né en 1960
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Leos Carax, de son vrai nom Alex Dupont, est né à Suresnes le 22 novembre 1960. Il passe son baccalauréat avec succès en 1977. C’est vers l’âge de seize ans qu’il prend conscience de sa passion pour le cinéma. Dans un entretien accordé à Christian Feuret et Serge Kaganski (in “Les Inrockuptibles”, octobre 1991), il déclarait :

«J’ai très tôt aimé les femmes filmées. Mais le cinéma assez tard. Je n’ai pas de souvenirs d’enfance, mais il y en a quand même un… le soir où la speakerine a annoncé que l’actrice de “Chapeau melon et bottes de cuir” allait changer à partir de l’épisode suivant, je me rappelle avoir été d’une mélancolie totale, avoir pleuré… Plus tard, j’allais voir des Charles Bronson, des choses comme ça. Ensuite […] à seize ans, j’ai découvert d’autres films avec d’autres femmes. Et que, derrière l’écran, il y avait un type avec une machine. L’homme et la femme avaient un jour partagé ce que je voyais là, assis dans mon fauteuil, tout seul. C’était donc ça que je voulais faire, me lever, sortir du noir et partager.»

S’il fréquente assidûment la Cinémathèque française, le démon de la réalisation le hante. Un travail de coursier lui permet d’acheter une caméra Bolex 16 mm. Il imagine de faire un film pour Florence, une fille du lycée qu’il a aimé, sans jamais avoir osé le lui dire. Le projet échoue dès les premières prises. Tourné au système D, la Fille rêvée voit son tournage avorté quand un projecteur explose, mettant le feu au restaurant utilisé pour une scène.

Parallèlement, Leos Carax assiste aux projections gratuites des facultés de Paris. Le critique Serge Daney, alors professeur à Censier-Paris III, le remarque bien qu’il ne soit pas inscrit aux cours. Il lui propose d’écrire. Collaborateur aux “Cahiers du Cinéma” en 1979, Carax écrit de nouveaux scénarios. L’un d’eux, Strangulation blues, reçoit l’Aide au Court Métrage. Il le réalise en 1980. Sélectionné dans de nombreux festivals de 1981 à 1982, son premier film remporte plusieurs prix. Ces récompenses lui valent une certaine notoriété : elle lui ouvre les portes d’une petite maison de production, Abilène, qui accepte de produire Boy meets girl, un long métrage. Le film est présenté au Festival de Cannes en 1984.

Devant le succès critique, ses producteurs lui font de nouveau confiance. Dans un secret quasi absolu, avec pour acteurs, Juliette Binoche, Michel Piccoli et Denis Lavant, Leos Carax tourne Mauvais sang. À sa sortie, le 26 novembre 1986, l’accueil est enthousiaste et certains critiques ne tardent pas à voir en lui un nouvel “auteur”, tel Serge Toubiana, rédacteur en chef des “Cahiers du Cinéma” : «Le travail sur l’image dans Mauvais sang est d’une invention extraordinaire. On dirait que toutes les images du film sont hantées par les fantômes du grand cinéma» (in “Le Matin”, mercredi 26 novembre 1986). Carax fait quelques apparitions comme comédien pour Philippe Garrel (Les ministères de l'art, 1986) et Jean-Luc Godard (KING LEAR, 1987).

À l’automne 87, “ses” producteurs, Philippe Diaz et Alain Dahan, annoncent le premier tour de manivelle des Amants du Pont-Neuf pour le début de l’année à venir. C’est alors que les problèmes se succèdent. Pour les besoins du film, il faut reconstruire le Pont Neuf à Lansargue, près de Montpellier. Denis Lavant se sectionne le tendon du pouce. Les retards s’accumulent. La production s’arrête en décembre 1988. Le tournage reprend en juillet 1989, grâce à un nouveau partenaire, le milliardaire Francis van Buren. Un mois après, il renonce lui aussi. Le producteur Christian Fechner reprend le projet de Carax à son tour… en août 1990. Le 8 mars 1991, Les amants du Pont-Neuf est enfin terminé. Il sort en salles en octobre 1991. L’accueil critique estt très mitigé. Son budget, initialement fixé à 32 millions, dépasse les 100 millions de francs et le film est un échec commercial réalisant moins de 900 000 entrées.

