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Vienne en 1823, le compositeur Antonio Salieri, déjà âgé, tente de se suicider et est interné dans un hôpital psychiatrique. Il prétend avoir assassiné Wolfgang Amadeus Mozart. Le père Vogler, un jeune prêtre catholique, l'encourage à confesser ses péchés à Dieu. Vogler ne le reconnaissant pas, Salieri joue trois vieux airs pour lui rafraîchir la mémoire. Vogler ne reconnaît pas les deux premiers (composés par Salieri), mais est soulagé de reconnaître immédiatement le troisième (« La petite musique de nuit »). Salieri révèle alors avec amertume que Mozart en est l'auteur. Salieri commence sa confession en racontant son enfance bercée par les récits de l'enfant prodige Mozart. Dans sa jeunesse, il était passionné de musique, mais son père lui interdisait d'en étudier l'art. Salieri propose alors que si Dieu faisait de lui un musicien aussi célèbre que Mozart, il lui voue fidélité, chasteté et diligence. Le père de Salieri meurt peu après, ce qu'il interprète comme un signe que Dieu a exaucé son vœu. En 1774, Salieri devient compositeur de la cour de l'empereur Joseph II à Vienne. Cependant, il est suffisamment avisé pour savoir que l'empereur n'a aucune oreille musicale et que ses propres compositions ne résisteront pas à l'épreuve du temps. En 1781, le prince archevêque de Salzbourg, en voyage à Vienne, donne un concert de la musique de son protégé, Wolfgang Amadeus Mozart. Salieri n'en croit pas ses yeux en découvrant que le génie, qu'il avait vu enfant prodige, est ce jeune homme mal élevé et licencieux qui soulève les jupons de la jeune fille qu'il courtise. Le concert est un triomphe. Salieri est bouleversé par les jeux successifs du hautbois et de la clarinette mais le prince archevêque de Salzbourg est irrité de la mauvaise conduite de son protégé et lui ordonne de revenir à Salzbourg.
Par goût de la musique autant que par rivalité politique, Joseph II décide de retenir Mozart à Vienne en lui commandant un opéra en langue allemande, L'enlèvement au sérail. Salieri avait écrit une petite marche en l'honneur de Mozart qu'il admire. Celui-ci l'ayant apprise par cœur en une seule écoute et l'ayant allégrement améliorée, Salieri ne peut que s'incliner devant son génie. Il constate que la cantatrice dont il est amoureux, Katerina Cavalieri, est déjà la maitresse de Mozart et l'admiration restante se transforme en rivalité. L'opéra est un triomphe mais Joseph II trouve qu'il y a "trop de notes" et sa logeuse impose Constanze, sa fille, comme la fiancée de Mozart que l'empereur incite à épouser pour qu'il reste à Vienne. Le père de Mozart supplie son fils de ne pas épouser Constanze et de revenir à Salzbourg. Wolfgang passe outre.
Les dettes s'accumulent et Constanze s'en va supplier Salieri d'obtenir un poste pour son mari. En découvrant les partitions qu'elle lui a apportées, Salieri est suffoqué par le génie de son rival et exige qu'elle se donne à lui le soir même. Il prie néanmoins pour avoir une trace de génie pour le réconcilier avec Mozart. Quand Constanze vient le soir et se déshabille pour lui, il la renvoie. Humiliée, Constanze pleure dans les bras de Mozart. Salieri s'en prend alors à Dieu qui a dédaigné en lui un serviteur dévoué et a fait de Mozart sa créature. Il met son crucifix au feu et décide de ruiner l'incarnation de Dieu sur terre.
Mozart vient voir Salieri pour savoir qui a obtenu le poste convoité mais refuse de dire ce qu'il prépare. Salieri lui refuse un prêt et l'envoie donner des leçons pour la fille d'un homme plus préoccupé de ses chiens. Mozart part en colère.
Le père de Mozart, Léopold, tel le commandeur, vient reprocher à son fils son train de vie dispendieux ; Mozart l'entraîne dans un bal masqué où il suscite sa colère et celle de Salieri, humilié dans un jeu. Celui-ci fait embaucher à ses frais une servante pour surveiller Mozart. Constanze accepte cette aide, entraînant la colère de Léopold, offusqué par la vie débridée de son fils.
La servante laisse entrer Salieri chez Mozart qui découvre qu'il prépare une adaptation du Mariage de Figaro, pièce interdite par Joseph II qui craint pour sa sœur Marie-Antoinette en France. Mozart plaide sa cause auprès de l'empereur arguant que, dans les tragédies antiques, les héros sont tellement loin de nous "qu'ils chient du marbre". Il réussit même à imposer un air chanté en solo, duo et jusqu'à vingt personnes qui dure plus de vingt minutes ainsi qu'une danse paysanne alors que l'empereur avait interdit les ballets dans ses opéras. Salieri ne perçoit que trop bien l'innovation des Noces de Figaro, mais miraculeusement pour lui, l'empereur baille. Il déclare à Mozart qu'il a certainement eu tort d'imposer une œuvre de quatre heures à l'empereur. La sanction est sévère. Ce ne sera que neuf représentations.
