(1938-1973)
Land art

Auteur de nombreux textes critiques et théoriques largement diffusés par les revues d'art américaines, Robert Smithson s'est rapidement imposé dans l'histoire de l'art minimal et du Land Art au travers de quelques réalisations majeures, peu nombreuses (il meurt accidentellement à 35 ans) mais dont l'aura est considérable.

Gravier sur miroirs avec fissures 1968  
Spiral jetty 1970 Utah, Great Salt Lake
Broken circle 1971  

Smithson est né au New Jersey. Il étudie la peinture et le dessin dans la ville de New York. Après avoir eu son diplôme de l'Art Student's League en 1956, il s'inscrit à la Brooklyn Museum School. D'abord orienté vers la peinture abstraite, il la délaisse pour se consacrer, dès 1962, à la sculpture. Celle-ci adopte rapidement des formes géométriques simples, en partie influencées par la cristallographie.

Asphalt Rundown est créée en 1969 à l'aide d'un camion chargé d'asphalte qui s'est rendu aux environs de Rome et qui y déchargea ensuite son contenu du haut d'une colline, donnant ainsi une importance aux qualités d'un matériau qui l'intéressait beaucoup  : l'asphalte. Pour Smithson, ce dernier matériau qu'est l'asphalte représentait une sorte de piège pour capter l'énergie et par conséquent, les routes et les autoroutes avec ce matériau se transformaient en un lieu de passage, en voie entropique qui permet un flux continu de personnes et d'engins. Il y a aussi un rapport direct au dripping de Jackson Pollock dans ses peintures car le dripping pictural de ce peintre le portait à son point extrême de monumentalité. Smithson cherche la désintégration, le glissement, la coulée, l'avalanche, le flot. Le paysage est toujours entropique pour lui parce que son intérêt est fixé sur la localisation des zones industrielles abandonnées et désolées. Son intérêt est particulier pour les mines souterraines ou à ciel ouvert et aux carrières. Les différents matériaux utilisés sont la boue, le fumier, l'asphalte, le béton et la glace parce qu'ils sont très lent lors de leur écoulement, résistent aux traînées faciles et aux taches molles et spongieuses (qui donnent l'idée de paresse) typiques des peintures de New York dans les années 1960.

Partially Buried Woodshed. Fait à l'université d'État de Kent dans l'Ohio, en janvier 1970. Vingt camions chargés de terre se sont déchargés sur une cabane abandonnée jusqu'à ce que la poutre centrale cède sous le poids de la terre. L'idée est que la nature reprend ses droits de façon complète sur l'homme, sur ses constructions par la destruction de quelque chose d'humain. L'idée de Smithson était de soumettre une colline déjà existante à la pression d'une coulée de boue, mais comme il faisait moins de dix degrés Celsius l'expérience a échoué. L'œuvre a depuis été démolie, ne laissant derrière elle que quelques restes de béton.


Spiral Jetty a été créé dès avril 1970 à Great Salt Lake dans l'Utah. Il a utilisé 292 automoteurs à dix roues qui ont porté la charge jusqu'au lac. 625 personnes ont déplacé 6 783 tonnes de terre. Les Caterpillar modèle 955 ont posé les roches déversées et les ont tassées dans les lignes directives de Smithson. Il y avait 500 mètres (1 500 pieds) du sommet de la crête jusqu'au bout de la boucle et environ 5 mètres (15 pieds) de large. Le remplissage a été assuré par 3 500 yards de grosses pierres et de terre pour faire la digue. La forme du travail a été influencée par le site, la forme en spirale de la jetée a été dérivée de la topographie locale, en relation avec un tourbillon mythique au centre du lac. La spirale reflète également la formation circulaire des cristaux de sel qui recouvrent les rochers. Au fur et a mesure elle s'efface sur la plage et dans une dizaine d’années elle ne sera plus visible.

Smithson était initialement attiré par ce site à cause de la couleur rouge du lac salé. Elle fut engloutie par une brusque montée des eaux en 1972. Le travail a été donc changé par son environnement, reflétant la fascination de Smithson pour l'entropie, l'inévitable transformation des forces de la nature. De temps en temps, Spiral Jetty émerge de l'eau, cette monumentale structure est un témoignage de la dominance de la nature sur l'homme. Spiral Jetty a été construit à l'aide de cristaux de sel, de roche et de boue.

Smithson montre un grand intérêt pour les problèmes d'échelle. Broken Circle, de même que Spiral Hill, ou que Spiral Jetty avant elles, supposent un point de vue en surplomb pour être vues dans leur ensemble. « La taille détermine un objet, mais l’échelle détermine l’art. (…) L’échelle dépend de la capacité de chacun à prendre conscience des réalités perceptives. Quand on refuse de dégager l’échelle de la taille, on reste avec un objet ou un langage qui apparaît certain. Pour moi l’échelle agit grâce à l’incertitude. » (Smithson). On remarque le jeu entre Broken Circle, invisible de loin pour qui se trouve à son niveau, et l'élévation de Spiral Hill.

Bien qu'elle ait d'abord été construite pour être temporaire, la population locale demande à ce qu'elle devienne permanente. Smithson rédige alors une série de recommandations afin que son œuvre survive correctement à l'épreuve du temps. Toutefois, elle n'a aujourd'hui plus la forme d'autrefois. L'eau du lac recouvre plus ou moins la jetée, alors que la colline de Spiral Hill est quant à elle recouverte de plantes persistantes.

Spiral Hill est une parodie de la tour de Babel. Elle a été faite à Emmen, pendant l'été 1971, en même temps que Broken Circle, auquel elle est intimement liée. Elle fait 23 mètres de diamètre à sa base. Les principaux matériaux qui la constituent sont : la terre, la terre arable noire et le sable blanc pour le chemin en spirale. La terre, matériau principal, est choisie pour sa charge symbolique archaïque. « Aussi le retour à la terre nourricière indique-t-il la résurgence d’un sentiment très archaïque. » Robert Smithson


Le 20 juillet 1973, Smithson meurt dans un accident d'avion au Texas tandis qu'il prend des photographies de son œuvre Amarillo Ramp, en cours de construction. Cette dernière sera achevée en moins d'un mois par sa compagne Nancy Holt avec l'aide de Richard Serra et Tony Shafrazi.