1933

Juste après le générique, un carton situe la région où fut tourné le film, du 20 avril au 24 mai 1932 :

"Cet essai cinématographique de géographie humaine a été tourné en 1932, peu de temps après l'avènement de la République Espagnole. De l'avis des géographes et des voyageurs, la contrée que vous allez visiter, appelée "Las Hurdes" est une région stérile et inhospitalière, où l'homme est obligé de lutter, heure par heure, pour sa subsistance. Jusqu'en 1922, année où la première route y fut tracée, "Las Hurdes" étaient presque inconnue du reste du monde et même des habitants de l'Espagne".

Nous traversons d'abord La Alberca où nous assistons à une "fête étrange et barbare. Devant la population rassemblée, les hommes les plus récemment mariés doivent, chacun, arracher la tête d'un coq". Puis, dans la vallée des Batuecas, nous remarquons le grand nombre d'édifices religieux avant d'arriver aux Hurdes dans les villages desquels "détail curieux, nous n'avons jamais entendu une chanson". La misère y est grande. Pas d'eau ou presque: "le ruisseau sert à tous les usages" et le pain y est presque inconnu. Et cependant, à l'école: "à ces enfants affamés, on apprend comme partout ailleurs, que la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. La majeure partie des habitants sont malades. Le goitre est la maladie spécifique des Hurdes Hautes" . Nourriture rare, haricots, pommes de terre, porc ou chèvre. Des ruches produisent également un miel très amer et parfois les abeilles s'attaquent aux animaux mais aussi aux hommes. La terre est très aride et produit peu au prix d'un énorme travail. La sécheresse favorise la transmission du paludisme et il n'est pas rare que des villages entiers soient atteints. "Les nains et les crétins sont en grand nombre". Quant à la mort, dont une vieille en prière dit: "Il n'y a rien qui ne tienne mieux en éveil que de penser toujours à la mort" elle est un problème car nombre de villages des Hurdes n'ont pas de cimetière. Nous assistons au transport, sur plusieurs kilomètres, du cadavre d'un enfant. "La seule chose luxueuse que nous avons rencontrée aux Hurdes, ce sont les églises".

Dans une région montagneuse particulièrement deshéritée, Luis Bunuel filme la vie misérable des habitants. Cet "essai cinématographique de géographie humaine" fit scandale et fut interdit jusqu'en 1937. Le gouvernement républicain lui reprochait de donner une image pitoyable de l'Espagne.

Pourtant même si le constat débouche sur des visions dignes de Goya, jamais Bunuel ne se délecte de l'atrocité qu'il montre : un bébé meurt sous les yeux de sa mère, un âne est dévoré par les ruches qu'il transporte...

 

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Genre : Documentaire ethnographique
Terre sans pain