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au Musée de Normandie de Caen
18 decembre 2021- 21 aout 2022
9h30-12h30 / 13h30-18h en semaine , 11h-18h samedis, dimanches, jours fériés.
Entrée gratuite pour les -26 ans, et le 1er week-end de chaque mois pour tous.

Près de 700 longs métrages de fiction constituent le corpus de films tournés en Normandie des débuts du cinéma à 2020. Diversité des paysages (littoral et arrière-pays), riche patrimoine, lieux de mémoire des évènements de la Deuxième Guerre mondiale, authenticité de lieux, lumière particulière immortalisée par les impressionnistes depuis le XIXe siècle, proximité de Paris sont autant d’atouts prisés par les réalisateurs. Cinéastes français et étrangers ont investi la Région. Citons par exemples Marcel Carné, Claude Chabrol, Claude Lelouch, Jean Renoir, François Truffaut, François Ozon, Steven Spielberg ou encore Wim Wenders.

L’exposition Action ! Le patrimoine normand au cinéma propose de révéler la diversité du patrimoine normand - naturel et monumental - tel qu’il apparaît dans le cinéma avec 150 films évoqués par des extraits de films, photogrammes, affiches, maquettes de décor, photographies de tournage, scénarii, documents d’archives de sociétés de production (feuille de service, courrier, cahier et notes de réalisateurs),permettront de (re)découvrir la variété du patrimoine normand connu ou moins connu : patrimoine industriel ou de la villégiature, architecture rurale ou de la Reconstruction…

L'exposition présentée au musée de Normandie, dirigé par Jean-Marie Levesque en partenariat avec l’Inventaire général - Région Normandie avec le soutien du Département du Calvados et de la Région Normandie. Le commissariat est assuré par Sandrine Berthelot, Emmanuel Luis, assistés de Charlotte Lecène.

Lieux de tournage en Normandie
Musée de Normandie, Hervé Chéri pour l'exposition Action! Le patrimoine normand au cinéma (décembre 2021-auut 2022)

1 - Les paysages naturels

La Normandie est connue pour la diversité de ses paysages naturels : bord de mer, falaises, paysages de bocage, zones boisées, plaine, marécage… Deux espaces géographiques ont particulièrement suscité l’intérêt des réalisateurs : La Hague, à la pointe du Cotentin, et la côte d’Albâtre, dans le pays de Caux.

La Hague est perçue comme un espace préservé, hors du temps. Champs donnant sur la mer, petits murets en pierres, baie d’Écalgrain ou de Quervière séduisent les cinéastes, tels Robert Enrico (Les Caïds, 1972) ou Pierre Granier-Deferre (L'étoile du Nord 1982). Elle est aussi choisie pour incarner d’autres contrées : Pays de Galles ( Les deux anglaises et le continent (François Truffaut, 1971), Dorset (Tess, Roman Polanski), Écosse (Un bon petit diable, Jean-Claude Brialy). Pour Tess, sorti en 1979, Roman Polanski était à cette époque accusé de viol sur mineur aux États-Unis et était menacé d'extradition depuis l'Angleterre. Ainsi, bien que le film se déroule en Angleterre, il a été tourné en France : en Normandie, dans les paysages du Cap de la Hague ainsi qu'en Bretagne.

La côte d’Albâtre est constituée de hautes falaises crayeuses entrecoupées de valleuses et de ports. Ces paysages majestueux ont été à maintes reprises portés à l’écran : Le fils du requin (Agnès Merlet), Ma bonne étoile (Anne Fassio), La disparue de Deauville (Sophie Marceau) ou encore On voulait tout casser (Philippe Guillard). Mais ce sont bien les portes d’Amont et d’Aval ou l’Aiguille d’Étretat, cadre des aventures d’Arsène Lupin dans les romans de Maurice Blanc, qui fascinent les réalisateurs.

