Le mariage mystique de ste Catherine 1523 Bergame, Accademia Carrara
Le mariage mystique de ste Catherine 1524

Rome, Gal. Nationale d'art antique

Le portement de Croix 1526 Paris, Musée du Louvre
Autoportrait 1540 Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza
Présentation au temple 1555 Lorette, palais apostolique

Selon Vasari, Lotto, "ayant imité un temps la manière de Bellini, s'attacha ensuite à celle de Giorgione". Élève de Giovanni Bellini, il est aussi souvent présenté comme l’élève d’Alvise Vivarini dont il a retenu la sévère monumentalité dans ses premières œuvres.

Entre 1503 et 1504, il est documenté pour la première fois comme peintre à Trévise, où il exécute, en 1505, le Portrait de l’évêque Bernardo de Rossi, protagoniste de la vie culturelle trévisane. L’œuvre austère, exposée au Musée napolitain de Capodimonte, par sa plasticité et son sens aigu de la psychologie, trahit des influences antonellienne et nordique, tout en montrant une personnalité stylistique déjà formée. L’Allégorie du Vice et de la Vertu (National Gallery de Washington) décore le couvercle qui jadis protégeait le portrait.

Lui succéda le grand retable de l’église Santa Cristina al Tiveron, hameau de Quinto di Treviso, extraordinaire Sacra Conversazione de 1505, qui, prenant pour modèle le retable de San Zaccaria peint par Bellini, adopte une composition plus fermée.

Fort d’une notoriété acquise en peu de temps, le peintre est invité en 1506 dans les Marches par les dominicains de Recanati, avec lesquels il entretiendra sa vie durant de bons rapports. En 1508, il termine le grand polyptyque de l’église Saint-Dominique, désormais conservé à la pinacothèque communale. Après un bref retour à Trévise, en 1509, il est appelé à Rome par le pape Jules II pour participer à la décoration de ses appartements au Vatican

Sans doute l’impact de la cour pontificale où travaillaient Bramante, Michel-Ange et surtout Raphaël, aux côtés duquel il dut travailler, bouleversa le talentueux mais renfermé Lorenzo. Il quitte Rome en 1510 pour ne plus y revenir.

Son retour dans les Marches est documenté par un contrat signé le 18 octobre 1511 avec la Confraternita del Buon Gesù de Jesi, pour une Déposition destinée à l’église de San Floriano et désormais exposée à la pinacothèque locale.

Les chefs-d’œuvres de Bergame

Avec le déménagement à Bergame, en marge du débat intellectuel des centres majeurs, les inquiétudes couvées à Rome et exprimées dans les peintures des Marches s’apaisent. Lotto est désormais libre de s’exprimer dans ce que l’on peut appeler un art provincial, choix qui s’avéra perdant face au grand mouvement romain. L'artiste, stimulé aussi par les commandes locales, tenta une synthèse entre l’art "nouveau " vénitien et la tradition lombarde avec les œuvres de Gaudenzio Ferrari et peut-être aussi du Corrège. Certainement, il approfondit sa connaissance de l’art nordique, en particulier celui d’Hans Holbein, par l’étude des gravures.

Le siège impérial de Bergame ralentit d'abord sa production, il termine le grand retable Martinengo, commandé en 1513 pour l’église Saint-Étienne et Saint-Dominique seulement trois ans plus tard. Mais il peint ensuite beaucoup notamment Suzanne et les vieillards (Offices, 1517), L’Adieu du Christ à sa Mère (Berlin, 1521). Dans le Retable de Saint Bernardin (1521), la Madone et l’Enfant, à l’ombre d’un rideau tendu par quatre anges, peints en fort raccourci, sont entourés des saints Joseph, Bernardin, Jean-Baptiste et Antoine

En 1524, Lotto reçoit du comte Giovan Battista Suardi, membre d’une famille aux sympathies protestantes, la tâche de décorer l’oratoire privé annexé à leur villa de Trescore Balneario.

La décoration, exécutée au cours de l’été 1524, comprenait le plafond, peint à fresque avec une pergola en trompe-l’œil où s’ébattent des putti, le mur principal avec l’Histoire de sainte Catherine et sainte Madeleine et les deux murs latéraux avec, d’un côté, l’Histoire de sainte Brigide et de l’autre, l’Histoire de sainte Barbe ; le programme iconographique célèbre la victoire du Christ sur le Mal, annoncée par les prophètes et les sybilles, et confirmée par la vie des saints.

