2010

Sur un ferry reliant une petite île au continent américain près de New York, un 4x4 immobilisé gêne la sortie des autres véhicules. Plus tard, le corps de son occupant est retrouvé sur l'île

Il s'agissait de Mike McAra un écrivain chargé de rédiger les mémoires de l'ancien Premier ministre britannique Adam Lang dont il était très proche. Pour achever son travail, la prestigieuse maison d'édition qui l'employait se résout à faire appel à un écrivain qui n'a à son actif qu'une biographie du magicien Costello et qui ne connaît rien au milieu politique. Le nouveau nègre n'est d'ailleurs pas enchanté de ce travail mais la somme offerte et la pression de son agent littéraire le convainquent de partir le soir même de Londres pour rejoindre la petite île hyper sécurisée où Adam Lang se ressource avec ses proches. A peine a-t-il quitté les locaux de la maison d'édition qu'il est agressé et délesté du manuscrit.

A peine arrivé, le nègre est confronté à la polémique politico-judiciaire qui fait la une des journaux télévisés : Lang est accusé d'avoir autorisé l'enlèvement et la torture de ressortissants britanniques par les services secrets américains, au nom de la lutte contre le terrorisme. De plus les relations entre Ruth, la femme d'Adam et Amelia Bly, l'assistante de L'ex Premier ministre, sont tendues. Devenues rivales aussi bien professionnellement que sentimentalement, elles laissent le nègre rédiger le communiqué de presse qui répond aux attaques de toutes parts que doit affronter Adam Lang.

Dans ces conditions; le temps pour faire avancer le livre sont rares. Le nègre est consterné par l'écriture desséchée de son prédécesseur et aimerait y introduire des éléments dévoilant davantage de l'intimité de Lang. Ainsi, au lieu de l'arbre généalogique de Lang, il voudrait débuter par ce qui a motivé son entrée en politique. D'autant plus qu'Adam lui révèle que c'est par amour pour Ruth, qui distribuait des tracts en 1974, qu'il est entré en politique.

Le soir, il rejoint son hôtel où il est pris à parti par un anglais qui le traite de connard lorsqu'il dit ignorer où se trouve la résidence des Lang. Au matin, il doit rejoindre rapidement son hôtel, envahi de journalistes

La cour pénale internationale ouvre une enquête pour crime de guerre contre Lang accusé d'avoir ouvert la voie à des tortures par l'eau contre des activistes britanniques. Lang, contrairement à ce que lui conseille Ruth, décide de se réfugier à New York.

Le nègre se retrouve seul dans la grande maison des Lang et entreprend de vider les affaires de McAra. Collé derrière un tiroir, il trouve une pochette contenant des photos de Lang jeune, acteur d'une troupe de Cambridge, mais aussi une coupure de journal évoquant la distribution de tracts par Lang et Ruth daté de 1974 et sa carte de membre du parti travailliste datant de 1971. Au dos d'une des photos, des noms et un numéro de téléphone.

Le nègre décide de partir à la découverte de l'île, préférant le vélo au 4x4 dédié aux invités que lui conseille pourtant chaleureusement le serviteur des Lang. Le nègre n'a en effet le temps de faire que quelques tours de roues quand la pluie se déchaîne. Il trouve refuge dans une baraque délabrée où un vieil homme lui apprend que le corps de McAra n'aurait jamais pu être retrouvé là où il le fut s'il était tombé du ferry. Une de ces voisines a d'ailleurs vu des lumières ce soir-là sur la plage. Elle ne pourra toutefois rien dire car, depuis une semaine, elle est dans le coma après une mauvaise chute dans les escaliers. Le nègre se rend alors sur la plage où se promène Ruth, excédée par le départ de son mari avec sa secrétaire.

Ruth raccompagne le nègre chez elle. Mortifiée par le départ de son mari, elle assiste à sa déclaration lors de son arrivée à New York : accueilli chaleureusement, il grimace pourtant plus qu'il ne sourit. Le nègre est maintenant convaincu que Lang est un espion à la solde des Américains qui l'aurait recruté en 1971 et il fait part de des doutes à Ruth au sujet de la mort de McAra

Troublée et bouleversée, Ruth fait intrusion dans la salle de bain puis dans la chambre du nègre et se glisse dans son lit. Au matin, le nègre décide de regagner son hôtel pour y travailler plus au calme. Il prend cette fois-ci le 4x4 dont le GPS lui indique une route qu'il trouve incohérente. Il finit par comprendre qu'il s'agissait du trajet choisi par McAra le jour de sa mort.

