Trois amis, Harry, Archie et Gus, assistent aux obsèques de Stuart Jackson dont ils étaient inséparables comme en témoigne les photos de fêtes au bord de la piscine. Ils sont les derniers à entourer la veuve et ses deux enfants. Dans le taxi qui les ramène après les funérailles, Harry décide d'aller se saouler. Ils font la fête tard le soir jusque dans la rue.

Ils prennent ensuite le métro et décident d'une halte pour un petit-déjeuner léger qu'ils comptent prendre dans leur salle de sport habituelle. Comme, elle n'est pas encore ouverte, Archi et Gus disputent une course à pied au pas de marche. Ils jouent ensuite au basket et nagent dans la piscine. Pour leur second soir, ils assistent et animent une beuverie interminable autour d'un concours de chansons improvisé. Dans les toilettes, Archie vomit et Gus se rafraichit le visage. Harry se sent exclu. Archie le met en garde : il se laisse mener par sa femme et n'a pas d'humour. Pour prouver le contraire, Harry essaie de téléphoner à sa femme. En vain.

Archie et Gus raccompagnent en taxi Harry chez lui. Il se change et salue sa belle-mère avant de partir au travail. Sa femme s'est levée et lui fait part de son intention de divorcer. Harry s'accroche à leur couple, lui rappelle leurs trois enfants. Sa femme se dit mal à l'aise avec lui et lui avoue, pour finir, en être venu à le détester. Il monte chercher son passeport. Sa femme sort un couteau pour le chasser. Harry devient fou de rage et la frappe ainsi que sa mère. Il est empêché d'aller plus avant par l'arrivée de Gus et Archie qui le trainent dehors. Là Harry ne sait plus où il en est mais n'a pas envie de s'excuser.

Ils prennent le métro et se disputent encore dans la rue. Archie et Gus arrivent dans le cabinet dentaire de ce dernier. Mlle Hyams, la cliente de Gus, est prise de fou rire nerveux et Gus l'abandonne pour suivre Archie. Harry est un publiciste important et lorsqu'on vient le prévenir que Gus et Archie veulent le voir, il refuse. Il croise M. Weintraub, un vieux client. Harry sort dans la rue et retrouve Gus et Archie. Il leur propose d'aller à Londres avec lui. Gus prévient sa femme, Jeannie, de lui apporter son passeport après avoir pris celui d'Archie chez Kate.

Les trois amis s'envolent pour Londres et atterrissent sous une pluie battante. Ils décident de dormir une heure dans le High Park Hotel où ils ont loué trois chambres communicantes. Archie avoue ne plus désirer sa femme.

Pour leur troisième soir, ils se retrouvent dans une salle de jeu londonienne, le "sportsmen" où ils jouent 200 dollars au craps qu'ils perdent après un bref moment d'excitation. Harry drague une femme, Pearl, à une table de jeu ; Archie dit chercher une femme et se fait rembarrer. Gus offre un whisky à Mary qui le trouve petit et sans doute sagittaire. Archie se fait alpaguer par une veille femme libidineuse dont il se débarrasse avec difficulté.

Les trois amis reviennent à leur hôtel en taxi avec Pearl, Mary et une jeune japonaise qui intéresse Archie. Gus passe commande de whisky. Harry, épuisé, sanglote sur son lit, Pearl le masse et le conduit dans sa chambre.

Gus conduit Mary dans la sienne. Elle le trouve compliqué avec le sans gêne des Américains, leurs grandes tapes dans le dos et les serments d'amitié. Cette relation amoureuse agressive se traduit par un pugilat mi consenti sur le lit où Gus obtient deux baisers non sans difficultés. Archie est gêné par le mutisme de la Japonaise. Quand, elle prend l'initiative, il la repousse. Il se met en colère et la laisse en pleurs. Harry a fait l'amour avec Mary, il se sent maintenant déloyal, comme si son cœur se brisait.

A une heure de l'après-midi, Gus et Mary prennent un petit déjeuner dans un café où un taxi les a conduits sous la pluie. Leur conversation aboutit à des impasses successives, de "je hais les femmes agressives"... Ce n'est pas la nuit avec toi qui m'épuise, mais le matin". Elle lui renvoie leur différence de taille. Il voudrait juste qu'elle soit charmante. Elle s'enfuit sous la pluie. Archie veut se montrer prévenant avec Pearl et lui chercher un taxi mais elle s'enfuit aussi sous la pluie.

