Une femme mariée (Jean-luc Godard, 1964)
La religieuse (Jacques Rivette, 1966)

1916 : création d'une commission de contrôle chargée d'accorder ou de refuser les visas d'exploitation. Paritaire en 1945 (sept représentants des ministères et sept professionnels) elle met en minorité les représentants de la profession depuis 1961 où Michel Debré, Premier ministre, fit promulguer un décret censé faire face à une surenchère d'érotisme et de violence, "sauvegarder la santé morale d'une jeunesse en péril" et apaiser le vacarme entretenu par les associations familiales. Le décret annule le système paritaire pour octroyer sept postes aux professionnels, sept aux ministères, cinq à des sociologues, psychologues, éducateurs, magistrats, médecins et pédagogues, trois aux associations ou maires. C'est cette commission qui fit tout ce qu'elle put, menaçant le film d'interdiction totale, pour bloquer le tournage du souffle au cœur de Louis Malle

1947 : Le diable au corps de Claude Autant-Lara. La commission de censure propose une interdiction aux moins de 16 ans. Le ministre passe outre et autorise le film à tous les publics.

1964 : Une femme mariée de Jean-Luc Godard. Alain Peyrefitte, ministre de l'information, exige le changement de "la" femme mariée en "Une " femme mariée afin de ne pas normaliser l'adultère ; il qualifie les excès de liberté de "risque de débauche". Les catholiques traditionalistes reprochent à Godard de filmer des femmes lubriques

1966 : La religieuse de Jacques Rivette. Une campagne de pétitions est orchestrée avant même le tournage du film par des associations catholiques. Edouard Frédéric Dupont, conseiller de Paris, écrit au préfet de police, Maurice Papon, pour alerter sur cette œuvre "diffamatoire qui déshonore les religieuses". La commission de censure propose une interdiction aux moins de 18 ans. Yvon Bourges, secrétaire d'Etat à l'information, décide une interdiction totale. Le ministre de la culture, André Malrau x se désolidarise du gouvernement en envoyant le film au festival de Cannes.Georges de Beauregard et son avocat Georges Kiejman se lancent dans une bataille juridique. En 1967, le tribunal administratif annule la décision d'interdiction, pour vice de forme. Le nouveau ministre de l'Information, Georges Gorse, lui accorde un visa d'exploitation mais confirme son interdiction aux moins de 18 ans. La décision d'annuler la censure du film sera définitivement confirmée par le Conseil d'État en 1975 soit huit ans après la sortie du film en salles.

1971 : Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier (1972) est programmé à Tourcoing dans le cadre d'un festival. Le front national tente d'empêcher la projection de ce film "ordurier". Le maire socialise de la ville reste ferme sur sa position de "ne jamais intervenir dans le choix de [ses] responsables culturels.

1988 : La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese est la cible d'une guerre sainte menée par les intégristes. Jean Marie Lustiger, archevêque de Paris "proteste par avance contre la diffusion" d'un film "blasphématoire". Trois associations religieuses saisissent le tribunal pour obtenir son interdiction. Manifestations, jets de gaz lacrymogènes, cocktail Molotov, destruction de fauteuils, menaces téléphoniques finissent par décourager les exploitants. Le cinéma Saint Michel est incendié. Jack Lang déclare "inacceptable qu'une minorité de gens violents ne respectent pas la pensée des autres et puissent entraver leur liberté".

2002 : rétablissement de l'interdiction aux moins de 18 ans pour permettre une exploitation hors des salles spécialisées.. inexistantes

4 février 2003 : Le conseil d'Etat décide l'interdiction aux moins de 18 ans de Ken park, sorti en octobre 2003. Il annule ainsi partiellement le visa d'exploitation délivré par le ministère de la culture (simple interdiction aux moins de 16 ans) tout en jugeant que le film n'est pas à caractère pornographique. Il suit ainsi en partie la demande de l'association Promouvoir. Ken Park a été interdit en Australie, aux Etats-Unis et dans la plupart des pays anglo-saxons. Le conseil d'Etat reproche au film de Larry Clark, non la séquence au cours de laquelle un adolescent psychotique assassine ses grands-parents mais une "scène de sexe non simulée, qui revêt un caractère particulièrement cru et explicite". Sans doute fait-il allusion à une scène de masturbation assortie d'asphyxie autoérotique. Le visa d'exploitation est annulé tant qu'il n'est pas assorti d'une interdiction aux mineurs de moins de dix-huit ans, ce qui signifie qu'il est retiré des deux salles où il était encore projeté.

En France la majorité sexuelle est fixée à 16 ans. L'interdiction aux moins de 18 ans se justifie par le seul caractère choquant des scènes de sexe ou de violence.Plaintes d'associations intégristes contre les affiches d'Ave Maria de Jacques Richard (1984) qui montrait une jeune fille ligotée seins nus en croix et de Larry Flint de Milos Forman (1997) où l'empereur de la presse pornographique américaine était crucifié sur le bas ventre d'une femme.