-Lou qui l'interroge. Sophie explique que la remise de son diplôme d'infirmière fut le plus beau jour de sa vie mais elle déchanta très vite quand elle fut nommée dans cet établissement qui était alors un hôpital psychiatrique dont les budgets étaient constamment réduits et les patients de plus en plus mal soignés, voire pas soignés du tout. Elle apprécia ainsi la transformation de l'établissement en Ehpad privé mais a toujours à l'esprit les soins insuffisants de ses premiers patients. Le soir Marie-Lou vient lui rendre visite pour une marche dans la nuit avec un fauteuil roulant qu'occupent chacune d'elles à tour de rôle. Au matin, quand elles rejoignent l'établissement, elles croisent Djibril qui enregistre une chanson sur son téléphone. Elles s'éloignent discrètement. Le jour se lève sur Paris.
Un jour, des actionnaires viennent constater l'avancement de la démarche "Humanitude" et observent les résidents marcher ainsi que les familles interagir avec le personnel infirmier dans le café qui fonctionne dorénavant. Vanessa a organisé son atelier de rencontres autour de Djibril qui dit avoir intégré l’Ehpad pour les heures de libre qui lui laissent le temps de composer ses chansons mais qu'il est maintenant ravi. Goro commence son spectacle sous l'œil un peu indifférent des pensionnaires auxquels on propose des sous-titres sur un écran de télévision. Tomoki intervient et quand Philippe Murano se lève à son tour, il l'entraîne avec lui; un mouvement malheureux et Philippe chute. Les résidents se lèvent pour le relever, le masser et Marie-Lou elle-même vient se mêler à l'entremêlement des corps dont Philippe se releve indemne. Goro poursuit son spectacle en français appelant à la fin des frontières dressées entre les gens. Submergée par l'émotion, Mari est prise dans les bras de Marie-Lou alors qu'elle confie ne pas vouloir mourir.
Le soir, Goro vient dire au revoir à Mari car la tournée étant terminée il doit rentrer au Japon. Mari l'aide à trouver les mots pour lui dire adieu. Le soir Sophie soigne Mari qui voudrait savoir pourquoi elle déteste Marie-Lou. Elle n'obtient pas de réponse mais Sophie accepte de lui chanter une berceuse afin qu'elle s'endorme : A la claire-fontaine. Marie-Lou vient lui rendre visite dans sa chambre et commence avec elle une conversation vite interrompue par le sommeil de Mari.
En été, sur les hauteurs de la campagne de Kyoto où Mari contemplait sa maison, Goro et Tomoki sont venus disperser ses cendres au vent.
C'est l'automne au Jardin de la liberté ; les résidents accompagnés chacun d'un soignant reprennent leur marche dans l'herbe. Derrière les grands arbres du parc, se dressent les toits de Paris.
Né de rencontres successives entre différents producteurs et différents textes, le film appelle à abolir les frontières entre l'intérieur et l'extérieur pour éviter les rétrécissements psychologiques (une bonne santé factice, des méthodes routinières) ou celui plus théorique du capitalisme et de la démocratie à un cercle de plus en plus étroit et mortifère. Le hasard et le risque pour rendre possible ce que l'on croit impossible est incarné par la rencontre entre la française Marie-Lou et Mari, la japonaise. Celle-ci, victime d'un cancer apparu puis se développant soudainement, entraîne son amie alors au bord du burn-out loin du 13e arrondissement de Paris jusqu'à la campagne autour de Kyoto pour accueillir les jours de sursis et les espoirs de demain sans les avoir chercher autrement que par la rencontre.
Des rencontres
En décembre 2020, la productrice Hiroko Matsuda propose à Hamaguchi de travailler à partir d’un livre de correspondance signé Makiko Miyano et Maho Isono, autour de la maladie et de la dégradation soudaine de l’état de santé. Il s’agit d’un échange entre une philosophe qui a pour sujet de recherche le hasard et d'une anthropologue qui étudie l’anthropologie médicale, et plus particulièrement la notion de risque, qui vient croiser celle du hasard. Elles s’écrivent chacune dix lettres. La philosophe est atteinte d’un cancer et, vers le milieu de cette correspondance, son état de santé se dégrade effectivement. À partir de là, leurs échanges se transforment : ils gagnent en intensité, en profondeur. Ce n’est plus seulement une conversation intellectuelle entre deux chercheuses mais un véritable rapprochement humain qui s’opère entre elles. C'est la rencontre qui est l'essence, l'esprit du livre. La façon dont deux êtres humains entrent en relation. A partir d'un terrain commun qui les rapproche, leurs échanges deviennent plus quotidiens, plus intimes. Leur lien se renforce.