Gus et Archie se retrouvent à l'hôtel. Gus craint de se trouver égoïste et Archie tente de se persuader qu'il aime la Japonaise. Ils conviennent qu'ils feraient mieux de rentrer. Ils sont pourtant stupéfaits de voir que Gus a ramené dans sa chambre trois femmes rencontrées dans un salon de thé. Archie avoue à Diane qu'il est de Port Washington sur Long Island. Les trois hommes s'avouent mariés. Harry affirme pourtant "Je me fous de tout. Je n'ai plus peur de rien". Il reste en Angleterre.

Archie et Gus reprennent le chemin de la maison non sans avoir oublié les cadeaux pour femme et enfants. La petite fille de Gus pleure d'émotion en voyant son père. Son garçon, tout en le prévenant qu'il va se faire sonner les cloches, est content de son retour. Gus rentre chez lui.

"Une comédie sur la vie, la mort et la liberté" promet le carton du générique. C'est bien les limites de la liberté qui leur reste à vivre que vont tester Gus, Archie et Harry suite au décès prématuré d'un ami proche. Si le ton est plus proche de la comédie que du drame, c'est parce Cassavetes s'attache toujours à partir du détail, du petit côté de la lorgnette des comportements pour laisser son spectateur juger du degré d'empathie qu'il peut avoir avec ses personnages. Ce qui peut apparaitre comme des gamineries d'adultes attardés et désenchantés est souvent bien plus volontiers une tentative de tester une vie qui serait délestée du poids du mariage et de la paternité et vécue dans la seule sphère, plus légère et plus irresponsable, de l'amitié. Pour chacun des trois personnages, le test donnera des conclusions différentes au bout de leurs cinq jours de cavale.

Trois Américains des années 70

le film s'ouvre sur une série de photographies sur la bande-son de jours de fête au bord d'une piscine. Elle offre l'impression d'une vie heureuse d'américains de la bourgeoisie aisée. Cette image idyllique va être remise en cause par le décès de l'un des quatre mousquetaires de la petite bande.

Deux séquences permettent de décrire les métiers d'Harry et de Gus. Le premier est propriétaire d'une agence de publicité new yorkaise et le second dentiste. Archie dira à Diane, lors de leur second jour à Londres, qu'il habite Port Washington sur Long Island. Il est le voisin de Gus. Le second matin, Harry l'avait mis dans le même panier que Gus en leur disant qu'ils mettaient les mains dans les bouches de leurs clients. Il est donc probable que lui aussi soit dentiste. Les trois hommes voisins, sept enfants à eux trois et sportifs, se croisent aussi souvent dans la salle de sport où ils ont l'intention de prendre le petit-déjeuner.

Chacun des trois assume plus ou moins ses frustrations. Gus est heureux en ménage avec une femme qu'il appelle au téléphone pour lui donner son passeport et dont il s'amuse de la jalousie... et qui lui sonnera les cloches en rentrant. Gus est frustré de sa petite taille qui l'a empêché d'être basketteur professionnel. A 25 ans, il savait déjà qu'il ne serait pas un athlète professionnel ; à 30 ans il guettait la chute des autres à et 35 ses jambes font mal. On notera que, lors de belle séquence de basket filmée en un unique plan séquence, Cassavetes et Falk ratent deux paniers mais en réussissent six de suite dont cinq par Cassavetes. C'est aussi une histoire de taille qui opposera Gus à "la grande Mary" mais il s'agira là toutefois d'un prétexte pour ne pas aller plus avant. Des trois personnages, c'est Gus, l'Américain d'origine grecque, le plus lucide, léger et finalement toujours heureux. Le film se termine sur lui assumant son rôle de mari.

Archie soufre bien davantage, n'ayant pas le charisme d'Harry ou Gus ; même en amitié, il est le troisième homme. Dès l'enterrement, il a l'impression de jouer un rôle : "le mensonge et les nerfs tuent plus souvent que le cancer et le cœur". Plus tard il s'interroge : "On est sur terre pour ressentir quoi ? Pas de culpabilité mais pour voir la vie du bon côté quand c'est possible". Cet optimisme de façade est mis en péril par une frustration fondamentale. Arrivé à Londres, il a révélé être lent en amour. Autrement dit, il ne désire plus sa femme. Sa relation compliquée avec la jeune japonaise dit aussi son peu de goût pour la sexualité.

Harry est confronté à une situation bien plus difficile encore parce que nettement plus conflictuelle. Sa femme veut divorcer et en est arrivée à le haïr. Il la désire mais semble rechigner de plus en plus à entrer dans le moule d'un mari sans sexualité qu'elle supporterait peut-être. Sa situation est laissée en suspens à la fin du film. Harry en contemplant son passeport avait dit "Tout rajeunit et on vieillit". Sans doute devra-t-il renoncer à une condition de mari qu'il aurait pourtant aimé maintenir.

