Annonciation

1470
L'annonciation (couronnement du Polyptique de saint Antoine)
Piero della Francesca , 1470
Huile et tempera sur panneau, 122 x 194
Galleria Nazionale dell'Umbria, Pérouse

Quelques années après avoir peint le Polyptique de saint Antoine, Piero della Francesca le termine en lui ajoutant une extraordinaire Annonciation.

L'absence d'unité de composition avec la partie centrale du polyptyque a conduit certains chercheurs à penser que Piero a simplement ajouté cette Annonciation à l'autel, beaucoup plus tard. Selon d'autres, l'ensemble du polyptyque dispose d'une unité structurelle : Piero a découpé la partie supérieure, à l'origine destinée à être rectangulaire, et l'a transformée en une sorte de couronnement.

Une fois de plus, Piero a réussi à surmonter les limites imposées par réticences de ses commanditaires à abandonner l'ancien goût artistique et nous donne l'un des plus parfaits exemples de l'utilisation de la perspective.

Daniel Arasse s'appuie sur les travaux de Thomas Parton pour affirmer que l'ange ne peut voir Marie. C'est le secret de l'incarnation caché dans le visible de l'annonciation. La colonne est en effet un des symboles les plus connus et traditionnels du Christ : Columna est Christus, "le Christ est une colonne". La colonne, c'est donc l'éternel en tant qu'il est déjà là. Piero trouve ainsi une autre solution que celle d'Ambrogio Lorenzetti qui avait aussi figuré par une colonne le secret de l'incarnation.

Pour l'historien d'art, la plaque de marbre, bien qu'au fond du tableau est peinte comme si elle était tout près. Elle fait surface, échappe à la profondeur de la perspective. Comme chez Domenico Veneziano, cette plaque figure le mystère de l'incarnation.

Piero della Francesca a ainsi figuré l'Incarnation : son secret avec la colonne cachée et son mystere avec la plaque de marbre qui est au fond.

Thomas Parton aurait démontré en analysant la perspective rigoureuse du carrelage que le faisceau de colonnes construit sur celui-ci empêche l'Ange de voir Marie car elle est cachée par un "massif de colonnes" derrière la première rangée.

On fera confiance au mathématicien pour sa démonstration validée par Daniel Arasse. A notre avis, il n'y a toutefois qu'une deuxième colonne cachée derrière la première de la seconde rangée. C'est une sorte de prtit retour, identique à celui que l'on voit à droite. L'important étant bien toutefois que le spectateur initié sache que la colonne cachée empêche l'ange de voir Marie.

 

Source : Daniel Arasse, Histoires de peintures, chap. 5 : Perspective et annonciation. Denoël, 2004.

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