 

Tess de Roman Polanski

 

2 - Partir-Revenir

Les gares SNCF- Les gares maritimes

L’adaptation de La bête humaine d’Emile Zola par Jean Renoir a fait entrer la Pacific 231 conduite par Jean Gabin, les ponts et les gares de la ligne Paris-Le Havre parmi le patrimoine cinématographique des Français. La gare d’Acquigny n’a pas connu la même postérité, alors que le tournage en 1965 du film Le train (John Frankenheimer) en présence de stars comme Burt Lancaster ou Michel Simon avait mobilisé de nombreux figurants locaux. Lieu de passage souvent saisi en quelques plans extérieurs, la gare a pu inspirer au cinéma quelques scènes fortes comme la séparation de Geneviève (Catherine Deneuve) et Guy (Nino Castelnuovo) sur le quai de Cherbourg (Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy) ou une fusillade dans le hall des voyageurs de la gare de Trouville-Deauville (Légitime violence, Serge Leroy).

Ils ont été des milliers à affluer dans les gares transatlantiques de Cherbourg et du Havre en quête d’évasion, si bien qu’au gré d’une série de films, des Cinq sous de Lavarède (Maurice Cammage) au Cerveau (Gérard Oury), une histoire de la gare transatlantique du Havre et des grands paquebots français se dessine en arrière-plan.

Aux côtés d’importantes villes portuaires comme Dieppe, Port-enBessin (Angèle et Tony, Alix Delaporte) ou Honfleur et son bassin Sainte-Catherine, le cinéma a su faire une place à des sites modestes mais pittoresques comme ceux de Goury ou du Becquet (Une vie, Alexandre Astruc)

Le magasin où sont vendus Les parapluies de Cherbourg, (Jacques Demy, 1966) à l'époque une quincaillerie, se situe rue du Port. La station service aujourd'hui abandonnée se situe quai Alexandre-III. De l'alun en poudre a été utilisé pour imiter la neige. La gare de Cherbourg a été transformée depuis le tournage.

Dans La Marie du port (Marcel Carné, 1950) La brasserie et le cinéma de Cherbourg dont Châtelard est le propriétaire sont figurés par le Café du Grand balcon et le cinéma Le Central, situés à proximité du Pont-Tournant.

3- Les ouvrages de défenses

Le littoral a constitué aux XVIIIe et XIXe siècles un espace de surveillance ponctué de défenses fortifiées érigées notamment sous Napoléon, face à l’ennemi héréditaire anglo-saxon. La grande rade artificielle de Cherbourg apparaît souvent, les réalisateurs valorisant davantage la digue de Querqueville avec le Fort Chavagnac à l’Ouest (Milla, Valérie Massadian) et celle de Collignon à l’Est avec le Fort de l’île Pelée (Poissonsexe, Olivier Babinet). À l’est de la rade, le fort du cap Levi à Fermanville a été retenu par Jean-Pierre Mocky pour plusieurs scènes de son film La candide Madame Duff.

Le cinéma n’oublie pas les constructions fortifiées réalisées sous la direction de Vauban, ingénieur militaire sous Louis XIV : tours de Saint-Vaast-la-Hougue (La Marie du port, Marcel Carné) et de Tatihou (Marguerite et Julien, Valérie Donzelli), cabane de Géfosse-Fontenay (La Horse, Pierre Granier-Deferre) ou encore petite tour à canon de Port-en-Bessin (Le Jour le plus long, Darryl F. Zanuck).

Les phares et fanaux installés aux extrémités des jetées, si nombreux sur le littoral normand, apparaissent le plus souvent à l‘écran comme élément du décor naturel. Parmi les plus filmés, ceux de Fécamp (Les hommes préfèrent les grosses, Jean-Marie Poiré) et de Goury (L’Etoile du Nord, Pierre Granier-Deferre). À de très rares occasions, les cinéastes les ont tout particulièrement magnifiés, comme celui de Gatteville, repaire de Richard Bohringer dans Diva (Jean-Jacques Beineix)

 

4 - L'appel du rivage

La rencontre de Jean-Louis (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Anouk Aimée) à Deauville dans Un homme et une femme (Claude Lelouch) a durablement placé cette station balnéaire en haut de l’affiche. Régulièrement recherchée pour ses équipements d’exception - casino, bains pompéiens bordés par la promenade des Planches ou Hôtel Normandy (Hôtel Normandy, Charles Nemes), elle est pourtant loin de résumer la richesse du patrimoine de la villégiature de la région et le regard que le cinéma lui a accordée.