Quand le corps bascule

Mari s'assumant, mari frustré ou mari rejeté, chacun des trois amis se trouve ainsi dans une situation bien différente que la caméra ne révèle qu'en creux tant elle s'attache à les réunir dans le plan. C'est en 1970 que John Cassavetes réunit pour la première fois à ses côtés Peter Falk et Ben Gazzara et le film est aussi un documentaire sur leur amitié.

Aucun discours sur les désirs ou frustrations des personnages n'est tenu et c'est toujours dans l'action que la psychologie se révèle. L'action proposée n'est jamais spectaculaire et propose au spectateur de trouver la vérité des personnes lorsqu'ils vont jusqu'au bout de leur fatigue et de leurs propos. Ainsi de la longue et interminable beuverie où la violence et l'affrontement sont toujours susceptibles de survenir au sein du concours de chanson improvisé. La nuit se termine dans les toilettes de la brasserie où les deux plus faibles physiquement, Gus et Archie, vomissent et se liguent un temps contre Harry auquel Archie reproche son conformisme. Ainsi aussi de l'affrontement qui suit entre Harry et sa femme.

La caméra suit les corps, scrute les visages recherche l'intensité ou la rupture, le basculement possible. Gus avait dit à Mary : "Tu es cinglée, mais j'aime les cinglés. Moi aussi je suis cinglé". C'est du surgissement inattendue de la vérité, du quelque chose qui dépasse la relation stéréotypée qu'appelle chacune des séquences du film.

Le film, version longue

La "version longue" proposée par Wild Side video dans le coffret collector ci-dessous n'est, en fait, que l'incorporation de dix minutes supplémentaires dans la longue scène de beuverie qu'est le concours improvisé de chansons.

Cassavetes coupe lorsqu'Archie s'écroule après avoir enlevé sa chemise tant il veut faire taire la chanteuse de "It was just little love affair" en promettant de se mettant nu si elle continue. Dans la scène coupée, Archie se relève non sans avoir noté "J'ai pété ma braguette" et le concours continue, de plus en plus violent avec la chanteuse : elle est embrassée sur la bouche, invitée à fumer le cigare, puis son visage est pressé par la main de Harry pour l'empêcher de continuer à chanter. Le concours se poursuit avec un homme qui chante "J'ai construit un train et je l'ai lancé", chanson irlandaise sur la crise. Ce chanteur, Red, est déclaré vainqueur du concours lorsqu'il improvise une petite chanson sur son quartier d'origine, Brooklyn. Comme dans la version cinéma retenue, la séquence est interrompue cut pour se retrouver dans les toilettes dont tout le début ne sera finalement pas retenu. Gus tousse et vomit dans les toilettes. Archie vomit et pète. Harry vient plusieurs fois s'enquérir de l'état de santé de ses amis.

L'intérêt de la scène coupée est certainement de montrer à quel point Cassavetes disposait de rushes supplémentaires qu'il n'a pas incorporé à ses films. Ceci fait écho au documentaire de Doug Headline présenté en bonus dans lequel Gina Rowlands se désole de n'avoir toujours pas rassemblé et conservé toutes les scène que son mari n'a pas monté dans ses films.

D'un strict point narratif, la scène coupée permet de comprendre que la beuverie est bien partie d'un concours de chansons (ce qui n'est dit que dans la partie retenue) et que Red en est déclaré vainqueur. On comprend mieux alors la présence de cet homme au sein du trio d'amis après la scène des toilettes, lorsque Harry tente vainement de téléphoner à sa femme.

Elle confirme aussi que Cassavetes procède par montage de scènes brutes sans trop se soucier des transitions. Coupée ou non la séquence dans les toilettes vient se coller sans transition à la séquence du concours qui la précède.

Jean-Luc Lacuve le 31/03/2012.

Test du DVD

Editeur : Wild Side Video, avril 2012. Master restauré. Coffret collector 3DVD. Anglais Mono - Sous-titres : Français. 25 €.

DVD1 : HUSBANDS - le film version courte. 2h06. DVD2 : HUSBANDS - le film version longue. 2h16. Suppléments sur DVD3 : Anything for John : documentaire inédit réalisé par Doug Headline sur John Cassavetes (1h30). Conversation entre Peter Falk et Al Ruban (36').

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Husbands
1970
Avec : Ben Gazzara (Harry), Peter Falk (Archie Black), John Cassavetes (Gus Demetri), Jenny Runacre (Mary Tynan), Jenny Lee Wright (Pearl Billingham), Noelle Kao (Julie). 2h18.
Genre : Drame psychologique
Voir : photogrammes
dvd