L’image d’un cinéaste maudit, mystérieux, solitaire et renfrogné, fuyant aussi bien les médias que le public, colle au personnage de Leos Carax. Pourtant, Jean François Kervéan, en reportage sur le tournage des Amants du Pont-Neuf écrivait : “Carax (…) n’est pas le Petit Chose qu’on pourrait croire. Rien que le choix de son pseudonyme laisse songeur. Une amie à lui […] me révèle le pot aux roses. Leos Carax : LE / OS-CAR / AX : l’Oscar pour Alex, son petit nom. Plus qu’un plan de carrière, un sacerdoce vers la gloire. Carax veut l’Oscar”. (in “Globe”, 4 novembre 1990)

En 1997, dans un court métrage de neuf minutes sans titre, il donne de ses nouvelles à l'occasion du cinquantième anniversaire de Cannes. Pola X (1998), adaptation sombre, violente et crue du Pierre ou les ambiguïtés d'Herman Melville, loin de remonter sa côte commerciale, déclenche une vive polémique au festival de Cannes, où Carax se fait siffler. Pola X achève néanmoins de consacrer Carax comme un auteur majeur, dont la réputation se nourrit d'un romantisme secret et d'une exigence à contre-courant de l'époque.

En 2008, il répond à la demande de participer au film collectif Tokyo. Pour jouer Merde, il a fait appel à son acteur fétiche Denis Lavant qu'il dirige ici pour la 4ème fois.

 

Filmographie :

1984 Boy meets girl

Avec : Anna Baldaccini (Florence), Carroll Brooks (Helen), Frédérique Charbonneau (l'interprete), Christian Cloarec (Thomas). 1h40.

Une nuit, sur les quais de Seine à Paris. Tandis qu'une femme rompt avec son mari en jetant toutes ses toiles à l'eau, Alex entreprend son meilleur ami, Thomas, sur sa rupture avec Florence, qui l'a abandonné sans crier gare pour ce dernier ; désespéré, Alex tente d'étrangler Thomas...

   
1986 Mauvais sang

Avec : Michel Piccoli (Marc), Juliette Binoche (Anna), Denis Lavant (Alex), Hans Meyer (Hans), Julie Delpy (Lise). 2h05.

Marc et Hans sont deux gangsters déjà usés, qui repensent avec nostalgie à leurs "coups" des années cinquante, à la bande qu'ils formaient alors avec Charlie et d'autres... Au moment où ils entrent en scène, ils doivent en principe participer à une opération pour le compte d'un laboratoire chimique étranger : celui-ci veut voler à ses concurrents français une formule qui doit permettre de venir à bout d'une nouvelle maladie, le STPO...

   
1991 Les amants du Pont-Neuf

Avec : Juliette Binoche (Michèle Stalens), Denis Lavant (Alex), Klaus-Michael Gruber (Hans). 2h05.

Alex, jeune clochard dans Paris, est, une nuit, ramassé par les "bleus" et conduit, avec d'autres miséreux, au centre d'accueil de Nanterre, le pied écrasé par une voiture. Soigné, boitant sur une béquille, il revient squatter sur le Pont-Neuf, fermé à la circulation pour cause de réfection des piliers. Au matin, lui et son seul compagnon, le vieux Hans, trouvent une jeune femme, endormie elle aussi sur le pont. Michèle, privée d'un œil et certaine de perdre l'autre, craint de ne plus pouvoir exercer son art de peintre..

   
1999 Pola X

Avec : Guillaume Depardieu (Pierre), Yekaterina Golubeva (Isabelle), Catherine Deneuve (Marie), Delphine Chuillot (Lucie). 2h14.

Tout se déroule harmonieusement pour Pierre, fils de bonne famille vivant aux côtés d'une mère qu'il vénère et appelle " sœur Marie ", dans le domaine normand de son père, un diplomate mort il y a quelques années. Il est écrivain et a déjà publié sous pseudonyme un livre à succès...

   
2008 Merde

Second court-métrage du film collectif Tokyo! Avec : Denis Lavant (Merde), Jean-François Balmer (Maître Voland).

Une ignoble créature sème la panique et la mort dans les rues de Tokyo. Les media la surnomment “La Créature des Égouts”. L'armée finit par la capturer. Il s'agit d'un homme, d'une civilisation inconnue, qui se fait appeler Merde. Son procès déchaîne les passions.

   
2012 Holy Motors

Avec : Denis Lavant (M. Oscar), Edith Scob (Céline), Eva Mendes (Kay M.), Kylie Minogue (Eva Grace), Elise Lhomeau (Léa). 1h55.

De l'aube à la nuit, quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille... M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier - mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l'immense machine qui le transporte dans Paris et autour.

   
   
   

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