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Juin 1993. Deux jeunes frères, Remi, huit ans, et Akin, 11 ans, s'ennuient sur le pas de leur maison. Remi prépare dessin et repas alors que Akin semble plus perturbé appelant à se souvenir de son père dans ses rêves.
Leur père, Fola, survient et décide de les emmener à Lagos avec lui sans attendre le retour de leur mère, Bola. Akin prend son sac à dos et Remi un peu d'argent ce qui suscite la jalousie de son frère. Fola et ses deux enfants prennent le bus où les passagers se disputent sur le futur vainqueur des élections présidentielles qui viennent d'avoir lieu : continuation du régime militaire ou victoire des partisans de la démocratie.
Bientôt le bus s'arrête faute d'essence et Fola fait du stop. Une camionnette transporte Fola et ses deux enfants à Lagos. Fola conduit ses enfants au travers de l'immense ville de plus de 15 millions d'habitants en empruntant une moto-taxi. Il rencontre son ami "Corridor" et achète des beignets aux oignons que n'apprécie guère Remi. Fola est venu chercher ses arriérés de salaire de six mois mais le patron n'est pas là et le contremaître explique que les employés ont du mal à se faire payer, lui-même ne l'ayant été que parce qu'il vient d'avoir des jumeaux et une femme parce qu'elle a dormi sur place alors qu'elle était enceinte. Il enjoint Fola à revenir le soir puisque le patron doit revenir livrer le gazole nécessaire à l'usine. Avec ses six mois d'arriérés, Fola sera prioritaire pour recevoir son dû. Il encourage aussi Fola à profiter de l'après-midi pour faire visiter la ville à ses enfants.
Akin constate que son père est inquiet et souffre de l'absence de sa mère. Remi, plus décidé, profite davantage de l'après-midi. Il voudrait acheter une glace avec son argent mais son père l'oblige à en offrir une à son frère. Remi refuse et commence à bouder.
Sur la plage, le père et ses deux fils s'amusent dans l'eau. Remi demande à son père pourquoi il fait pleurer sa femme qui souffre qu'il ne soit jamais là. Il s'en va bouder plus loin alors que Akin vient lui aussi discuter. Fola lui parle de son frère qu'il perdit adolescent, emporté par les flots alors qu'il se baignait dans la mer. Il rencontra plus tard une femme qu'il n'avait jamais vu et lui déclara que s'il rêvait de son frère c'est parce que celui-ci était insatisfait du fait que son nom ne soit jamais prononcé. La vielle femme lui annonça aussi que sa femme était enceinte. Ce qui se confirma un plus tard. Afin que l'âme de son frère repose en paix, Fola donna pour prénom à son fils celui de son frère et plus jamais ses nuits ne furent hanté par celui-ci. Fola enjoint son fils à protéger son frère et que rien n'est plus important que la famille.
Fola fait ensuite visiter à ses fils le quartier où il habitait jeune homme avec Bola, la plus belle femme du quartier qu'il finit par séduire. Ils rencontrent le gardien du parc de loisir qui reconnaît Fola et met en marche les manèges pour les enfants.
En fin d'après-midi, Fola rejoint l'entreprise mais le contremaître lui affirme que le patron doit venir plus tard, qu'il a les clés de son bureau s'assurant ainsi de son appel en cas de retour. En attendant, il propose d'aller fêter la naissance de ses jumeaux dans un bar. Là, Akin s'aperçoit que son père a une maîtresse mais son attention est prise, comme tous les autres, par l'annonce de la junte qu'elle annule les élections et reste au pouvoir. Les émeutes s'en suivent. Fola et ses deux enfants s'enfuient en voiture. Un militaire excité est près de tuer Fola mais la voiture poursuit son chemin.
C'est le temps du deuil, Fola est mort et ses funérailles sont suivies par tout le village. Son fils sait que son père le hantera longtemps dans ses rêves.
Le film est composé de plans assez courts ce qui permet de changer fréquemment la focalisation du récit, majoritairement vu par le père, Fola, mais aussi par son plus jeune fils, le joyeux et débrouillard Remi et son frère aîné, Akin, plus mélancolique, inspiré de la jeunesse du réalisateur.
Flash-back et ellipses
Si le film semble se jouer au présent, il est constitué d'un long flash-back où les enfants attendent le retour de leur mère, partie chercher les vêtements de deuil après la mort du père, intervenue sur le chemin du retour ou dans les quelques jours qui ont suivi son échec à se faire payer les arrêtés de salaire. Les signes les plus notables d'une difficulté à enchaîner les souvenirs sont les sautes d'images qui initient le récit et surtout le sac de plastique blanc contenant les vêtements de deuil bleu foncé retiré et déplié que tient Fola contre toute vraisemblance car s'habillant effet tout autrement, ou l'insistance sur l'amulette blanche dont on comprend bien plus tard le sens.
L'usage répété de l'ellipse, qui souvent dynamise le récit et évite les séquences trop attendues (prise du bus ou en stop) permet de ne pas marquer la sortie du flash-back initié par l'entrée dans la maison des deux frères, Akin prenant l'initiative, rare pour lui, d'entre le premier dans cette sorte de couloir du temps et découvrant la présence soudaine et inattendue du père dans la maison et qui va emmener ses fils à Lagos.
Variété des regards, variété des tonalités du récit
Les signes de la mort sont présents dès la séquence initiale avec les pommes pourries, les portes de la maison moisies, les fourmis qui pullulent et le crâne d'un animal et la voix d'Akin psalmodiant qu'il se souviendra de son père dans ses rêves. Ces signes se poursuive au début du flash-back, avec le plan sur les vêtements de deuil mais interviennent ensuite tout au long du film d'une manière récurrente avec les plans d'oiseaux tournoyant dans le ciel ou le saignement de nez du père ou bien encore par ceux de militaires passants au ralenti et dont l'accompagnement sonore est menaçant
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En contrepoint apparaît, comme un autre flash mental, la figure d'une belle femme douce habillée de bleu, pure projection mentale d'Akin qui "voit" ainsi Bola, sa mère qui lui manque.
L'ensemble du film est aussi porté par le regard de Remi, plus débrouillard, préparant le repas, allant chercher le verre d'eau demandé par le père, sachant dessiner ou gagner de l'argent. Il est aussi plus vif que son frère aîné dans ses reproches au père d'être toujours absent. C'est lui qui porte les regards les plus beaux et joyeux sur les visages en gros plan des habitants et habitantes de Lagos magnifiés par le film en dépit de la pauvreté qui règne dans les quartiers populaires.
La mort du père, jamais figurée, est rendue nettement plus touchante par tous ses signes qu'Akin ne cesse de percevoir dans son souvenir et qui rendent pour lui nécessaire son hommage à cet homme qui se débrouilla comme il pu dans le contexte difficile d'un Nigeria sous dictature si rarement montré.
Jean-Luc Lacuve, le 6 avril 2026