Whatever works

2009

Avec : Larry David (Boris Yellnikoff), Evan Rachel Wood (Melody), Patricia Clarkson (Marietta), Willa Cuthrell-Tuttleman (Enid), Carolyn McCormick (Jessica), Henry Cavill (Randy James), Ed Begley Jr. (John), John Gallagher Jr. (Perry), Conleth Hill (Léo Brockman), Lyle Kanouse (Ed, un ami de Boris). 1h32.

Boris Yellnikoff est un génie de la physique qui a raté son mariage, son prix Nobel et même son suicide. Désormais, ce brillant misanthrope vit seul, jusqu'au soir où une jeune fugueuse, Melody, se retrouve affamée et transie de froid devant sa porte. Boris lui accorde l'asile pour quelques nuits.

Rapidement, Melody s'installe. Les commentaires cyniques de Boris n'entament pas sa joie de vivre et peu à peu, cet étrange couple apprend à cohabiter. Malgré son esprit supérieur, Boris finit par apprécier la compagnie de cette simple jeune femme et contre toute attente, ils vont même jusqu'à se marier, trouvant chacun leur équilibre dans la différence de l'autre.

Un an plus tard, leur bonheur est troublé par l'arrivée soudaine de la mère de Melody, Marietta. Celle-ci a fui son mari, qui l'a trompée avec sa meilleure amie. Découvrant que sa fille est non seulement mariée, mais que son époux est un vieil excentrique bien plus âgé qu'elle, Marietta s'évanouit. Pour détendre l'atmosphère, Boris emmène Melody et sa mère au restaurant avec un ami, Leo Brockman. C'est le coup de foudre entre Leo et Marietta. Marietta va découvrir avec Leo une nouvelle vie et s'épanouir en tant qu'artiste.

Marietta se met en tête de pousser Melody dans les bras d'un jeune homme qu'elle a rencontré au restaurant, Randy Lee James. Peu à peu lassée des colères et du pessimisme de Boris, Melody se sent attirée par Randy.

Les choses se compliquent encore lorsque John, le père de Melody et le mari de Marietta, arrive à son tour pour récupérer sa femme et sa fille.

John découvre tout à coup dans un bar qu'il est un homosexuel refoulé et s'éprend de l'homme qui lui a procuré cette révélation.

Boris se suicide à nouveau mais s'écrase sur une femme médium qui amortit sa chute et tombe amoureuse de lui. Pour le nouvel an, tous se retrouvent à la fois amis et en couple.

Boris, génie de la théorie globale, sait que les spectateurs le regardent et espère que nombreux ont été ceux qui sont restés jusqu'à la fin du film.

En une heure trente, Allen défait trois couples (celui de Boris et de sa première femme, de Boris et Melody de Marietta et John) et en construit quatre (celui de Melody et Randy, le ménage à trois de Marietta, celui de Boris et de la medium et celui de John) avec une idéologie bien huilée : les couples bâtis sur de bonnes raisons ne marchent pas ; seul compte ce qui fonctionne et qui, probablement, relève de l'inconscient.

Cette idéologie qui en vaut bien une autre déroule ici une mécanique un peu folle qui frôle parfois le burlesque (Marietta et John) mais se contente souvent de jouer paresseusement sur le simple renversement des valeurs. C'est moins l'inconscient ou la singularité qui joue que l'opposition : l'hétéro de droite aime un homme de gauche, un vieux aime une jeune, une frustrée se libère dans un ménage à trois, un scientifique aime une médium

La mécanique auto-satisfaite manque de folie et s'épuise dans un happy end recentré sur les clichés qu'il faut accepter comme tel : le jeune couple de Mélody et Randy, la fête du jour de l'an.

Cette peur de la folie, qui est pourtant la base même de ce que défend Allen se retrouve même dans le bouclage du film entre deux adresses aux spectateurs. Tout cela est décidemment plus intelligemment travaillé que drôle ou émouvant.

Seule bonne pointe d'humour digne de Woody Allen, celle ironico-ethnique: "Les blancs n'aiment pas les noirs à cause de leurs gros pénis et les juifs à cause de leurs pénis".

Jean-Luc Lacuve le 13/07/2009