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Otto Vidal, 14 ans, est traqué la nuit par des condisciples du lycée. Il s'enfuit à grand peine. Le matin, il quitte sa mère opticienne, qui l'élève seule, photocopie en 35 exemplaires la lettre qu'il adresse ensuite à chacun des élèves de sa classe de seconde, les accusant de l'avoir poussé, au moment où ils liront cette lettre, au suicide. Il se dirige ensuite vers la rivière, libère son oiseau de la cage qu'il avait emmené avec lui et grimpe sur le pont qui enjambe la rivière tempétueuse. Il se jette du haut du pont.
Mais il ne coule pas, la rivière le charrie juste un peu plus bas en aval. Il se réfugie trempé dans un vieux bâtiment désaffecté depuis longtemps. Le lendemain, tous les élèves ont reçu la lettre et les médias sont déjà sur place et tous le croient morts; des vêtements échappés de son sac à dos ont été retrouvés dans la rivière. Depuis son repère, Otto voit le cuisinier de hôtel-restaurant d'à côté jetant des restes de repas dans la poubelle. Il descend pour s'en nourrir
Léna, une fille de son lycée, dont la mère tient le restaurant, le reconnaît une nuit en train d’approcher des poubelles. Elle ne dit rien puis vient le retrouver dans sa cachette. Ils échappent de peu à l'investigation d'un pompier venu inspecter le bâtiment. Heureuse d'acheter à sa vie morne , Léna se charge de lui trouver une chambre inoccupée sous les toits de l'hôtel de sa mère et lui apporte de quoi manger. Un soir, alors qu'ils discutent sur les toits, ils s'embrassent et deviennent amants...
Félix de Givry, très inspiré par François Truffaut, trouve un ton juste pour décrire la rapprochement amoureux des adolescents ayant fait d'une chambre d'hôtel une île en dehors du monde. Paul et Léna se rapprochent ainsi de Claude et Muriel dans Les deux anglaises et le continent dans leur cabane au bord de l'eau mais sans souffrance et avec encore plus de douceur. La voix off, très présente dans Les deux anglaises, est proche ici de celle de Véronique Silver qui incarne Odile Jouve dans La femme d'à côté. C'est en effet Françoise Lebrun, l'inoubliable interprète de La maman et la putain, qui la prend en charge.
Ici comme dans La femme d'à côté, la voix off ouvre et clôt le récit mais l'idée "du début qui serait comme une fin (une rencontre heureuse ?)" n'est pas très convaincante. Sans doute de Givry cherche trop la réconciliation, laisse croire que l'intensité d'un amour créé dans des circonstances si particulières, avec de rêves d'ailleurs, pourrait se continuer bourgeoisement chez ces gens gens. Même souhait de réconciliation un peu vaine avec le dernier plan : le lâché de ballon de la marche blanche; une jolie image dont on peine à trouver le sens.
Jean-Luc Lacuve, le 12 octobre