Les fronts de mer dotés de nombreuses villas à Trouville et Houlgate (Un singe en hiver, Henri Verneuil), l’ensemble composé par le Grand Hôtel, le casino et la promenade Marcel Proust à Cabourg (La dentellière, Claude Goretta) ont attiré nombre de réalisateurs.

Sur la côte d’Albâtre, les façades maritimes ont souffert des bombardements mais les ports et les valleuses encaissés entre les falaises offrent des points de vue magnifiques sur Étretat (Les souvenirs, Jean-Paul Rouve), Pourville, Dieppe ou Le Tréport (Ma vie avec James Dean, Dominique Choisy) et conservent encore, sur les hauteurs, des villas remarquables, comme le Bois des Moutiers à Varengeville-surMer (Submergence, Wim Wenders).

Éléments de protection puis espaces privilégiés de la déambulation mondaine, les digues-promenades et les estacades ont inspiré quelques scènes inoubliables comme le plongeon de Bruno (Patrick Dewaere) depuis la jetée des pêcheurs de Luc-sur-Mer (Un mauvais fils, Claude Sautet).Différence entre les stations balnéaires de la côte fleurie, construites tardivement sur les marais et celles de la Côte d'Albâtre, détruite durant la guerre, que l'on filme d'un point de vue en hauteur.

Le village de Tigreville dans Un singe en hiver (Henri Verneuil, 1962) est celui de Villerville dans le Calvados. Un certains nombre de plans ont été tournés à la gare de Trouville-Deauville et à Houlgate (le décor de La pagode). Voir : les lieux de tournage sur Youtube.

Le village de Tigreville est celui de Villerville dans Un singe en hiver (Henri Verneuil, 1962)

 

Jean-Louis Duroc et Anne Gauthier, Un homme et une femme (Claude Lelouch, 1966), trente ans tous les deux, passionnés par un métier qui dévore leur temps, se rencontrent par hasard à Deauville, où ils viennent de rendre visite à leurs enfants respectifs en pension...

La plage de Deauville dans Un homme et une femme (Claude Lelouch, 1966)

Dans Un mauvais fils (Claude Sautet, 1980), belle balade romantique avec l'arrivée par Langrune-sur-mer, la halte à côté du Brasserie de la marine où Bruno, Catherine, Adrien et Carlos iront manger après la promenade et le bain d'anthologie sur la jetée de Luc-sur-mer.

L'arrivée par Langrune-sur-mer et la promenade et le bain d'anthologie sur la jetée de Luc-sur-mer.

5 - Au fil de l'eau

La Seine constitue un axe privilégié pour les cinéastes qui ont filmé les constructions liées au fleuve que sont les ponts et les moulins.

Les deux ponts suspendus situés à l’embouchure de la Seine sont de loin les ouvrages les plus portés à l’écran : le pont de Tancarville (Sale temps pour les mouches, Guy Lefranc) et le pont de Normandie (Sparring, Samuel Jouy). Vues aériennes succèdent aux plans serrés des haubans et de la structure de leur tablier. Moins prestigieux, les ponts de Rouen dont le pont Boieldieu (Ma vraie vie à Rouen, Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ou le pont Colbert, pont tournant de l’avant-port de Dieppe (Tour de France, Rachid Djaïdani) répondent également à des critères esthétiques.

Parmi les acteurs les plus anciens du patrimoine industriel figurent les moulins dont seulement trois ont retenu l’attention des cinéastes. La star incontestée est sans aucun doute celui d’Andé où pas moins d’une quinzaine de films, depuis le premier Judex de Louis Feuillade en 1916, y a été tourné (Jules et Jim, François Truffaut). Le Vieux moulin de Vernon (Les Mystères de Paris, André Hunebelle) et celui de Fourges, sur les bords de l’Epte (Le pion, Christian Gion), ont su, malgré tout, trouver leur place.

 

Dans Les 400 coups (François Truffaut, 1959), les séquences au centre d'observation des mineurs ont été tournées au Moulin d'Andé, une propriété près de Saint-Pierre-du-Vauvray. La séquence finale sur la plage a été tournée à Villers-sur-Mer.