L’hostilité vénitienne

En 1525, Lotto retourne à Venise, mais conserve des commandes à Bergame et dans les Marches. Dans L’Annonciation peinte pour l’église Santa Maria dei Mercanti à Recanati, aujourd’hui au musée Villa Coloredo Mels, Lotto renverse l’interprétation du thème proposée par Le Titien dans l’Annonciation de Trévise. Argan dira ainsi :

"La Vierge du Titien est une reine en prière qui se tourne noblement pour recevoir en son palais le messager divin. La Vierge de Lotto est une brave fille ; le messager la surprend pendant qu’elle prie dans sa chambre ; elle n’ose même pas tourner la tête ; son geste, presque de défense, est celui de qui se sent touché au cœur par un appel soudain.
Le miracle est si concret que le chat l’aperçoit et s’échappe. Pour rendre ce miracle palpable, le Père éternel est mis en scène donnant l’ordre à l’ange d’entrer. Le messager divin surgit au beau milieu d’un flot de lumière dont on ne sait si elle est naturelle ou céleste. Nous avons déjà vu quelque chose de similaire dans le Songe de sainte Ursule de Carpaccio. C’est tout le sens de cet intérieur dont la pénombre s’oppose au jardin lumineux. Les formes régulières de ses arbres, de même que, dans la pièce, le grossier tabouret, l'essuie-main suspendu, le chandelier sur l’étagère, la console éclairée par le rais de lumière tombant du fenestron tout confère des accents quattrocentistes à l’œuvre."

Le Saint Nicolas en Gloire, de 1529, premier retable peint à Venise, pour l’église du Carmine, est considéré par Ludovico Dolce, le biographe de Titien, comme étant de médiocre coloris. Lui échappait alors la nouveauté du paysage, un nocturne très moderne, vu en contre-plongée.

De Bergame lui vint la commande de dessins pour la décoration du chœur de l’église Sainte Marie Majeure, marqueteries exécutées par Giovan Battista Capoferri. Lotto fournit une cinquantaine de cartons pour le transept et les stalles du chœur, où il représente des épisodes de l’histoire biblique avec efficacité et sens de la synthèse. Fortement suggestifs, les panneaux destinés à protéger les marqueteries du chœur témoignent de l’intrication de la religion et de la culture alchimique, procédé typique du Cinquecento. Les « imprese hiéroglyphiques » que Lorenzo dessina sur les conseils des érudits bergamasques du Consortium de la Miséricorde, dévoilent les correspondances latentes entre les différents épisodes bibliques et la vérité ésotérique, tirée du savoir alchimique.

Dans la grandiose Crucifixion de Monte San Giusto, peinte en 1531, il réaffirme sa conception de la représentation populaire du fait religieux, qu’il dramatise jusqu’à anticiper Le Caravage; en 1532, il envoie à la confraternité de Santa Lucia de Jesi la Sainte Lucie devant le juge, exemple de colorisme brillant et de composition animée, où une lumière changeante s’attarde sur les détails d’une manche gonflée, d’un chapeau traînant sur le sol, de la baguette impuissante du juge, et sur les diverses expressions des personnages.

Entre 1534 et 1539, Lotto est à nouveau dans les Marches : il y invente, pour les dominicains de Cingoli, une très complexe et joyeuse Madone du Rosaire. Derrière la Vierge, enfermés dans quinze tondi, il représente les Mystères du Rosaire. À ses pieds, il peint trois angelots répandant des pétales de roses.

De retour à Venise, au faîte de la gloire maniériste du Titien, il réalise en 1542 pour l’église de Saint-Jean et Saint-Paul un Saint Antonin faisant l’aumône.

Les dernières années

Le dernier retable peint à Venise est la Madone et les saints de l’église San Giacomo dell’Orio, de 1546, année où il rédigea son testament. En 1548, Pierre l'Arétin lui envoie une lettre, teintée de son habituelle ironie, dans laquelle il vante la supériorité du Titien?: « (…) être dépassé dans le métier de peindre ne peut se comparer au fait de ne point trouver son égal en matière de dévotion. Ainsi, le ciel vous récompensera d’une gloire qui dépasse la louange de ce monde » .

Des soupçons de luthéranisme pèsent alors sur lui. Après avoir vendu ses quelques biens, il retourne définitivement en 1549 dans les Marches. En 1550, il peint à Ancône, pour l’église de saint François, une Assomption ; pour gagner un peu d’argent, il organise une loterie dont les prix sont ses peintures et dessins invendus. En 1552, il entre à la Santa Casa de Lorette, où il est fait oblat, deux ans plus tard.

La présentation au Temple, du palais apostolique de Lorette, peinte d’une main tremblante, comme toujours sans aucune rhétorique mais riche d’une pénétrante émotion, est sa dernière toile : à droite, pointe la figure d’un vieillard à longue barbe dans laquelle on a voulu voir le dernier salut du peintre.

 

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