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Histoire de l'art

En 1925, L’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes organisée à Paris est à la fois la vitrine et l’apogée d’un mouvement né dans les années 1910, plus tard nommé Art déco. Protéiforme, l’Art déco se métamorphose au gré des singularités artistiques comme des écoles nationales.

Géométrique ou foisonnant, architectural ou ornemental, précieux ou dépouillé, réinterprétant des styles anciens et inventant de nouvelles formes, l’Art déco s’incarne de multiples façons, et reflète la volonté de renouveau qui anime le monde des arts décoratifs dès les années 1910. Il s’impose dans la décennie suivante comme représentant d’un mode de vie moderne, rendu nécessaire après les ruptures économiques et sociales provoquées par la Première Guerre mondiale.

Bien que ses créateurs poursuivent parfois des buts différents, incarnés dans des esthétiques variées, l’Art déco repose sur un vocabulaire commun : corbeilles et guirlandes de fleurs, bestiaire spécifique, figures géométriques tel l’octogone, utilisation de bois précieux comme l’ébène ou le palissandre, ou de matières et techniques comme le galuchat ou la laque.  La tendance la plus notable est la simplification et la géométrisation des formes, en lien avec les expérimentations des mouvements artistiques d’avant-garde, au premier rang desquels le cubisme, mais aussi le fauvisme.

Les précurseurs.

Les années 1910 marquent le déclin du style Art nouveau et voient naître celui qu’on appellera Art déco.

En 1902, l’Italie et la ville de Turin organisent la première Exposition internationale d’art décoratif et prennent ainsi le rôle de leader dans la promotion de l’art décoratif moderne.

Le règlement de l’exposition de 1902 est très strict : « On n’acceptera que les ouvrages originaux qui montreront une tendance bien marquée au renouvellement esthétique de la forme. Les imitations d’anciens styles et les productions industrielles dénuées d’inspiration artistique ne seront pas admises. » Ce règlement sera repris par tous les organisateurs des expositions suivantes : Milan en 1906, Rome et Turin en 1911.

Les Ballets russes, dès 1909, et l’invitation faite au Werkbund allemand de participer au Salon d’automne de 1910 introduisent de nouveaux enjeux esthétiques. La création de l’Atelier Martine en 1911 et celle de la Compagnies des arts français par Louis Süe et André Mare en 1919, la présentation de la maison cubiste au Salon d’automne de 1912 posent les bases d’une rénovation des arts décoratifs.

En France, en 1911, après plusieurs demandes et rapports pour l’organisation d’une exposition d’art décoratif moderne en France, les présidents des trois sociétés culturelles actives dans le domaine des arts décoratifs – l’Union centrale des Arts décoratifs, la Société des artistes décorateurs et la Société d’encouragement à l’art et à l’industrie – expriment conjointement le vœu que le gouvernement réalise cette exposition en 1915. Finalement l’exposition programmée en 1915, repoussée à 1916, ajournée pour cause de guerre à 1922, puis en 1924, aura enfin lieu en 1925.

L’annonce de la grande Exposition internationale à Paris a dynamisé la volonté du « nouveau style ». André Vera en théorise les principes fondamentaux dès 1912 dans un texte fondateur valorisant l’ordonnancement architectural, la clarté ornementale et les « franches oppositions de couleurs »

L’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925.

La diversité des participants à L’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 reflète la multitude de tendances qui traversent l’Art déco. Des créateurs de sensibilités différentes se côtoient, parfois au sein du même pavillon, comme dans Une Ambassade française de la Société des artistes décorateurs (SAD). Créée en 1901, la SAD a pour objectif de promouvoir les arts décoratifs français. Elle encourage un renouvellement artistique constant nourri aux sources du passé. En 1924, la SAD obtient tardivement du gouvernement de disposer des trois corps de bâtiment entourant la Cour des métiers, sur l’esplanade des Invalides. Elle y conçoit Une Ambassade française, soit un appartement de réception relié par une galerie d’art à un appartement privé. Membres ou non de la SAD, tous les décorateurs sont appelés à soumettre des projets pour décorer ces pièces, puis à voter pour leur attribution. Grâce à ce concours insolite, la SAD expose une très grande diversité de propositions esthétiques, en un éclectisme assumé et parfois critiqué.

Chaque pays puise dans son histoire esthétique et son identité pour proposer sa propre lecture de l’Art déco. L’exposition se révèle comme un véritable laboratoire d’expérimentation où se définit la création mondiale à venir. 

La presse du temps les oppose en une série de binômes, contemporains / modernes, traditionalistes / rationalistes, ou coloristes-décorateurs / ingénieurs-constructeurs. Les manifestes modernistes, tels que le pavillon de l’Esprit nouveau de Le Corbusier ou le pavillon constructiviste de l’URSS, restent minoritaires. La création de l’Union des artistes modernes en 1929, réunissant des grands noms de l’Art déco mais aussi l’entourage de Le Corbusier et de Charlotte Perriand, clarifie les oppositions. Se distinguent alors les tenants d’un luxe décoratif et les avocats d’une production rationalisée de masse. 

Bois précieux, ivoire, parchemin, galuchat : l’Art déco s’illustre par le luxe des meubles, des objets, des décors. Ce raffinement peut contribuer à donner une vision faussée d’années souvent nommées folles dont les conditions de vie, au sortir de la Première Guerre mondiale, restent difficiles. Adapter les recherches des décorateurs et ensembliers à la vie quotidienne et à la fabrication en série n’est pas aisé. Les grands magasins et leurs ateliers vont jouer un rôle important dans la diffusion de l’Art déco en proposant des objets de toutes sortes.

 Aux États-Unis, l’Art déco est consacré à un rang presque officiel, dans l’architecture (buildings aux silhouettes iconiques, s’ornant de grilles dorées et de bas-reliefs modernistes) ou le cinéma, jusqu’à la production industrielle d’objets. Des pays comme le Brésil et le Japon affirment leur parti-pris esthétique au travers des motifs et des matières, quand la Suède modernise la production de ses manufactures, comme Svensk Tenn. Instrument d’une modernité loin d’être uniforme, l’Art déco se répand aussi vite qu’il se diversifie, et devient une manifestation des identités nationales, voire, nationalistes.  

De l'art déco au minimalisme

Les prix demeurent cependant élevés, montrant les limites de la démocratisation de l’Art déco et des réflexions sur la fabrication en série. Les créateurs les plus sensibles à ces idées se rassembleront, en 1929, sous la bannière de l’Union des artistes modernes. Grâce à l’adoption du vocabulaire de l’Art déco par les affichistes, ce style conquiert l’espace public et se révèle au plus grand nombre mais il est déjà appelé à être remplacé par des expressions plus radicales, tel le brutalisme en architecture, une des branches du minimalisme.

 

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