1933

Alison Drake a hérité de son père la Drake Motor Company, une grande entreprise automobile qu'elle gère avec une autorité sans faille. Elle ne fend la cuirasse que le soir, lorsqu'elle invite, sous un fallacieux prétexte professionnel, un collaborateur toujours différent à partager son repas, puis son lit. En général, elle l'envoie le lendemain poursuivre ses travaux dans une filiale à Toronto. Lasse de ces plaisirs industriels, elle s'habille un soir en fille de peu et court la fête foraine. Elle s'y heurte à un séduisant inconnu, qu'elle a la surprise de retrouver le lendemain dans ses ateliers. Il s'agit du responsable du projet qui doit sauver l'entreprise, Jim Thorne.

Il est le seul à refuser ses avances. Un jour Jim démissionne...

William Dieterle devait réaliser le film, mais il tomba malade et le studio voulait confier le film à William Wellman. Celui-ci partit pour une autre production, College coach, après avoir tourné quelques scènes. En dépit de ces difficultés, le film est tout à fait remarquable.

Par le choix des décors. Il s'ouvre sur une séquence de travail à la chaîne dans une usine d'automobiles très représentative de l'époque. Le directeur saura dire un peu plus tard qu'il faut trois millions de voitures par an pour en maintenir vingt et un sur les routes américaines et que Drake motor car réalise 17,8 % du total.

Sortie de son bureau d'où on voit les cheminées fumer, Alison Drake habite Ennis house, à Hollywood hills, une des demeures construites par Frank Lloyd Wright.

Par l'audace féministe dont il fait preuve. Alison ne veut perdre ni temps ni énergie avec les hommes : "Une femme amoureuse est pitoyable. Malheureuse elle désespère ; heureuse, elle exaspère (...) J'ai décidé de suivre la même route que les hommes, d'être aussi sexiste qu'eux (...). Certaines femmes ont besoin d'avoir un mari. Plutôt avoir un canari (...) Quand on travaille avec des hommes 14 heures par jour, on perd ses illusions".

La mise en scène n'est pas oubliée. Avant d'obtenir ce qu'elle veut de ses amants d'un soir, Alison actionne une sonnette qui indique au majordome dans quelle pièce elle se trouve, salon ou piscine, afin que celui-ci lui amène de la vodka. "De la vodka comme Catherine II avait l'habitude d'en servir à ses soldats pour raffermir leur courage" expliquera le majordome.

Celui-ci comme Pettigrew, le vieux secrétaire, est très admiratif de sa patronne qui ne s'en laisse pas compter par ceux qui n'en veulent finalement qu'à son argent. Pettigrew fait la pari bien risqué de promettre "Un caleçon tricoté à la main" si elle succombe à l'amour. Quand aux soupirants éconduits, ils se satisfont finalement du malheur de leur successeurs. Ainsi Briggs à Cooper qui comme lui ne va pas tarder à être muté avec une grosse prime : " Rendez-vous à Montréal ".

Pour aiguiller Cooper sur le chemin sentimental alors qu'il s'enferre à parler commerce, Alison, jette un coussin sur le lit avec un "Alors vous êtes un enthousiaste !" dont il comprend brusquement le double sens.

Jean-Luc Lacuve le 19/08/2009

 

 

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Avec : Ruth Chatterton (Alison Drake), George Brent (Jim Thorne), Lois Wilson (Harriet Brown), Johnny Mack Brown (George P. Cooper), Ruth Donnelly (Miss Frothingham), Ferdinand Gottschalk (Pettigrew). 0h58.

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