 

Les ponts

 

6 - Villages de Normandie

La Normandie des paysages de bocage et des villages préservés a inspiré les réalisateurs. Serge Pénard a consacré pas moins de cinq longs métrages à sa terre natale dont les célèbres Ils sont fous ces Normands et Tendrement Vache. Au Sap, où se réfugie un repenti de la mafia dans Malavita (Luc Besson), ou à Beaumont-en-Auge, l’architecture en pan de bois est convoquée, comme souvent, pour représenter le monde rural normand, tandis qu’une ferme caractéristique du Perche est choisie pour évoquer les jeunes années de l’héroïne bretonne Bécassine dans le film du même nom de Bruno Podalydès.

Le grand écran témoigne d’ailleurs de la variété des fermes normandes. Les fameux clos masures du pays de Caux repérés dans La Ritournelle (Marc Fitoussi) côtoient les fermes à cour fermée du Bessin (La Horse, Pierre Granier-Deferre) et celles en granit du Cotentin dans Le Passager de l’été (Florence Moncorgé-Gabin). Ce dernier film, aborde la situation du monde agricole, dans les années 1950, un sujet repris, pour les années 1980 dans Louloute (Hubert Viel), filmé dans le pays d’Auge.

Le réalisateur utilise parfois plusieurs lieux pour incarner un bourg (Vieille-Lyre et Neuve-Lyre dans Le Trou normand, Jean Boyer) ou le résume à quelques monuments, plutôt ceux rassemblant la communauté villageoise : l’église entourée de son cimetière, le monument aux morts. Et quand ce dernier n’apparaît pas assez signifiant, le cinéma peut se charger d’en créer un nouveau (Normandie nue, Philippe Le Guay).

Le cimetière des quatre saisons à Caen

7 - 8 Le monde urbain -La civilisation industrielle

Le traitement des villes normandes à l’écran affiche de fortes disparités au profit du Havre et de Rouen. La première combine l’attrait du port, de l’architecture contemporaine et d’un site associant ville haute et ville basse (Réparer les vivants, Katell Quillevéré). La seconde bénéficie tout à la fois d’une vue d’ensemble depuis la côte Sainte-Catherine, qui inspire peintres et cinéastes (Marcel L’Herbier, L’Inhumaine) et d’une concentration de monuments incarnant la vie citadine : cathédrale et églises monumentales, théâtres (Théâtre des deux rives dans Le goût des autres, Agnès Jaoui), cité administrative (Adieu Poulet, Pierre Granier-Deferre), palais de justice (Black Robe, Bruce Beresford) et, bien sûr, sa tour de l’Horloge (Alfie Darling, Ken Hughes). Sur le reste du territoire, le monde urbain offre quelques édifices emblématiques : à Caen, un palais de justice à l’architecture éloquente grâce à son péristyle à colonnes néoclassique (Moi, Pierre Rivière, René Allio), à Lisieux (Angèle et Tony, Alix Delaporte) et Cherbourg (Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy) des théâtres à l’italienne, à Honfleur un hôtel de ville construit en 1830, dont la situation près du bassin Sainte-Catherine lui vaut de côtoyer quelques stars (Philippe Noiret et Nicole Garcia dans Le Quatrième pouvoir, Serge Leroy). Mais parfois, il suffit d’un unique plan pour immortaliser une ville, comme celui conduisant le spectateur dans Évreux au début de La Musica (Marguerite Duras).

Dans La horse (Pierre Granier-Deferre, 1970), Jean Gabin joue le rôle d’un riche fermier du bocage normand, victime d’un trafic de drogue impliquant son petit-fils. Jean Gabin mène une guerre aux trafiquants, qui les mèneront devant la justice, au tribunal de Caen, place Fontette.

