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(1430-35 - 1495)
Gothique international
Marie Madeleine 1480 Amsterdam, Rijksmuseum
Annonciation avec Saint Emidio 1486 Caen, Musée des Beaux-arts

Originaire de Venise, frère aîné du peintre Vittorio Crivelli, il se forme à Padoue et travaille plus tard principalement dans le sud des Marches, devenant l'artiste actif le plus important du bassin adriatique de la période, à l'exclusion de la lagune vénitienne. Influencé par Donatello dans sa jeunesse, son art balance toujours entre la nouveauté de la perspective, un expressionnisme intense et un dessin incisif et nerveux d'une part, et d'autre part, avec l'usage de somptueux décors du gothique tardif, faits de marbres tachetés, de tissus précieux, de fruits, d'animaux et d'arabesques dorées.

Tout en restant par choix isolé des grands courants de l'art de la Renaissance qui traversent la péninsule, Crivelli se renouvelle sans cesse avec une originalité et une recherche formelle jamais interrompue. Ses recherches sont différentes de celles de ses contemporains, mais non moins complexes : il ne cherche pas le souffle atmosphérique de son compatriote Giovanni Bellini, mais tente d'insérer des moments de vérité, marquée dans un schéma archaïque et abstrait.

Comme un autre Vénitien transplanté dans les Marches, Lorenzo Lotto, Crivelli subit une éclipse dans l'historiographie artistique. Ignoré par Vasari, évoqué rapidement par les historiens vénitiens du XVIIe siècle, il faut attendre la fin du XVIIIe siècle qu'un jugement sur son œuvre voie le jour, par un personnage originaire des lieux où Crivelli travaillait, l'abbé Luigi Lanzi. Cette première reconnaissance arrive tardivement du fait de la localisation périphérique de ses œuvres, qui n'ont pas forcément été vues, même par un enquêteur comme Vasari. Au XVIIIe siècle, l'intérêt pour l'artiste ravive le marché des antiquaires : de fausses signatures sont ajoutées aux œuvres de son école et certains de ses polyptyques quittent les Marches après avoir été acquis par de connaisseurs comme le cardinal Zelada. De la fin du XIXe siècle à nos jours la critique a entrepris la reconstitution ses polyptyques démembrés. Ce sont surtout les Anglais qui manifestent le plus d'intérêt pour les œuvres de Crivelli et qui les achètent avant de les céder, en partie, à la National Gallery de Londres, où se trouve la plus grande collection des œuvres du peintre dans un musée, dans une salle entière de l'aile Sainsbury. Cette prééminence de Crivelli dans le monde anglo-saxon s'explique par la vague du goût pour le préraphaélisme : encore plus que les Florentins, Crivelli rassemble à lui seul, pour William Morris et ses partisans, toutes les composantes appréciées par ce mouvement, comme l'habileté de l'artisan, le goût décoratif, la nostalgie pour le gothique et le type de personnages, toujours en équilibre entre détachement vers un idéal et proximité humaine avec le spectateur.

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