Il rejoint ainsi le continent pour atteindre, en pleine forêt, la résidence de Paul Emmett...

The Ghost Writer est l'adaptation de L'Homme de l'ombre de Robert Harris, habile thriller d'espionnage dans lequel Polanski a introduit quelques-unes unes de ses obsessions mais sans aller jusqu'à imposer un point de vu capable de ralentir l'habile mécanique du film, parfois haletante, mais dépourvue d'émotion.

Un habile film d'espionnage

Le livre est basé sur la rumeur qui courut, en septembre 2006, selon laquelle Tony Blair pourrait être poursuivi devant une cour de justice internationale avec, pour seul moyen d'échapper à la justice, l'exile aux Etats-Unis.

Robert Harris, longtemps journaliste politique au Sunday Times, avait soutenu Tony Blair jusqu'en 1992 avant de changer d'opinion après les élections législatives de 1997 qui l'ont porté au pouvoir. Il lui reproche alors d'être plus à droite que Margaret Teacher. Lorsqu'il fait son bilan, il ne voit pas une seule de ses initiatives qui n'ait pas été orchestrée en faveur des Etats-Unis : "On a bien soupçonné Harold Wilson, Premier ministre travailliste dans les années 1960 et 1970 d'être à la solde du KGB. Pourquoi ne pas lui imaginer un successeur acquis à la CIA ?" s'est demandé Robert Harris. Puis, constatant que la femme de Tony Blair était encore plus à droite que son mari, lui est venue l'idée du scénario.

Du style au service d'une psychologie de surface

Le domestique qui s'acharne à remplir une brouette de feuilles mortes en plein vent rappelle la connivence du cinéaste avec le théâtre de l'absurde. Le lieu où échoue le nègre nous ramène à son obsession du huis clos : Il s'agit d'une luxueuse villa vitrée, coupée du monde, nichée sur une île, ghetto symbolique où se retrouvèrent nombre de ses personnages, réfugiés ou cernés sur un bateau, dans un appartement, dans une maison ou un château.

Que cette villa soit au bord de la mer renvoie à ce thème récurrent de l'eau, que Polanski associe à la menace, au mal, à la mort. Autant de motifs auxquels on pourrait ajouter la soumission, le mélange d'attraction et de répulsion, l'équivoque entre le bien et le mal et entre le mal (dont une femme est l'instrument sinon l'orchestratrice, héroïne fourbe du film noir) et le sexe.

La question politique dans le film est perçue à partir des écrans de télévision, ce qui met mieux en valeur cette maison isolée. Les retors sont les Américains, laissés hors champ

Le nègre est défini comme un jeune homme pas spécialement candidat aux embrouilles qui, tel un Cary Grant hitchcockien plongé dans un infernal imbroglio avec la mort aux trousses, remonte ses manches et s'accroche. Mais Polanski n'est pas Hitchcock et le personnage ne semble travaillé par aucun passé, aucun traumatisme, aucun désir, pour être tout aussi lisse qu'Adam Lang. De plus, les ressorts dramatiques relèvent davantage de la surprise que du suspens : La révélation que Ruth est un agent secret, l'assassinat de Adam Lang ou celui, final, du nègre.

La première grande scène du film, la confrontation entre Adam et Ruth, n'arrive qu'après une demi-heure de voyages en tous genres. Et ceux-ci vont ensuite continuer à remplir le film : poursuites en voiture, poursuite en bateau, en vélo. On abandonne le personnage du père de la victime en Irak pour la séquence virtuose d'un joli passage de bout de papier de main en main : la technique vient au secours du manque d'implication dans les sentiments.

 

 


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The ghost-writer
(The ghost). D'après L’homme de l’ombre de Robert Harris. Avec : Ewan McGregor (le nègre), Pierce Brosnan (Adam Lang), Kim Cattrall (Amelia Bly), Olivia Williams (Ruth Lang), James Belushi (John Maddox), Timothy Hutton (Sidney Kroll), Eli Wallach (le vieil homme de l'île), Tom Wilkinson (Paul Emmett), Jon Bernthal (Nick Ricardelli). 2h08.
Genre : Espionnage