Le cinéma s’empare volontiers du paysage industriel pour créer une ambiance, accorder le décor à une histoire sociale - les torchères de la zone industrialo-portuaire du Havre (Cantique de la racaille, Vincent Ravalec) et les cités ouvrières de la cité océane (Le Havre, Aki Kaurismaki). Il se saisit à maintes reprises de la majesté des grues portiques du port de Rouen (À la manière de Sherlock Holmes, Henry Lepage) et s’autorise des détournements quand il implante sur l’emprise de l’usine Tréfimétaux et dans ses cités ouvrières à Divessur-Mer le décor d’un « camp de Manouches » belge, où se réfugie le héros du Gitan (José Giovanni) incarné par Alain Delon. Les réalisateurs sont aussi sensibles à certains « monuments » industriels qui, se détachant visuellement de leur environnement, parviennent à incarner un territoire en quelques secondes, l’on songe aux deux cheminées en béton de la centrale thermique d’EDF au Havre (La fine équipe, Magaly Richard-Serrano) ou au Centre de retraitement des déchets nucléaires de la Hague (Les routes du sud, Joseph Losey). Parfois même le monde industriel est traité comme sujet. La mine et les mineurs, au cœur des films en noir et blanc Le pavillon brûle (Jacques de Baroncelli) et La maison sous la mer (Henri Calef) ont précédé les ouvrières du textile filmées par Marin Karmitz dans l’usine Gasse et Canthelou d’Elbeuf (Coup pour coup) puis Ressources humaines (Laurent Cantet), qui évoque le rapport de l’ouvrier à « sa » machine.

9 - Du monde médiéval au Grand Siècle

Si, dès 1922, le Caennais René Le Somptier tourne une adaptation de la Dame de Monsoreau d’après Alexandre Dumas dans les châteaux cotentinais de Nacqueville et de Martinvast, rares ont été les grands châteaux normands largement utilisés comme décor. Château-Gaillard fait exception, qui impose ses ruines dominant la Seine dans les Judex de Louis Feuillade et Georges Franju comme dans Signé Arsène Lupin (Yves Robert). Le site de Malvoisine au Héron, d’une bien moindre notoriété, fait également l’objet de très belles vues dans Raphaël ou le débauché (Michel Deville), propres à saisir la qualité de ce manoir.

Le cinéma s’est aussi emparé des abbayes normandes, à commencer par la plus universelle, celle du Mont-Saint-Michel, dont la position privilégiée sur son rocher aimante les réalisateurs tant français (La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc, Marco de Gastyne) qu’étrangers (À la merveille, Terrence Malick). Le lieu est même filmé comme une destination touristique (Pullmann paradis, Michèle Rosier). Chef d’œuvre de l’architecture romane normande, l’abbatiale de Jumièges est lentement investie par la caméra de Marguerite Duras (Baxter, Vera Baxter), tandis qu’elle surgit de nuit chez Claude Chabrol (Jours tranquilles à Clichy). Les deux abbayes caennaises tirent leur épingle du jeu dans Saint-Cyr de Patricia Mazuy, qui réserve quelques plans à celle de Saint-Martin de Sées, aperçue plus longuement dans Sade (Benoît Jacquot). Enfin, Hubert Viel a mis en valeur le prieuré SaintGabriel-Brécy dans un beau noir et blanc (Les filles au Moyen Âge).

Même s’ils se sont connus sur le tard, la passion qu’ont vécue Neil et Marina à la Merveille, Le Mont-Saint-Michel, efface les années perdues.

A la Merveille (Terrence Malick, 2012)

10- Guerre et Paix

Les sites de la Deuxième Guerre mondiale abondent dans les fictions, notamment celles dans lesquelles sont visibles les vestiges du Mur de l’Atlantique. Les blockhaus sont souvent présents, comme celui de Saint-Aubin-sur-Mer (Mariage, Claude Lelouch), tout comme la batterie de tir de Longues-sur-Mer (Le tambour, Volker Schlöndorff).

Quelques rares œuvres du cinéma ont immortalisé des villes normandes au lendemain de la guerre, faisant de ces films de véritables documents d’archives. Dans Manon, Henri-Georges Clouzot choisit de montrer les villes du Merlerault et de Vire en ruine tandis que dans Ombres sur Paris (Delmer Daves) ce sont les plages du Débarquement, celles d’Omaha Beach, avec ses épaves qui sont captées.