Adapter cette correspondance très intellectuelle était difficilement envisageable au Japon, du moins dans des conditions de production économiquement réalistes. Pour Hamaguchi, un film de cette nature semblait avoir très peu d’avenir. En revanche, s’il devenait un film français, ou porté par la France, cela lui paraissait beaucoup plus réalisable. Or en 2022, Hamaguchi est approché à Tokyo par David Gauquié, un des deux dirigeants de Cinéfrance Studios. À l’origine, cela n’avait rien à voir avec ce projet précis : il s’agissait simplement d’une proposition de collaboration. Hamaguchi lui propose alors de travailler avec Hiroko Matsuda.
Incarner les rencontres
Très peu de choses ont été reprises directement de la correspondance, en dehors de la relation entre les deux femmes. A l’exception d’une réplique, des dialogues ont été écrits pour les besoins du scénario. La question du hasard et du risque constitue pour autant un sujet important du film. Un autre enjeu essentiel était de trouver un véritable point de jonction entre la France et le Japon. C’est dans cette perspective que Hamaguchi s'est intéressé à l'humanitude, méthode de soin française fondée sur une concept créé dans les années 1980 par Freddy Klopfenstein (1934-2005). L’idée, développée la décennie suivante par Yves Gineste et Rosette Marescotti, s’applique particulièrement aux personnes âgées et-ou atteintes de troubles psychiques dont il faut, le plus possible, préserver l’autonomie et la conscience. Il s’agit, pour cela, de stimuler perpétuellement leur attention et de leur consacrer du temps d’écoute et de parole. Cette approche thérapeutique a été introduite au Japon il y a une dizaine d’années.
Au-delà de la question du soin, l'humanitude permet d’interroger plus largement la place de l’être humain dans la société, et la manière dont cette société finit parfois par ne plus lui laisser de place. Pour préparer le scénario, Hamaguchi a rencontré des personnes qui travaillent autour de l'humanitude dans deux Ehpad où cette méthode est réellement appliquée. Dans l'un, elle semblait pleinement intégrée, et dans l'autre encore en cours d’implantation. Le manque de personnel et d’argent qui traversent aujourd’hui le monde du soin constituent un matériau de fiction très fort. Et lorsqu’on s’interroge sur les causes de ce manque de moyens, il devient difficile de ne pas voir que le capitalisme y joue aussi un rôle. C’est ainsi que cette question est entrée dans l’écriture du film.
Si le personnage de l’anthropologue médicale est devenue une directrice d’Ehpad traumatisée par l'abandon dont fut victime sa mère, celui de la philosophe est devenue metteuse en scène. En rencontrant les ayants droit de Makiko Miyano, Hamaguchi apprit que, dans sa jeunesse, elle était passionnée de théâtre et qu’elle avait elle-même fait un peu de mise en scène. Pour ne pas se répéter par rapport à Drive my car, où le théâtre occupait déjà une place importante, Hamaguchi ne reprend pas une pièce classique mais cherche une matière qui puisse entrer en résonance avec les préoccupations du film. Ce sera Psychonautica, un livre du chercheur japonais Takeshi Matsushima, consacré notamment à la psychiatrie en Italie et à la figure de Franco Basaglia. La pièce que l’on voit dans le film n’existe pas comme œuvre autonome. En revanche, un grand nombre d’anecdotes et de citations qui y figurent sont réelles et proviennent du livre.
Tous les rôles nommés sont interprétés par des comédiens professionnels ; les personnes âgées n'étant pas obligatoirement des actrices et acteurs confirmés. Quelques petits rôles sont confiés à des personnes issues de la figuration que complètent des soignants, certains résidents, les participants aux ateliers des Ehpad.
Mise en scène
Fidele à sa méthode de tournage où l’organisation du plateau, la manière dont sont préparée les scènes, tout est tourné vers les conditions qui permettront à quelque chose de juste d’advenir entre les êtres. Si bien que le film, même très parlé, n'en demeure pas moins un film où la captation des attitudes corporelles est essentiel. Le film est tourné à deux caméras pour environ sur la moitié du métrage mais surtout, pour chaque séquence, sont tournés en moyenne une dizaine de prises en allant du général vers le particulier, du loin vers le proche. Au départ, la caméra reste à l’extérieur de la zone de jeu ; puis, au fil des prises, elle s’avance progressivement à l’intérieur de cet espace en evitant toutefois les plans serrés.
La mise en scène est ainsi très fluide mais densifiée par des jeux d'échos. Le film débute par un panoramique descendant sur un mur de l'Ehpad et se termine par un panoramique ascensionnel sur les arbres du parc derrière lesquels se dressent les toits de Paris. La petite poupée de tricot blanche du début et du tramway est ensuite accompagnée de ses petites sœurs rose et marron au début de la discussion du 13 juin dans l'Ehpad. A la démonstration très théorique de Mari sur la fin inexorable du capitalisme répond son attention aux feuilles des arbres et à l'herbe que l'on foule aux pieds. A la discussion à la tombée de la nuit sur les berges de la Seine dans le 13e arrondissement de Paris répond celle au lever du jour dans la campagne de Kyoto sur les collines surplombant la maison de Mari.
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Jean-Luc Lacuve, le 16 août 2026
Source : Dossier de presse