Un soir, alors que Mozart rentre d'une fête, Constanze lui annonce que son père est mort. Salieri triomphe dans son opéra. Il intrigue pour que seules cinq représentations soient données de Don Juan mais il assiste à chacune d'elles. En voyant Don Juan, Salieri comprend que Mozart pense à son père dans la figure du commandeur. Il prend l'idée de tuer Mozart en lui commandant un requiem sous l'apparence du masque que portait Léopold lors du bal masqué. Il réclame le secret pour pouvoir s'approprier sa musique et la faire jouer à l'enterrement de Mozart.
Le stratagème fonctionne car Mozart, harcelé par Salieri mais redoutant de finir le requiem, meurt d'épuisement en composant en parallèle La flûte enchantée, opéra bouffe commandé par Emanuel Schikaneder pour un théâtre populaire de Vienne.
Il est déconsidéré et va en vain demander la reprise des cours auprès de la fille de Michael Schlumberg, celui-ci lui apprend qu'elle est mariée et lui refuse un prêt.
Emanuel Schikaneder vient le relancer et constate qu'il travaille sur le requiem ce qui le met en colère. Constance soutient Mozart, ils ont besoin d'argent. Lorl va présenter sa démission à Salieri
Suite à une nuit de répétition trop arrosée, Constance quitte Mozart. Celui-ci s'écroule sur scène lors d'une représentation de La flûte enchantée. Salieri le reconduit chez lui et prend sous sa dictée les notes du requiem. Le retour inopiné de Constance empêche Salieri de voler la partition car elle la met sous clé avant de constater, éplorée, la mort de Wolfgang. Mozart est enterré dans une fosse commune.
Salieri raconte à son confesseur qu'il a ensuite connu trente-deux ans de vie torturée entre remords et absence de reconnaissance de sa musique. Salieri, oublié de tous, se considère maintenant comme le saint patron des médiocres.


Dès le départ, l'auteur Peter Shaffer et le réalisateur Miloš Forman ont tous deux affiché leur désir de créer un drame divertissant, librement inspiré de la réalité. Forman a admis que ni la pièce ni le film n'avaient jamais été conçus comme un documentaire, qualifiant le film de « fantaisie sur le thème de Mozart et Salieri ». L'idée d'une animosité entre Mozart et Salieri a été popularisée par Alexandre Pouchkine dans sa pièce de 1830, Mozart et Salieri, où Salieri assassine Mozart sur scène. La pièce a été adaptée en opéra par Nikolaï Rimski-Korsakov en 1897, sous le même titre, puis portée à l'écran pour la première fois par le réalisateur de films muets Victor Tourjanski en 1914.
La pièce de Peter Shaffer (1979) est montée en France en 1981 avec Roman Polanski (Mozart) et François Périer (Salieri), puis en 2005 avec Lorànt Deutsch (Mozart) et Jean Piat (Salieri). Entre-temps, la pièce est adaptée avec succès au cinéma par Milos Forman.
L'idée de faire commenter la musique de Mozart par un personnage extérieur, fut-il son pire ennemi, est très pédagogique et émouvante. Les meilleurs moments du film sont ceux où Salieri découvre la partition et la commente alors qu'elle se fait entendre off. Ainsi ddu 3e mouvement de Sérénade pour vents en si bémol (B-flat) majeur, lorsque la clarinette rejoint le thème joué au hautbois. Les opéras, L'enlèvement au sérail, Les noces de Figaro, Don Juan et La flûte enchantée bénéficient ainsi de quelques extraits et commentaires permettent de mieux les écouter et apprécier la richesse de l'orchestration.
Cette pédagogie en acte comporte un sommet : la dictée à Salieri du Confutatis du Requiem par Mozart sur son lit de mort. Chaque indication de Mozart, d'abord incomprise de Salieri, est doublée off par la musique dès qu'il la note. Ainsi La confession des méchants voués aux flammes de l'enfer en La mineur par les basses et les ténors. Dans l'orchestre, le second basson et les trombones jouent avec les basses sur notes identiques et même rythme. Le premier basson et les trombones font de même avec les ténors : les instruments doublent les voix. Puis trompettes en ré et, pour le grand brasier, les cordes à l'unisson, ostinato en La.... Ensuite avec "voca me benedictis", les sopranos par dessus les altos et les violons en arpèges...
Forman insiste sur la force blasphématoire du comportement de Salieri, finalement en accord avec l'impudence diabolique de Mozart. Salieri se réjouit de la mort de son père et déclare la guerre à Dieu qui a dédaigné en lui un serviteur dévoué et fait de Mozart sa créature. Il décide de détruire Mozart et met son crucifix au feu. La mort de Mozart est planifiée comme le blasphème absolu : "Dieu impuissant à empêcher Salieri de triompher. Et Dieu forcé à écouter, impuissant à rien empêcher et cette fois, moi me riant de lui dans l'ombre". Cette destruction créatrice justifie le jeu que certains pourront trouver excessif de F. Murray Abraham (Salieri) et Tom Hulce (Mozart).
Jean-Luc Lacuve, le 27/12/2011
La version longue, director’s cut, de 2h53 est présentée à la Berlinale 2002 puis distribuée internationalement avec des scènes supplémentaires dont le personnage de Michael Schlumberg, interprété par Kenneth McMillan (les deux scènes en italiques dans le résumé ci-dessus).