Le cinéma permet aussi de revenir sur ces lieux de guerre longtemps après les combats. Plages et villages côtiers touristiques sont arpentés par les acteurs (Le beau monde, Julie Lopes-Curval). Ce sont parfois les cimetières du conflit devenus lieux de mémoire que les cinéastes investissent, tel le cimetière militaire américain de Colleville-sur-Mer (Il faut sauver le soldat Ryan, Steven Spielberg). Après la Guerre vient le temps de la paix et la reconstruction. La ville reconstruite la plus cinégénique est sans conteste celle du Havre dont l’architecture d’Auguste Perret, « le poète du béton », est devenue un symbole de modernité. Plus d’une centaine de films y ont été tournés (38 témoins, Lucas Belvaux). Mais d’autres villes sont également concernées : Lisieux (Populaire, Régis Roinsard) ou encore Caen (Comment c’est loin, Orelsan et Christophe Offenstein).Le débarquement en Normandie avec Le jour le plus long et Les villes détruites avec Manon (Henri-Georges Clouzot, 1949), tourné en partie à Saint Lô.

 

11 - Sous la plume des écrivains

Le cinéma a mis à l’honneur de grands auteurs normands du XIXe et du XXe siècle tel Guy de Maupassant (Le Plaisir, Max Ophüls).

L’œuvre la plus connue du rouennais Gustave Flaubert portée à l’écran est sans nul doute Madame Bovary. Ce roman a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques successives par Jean Renoir (1933), Claude Chabrol (1991) et Sophie Barthes (2014). Alors que cette dernière choisit l’Orne pour tourner (prieuré SainteGauburge à Saint-Cyr-la-Rosière, hameau de Villeray à Condeau…), Renoir et Chabrol installent leur caméra à Rouen mais surtout autour de la halle de Lyons-la-Forêt, le Yonville-l’Abbaye du roman de Flaubert.

Originaire de Saint-Sauveur-le-Vicomte (Manche), Jules Barbey d’Aurevilly écrit Une page d’histoire en 1887, nouvelle qui raconte les amours incestueuses des enfants Ravalet au XVIe siècle. Valérie Donzelli l’adapte au cinéma dans Marguerite et Julien, tourné en grande partie dans le château et le parc de Tourlaville, où s’était déroulé ce drame historique.

Marguerite Duras, bien que non normande, acquiert un appartement dans l’Hôtel des Roches Noires à Trouville où elle séjourna régulièrement entre 1963 et 1994, attirée par le rivage. Elle tournera dans ce magnifique bâtiment de pierres et de briques construit en 1866 par l’architecte Alphonse-Nicolas Crépinet, La femme du Gange et Agatha et les lectures illimitées, tirés tous deux de ses œuvres littéraires

 

Gustave Flaubert dont Le Madame Bovary est mis en scène par Jean Renoir et Claude Chabrol à Lyons-la- forêt.

le Madame Bovary de Jean Renoir (1934) et celui de Claude Chabrol (1991) sont tournés à Lyons-la-Forêt

Jules Barbey d'Aurevilly, pour Une page d'histoire qui donnera Marguerite & Julien de Valérie Donzelli. Le film est tourné en 2014 sur le lieu de vie même de Marguerite et Julien de Ravalet, au château des Ravalet à Tourlaville dans La Manche, ainsi qu'à proximité : à Auderville, Barfleur, Biville, Cherbourg-Octeville, Éculleville, Gonneville, Jobourg, Saint-Lô-d'Ourville et sur l'île de Tatihou, au large de Saint-Vaast-la-Hougue.

Le château des Ravalet à Tourlaville dans Marguerite & Julien (Valérie Donzelli, 2015)

 

Marguerite Duras pour l'hôtel des roches noires dans La femme du Gange et Agatha et les lectures illimitées.

Trouville-sur-Mer, sur la côte normande, se superpose  à la ville indienne de S. Thala dans La femme du Gange (Marguerite Duras, 1974) pour raconter les histoires d'amour, présente et passée, du voyageur. Le tournage a lieu du 14 au 26 novembre 1972 à Trouville-sur-Mer.

Le voyageur de La femme du Gange se dirigeant vers la plage puis marchant sur les planches de Trouville

Bulle Ogier (La soeur), Yann Andréa (Le frère) dans l'hôtel des roches noires de Trouville pour Agatha ou les lectures illimitées (Marguerite Duras, 1981)

Jean-Luc Lacuve, le 3 février 2022

Source : Dossier de presse. Voir : La Normandie au cinéma

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