Jean-Louis est
catholique, ingénieur, a trente-deux ans et vit à Clermont-Ferrand
après dix ans passés en Amérique. Un jour qu'il est seul
dans la rue, il croise une jeune fille dont il aimerait bien faire la connaissance
: il a le sentiment qu'elle sera la femme de sa vie, mais il ne sait pas qui
elle est ni comment l'aborder.
Un soir, il retrouve Vidal, un ami d'enfance qui l'emmène dîner chez sa maîtresse, Maud, médecin, divorcée. Vidal est philosophe et marxiste. Jean-Louis et lui discutent philosophie et religion toute la soirée, au grand plaisir de Maud, qui est athée, mais que le côté catholique pratiquant de Jean-Louis intéresse. Comme il neige et que les routes sont bloquées, Jean-Louis ne peut rentrer chez lui. Maud lui propose de passer la nuit chez elle. Vidal les quitte. Jean-Louis découvre qu'il n'y a pas de chambre d'ami. Il prétend d'abord dormir dans un fauteuil, puis tout habillé dans le lit de Maud. Ce n'est qu'au matin qu'ils échangent un baiser.
Ils passent avec Vidal et une amie la journée ensemble. Jean-Louis se montre tendre avec Maud, mais il a abordé le matin même la jeune fille dont la rencontre l'avait tant frappé, Françoise, une étudiante, et lui a donné rendez-vous. Ils se marieront peu après. Françoise a avoué à Jean-Louis qu'elle a aimé un homme marié.
Quelques années plus tard, Jean-Louis, Françoise et leur enfant rencontrent Maud au bord de la mer. Jean-Louis sait que Françoise a joué un rôle dans le divorce de Maud puisque c'est avec son ex-mari qu'elle a eu une liaison. Il ne fait que la croiser. Françoise, lui et leur enfant continuent leur promenade. Ils sont heureux.
"Ce jour là,
lundi 21 décembre, l'idée m'est venue, brusque, précise, définitive que Françoise
serait ma femme." En apparence, il n'y a pas plus décidé que le Narrateur
de "Ma nuit chez Maud". Pourtant, après avoir eu cette pensée "définitive"
en voyant à l'église une jolie blonde, il est attiré par quelqu'un d'autre.
Notre héros se laisse convaincre de passer la nuit chez Maud, une bourgeoise divorcée, adepte de la libre pensée. Ensuite, ce sont les évènements qui décident pour lui : Maud quitte Clermont-Ferrand pour Toulouse, il retrouve Françoise dans la rue. L'idée qu'il s'est mise dans la tête au début du récit tient plus de la pensée magique que d'une réalité tangible. C'est disons, une intuition, le hasard s'en est mêlé.
A priori le film le plus austère de Rohmer. On est bien loin ici du marivaudage et des jeunes filles en fleur dont le corps gracile et dénudé s'offre aux rayons du soleil (La Collectionneuse) ou aux beaux discours libertins de dandys déseuvrés (Le Genou de Claire). Placées sous le signe du pari de Pascal et du catholicisme, les longues conversations dans des lieux clos n'ont pourtant rien d'aride. Rohmer délaisse ici sa prédilection pour les acteurs non professionnels, peut-être pour servir la densité de ses dialogues. Jean-Louis Trintignant, engoncé dans son rôle d'ingénieur catholique casse à merveille son image de jeune premier. Françoise Fabian incarne une libre penseuse qui "tient salon" dans ce qui est aussi sa chambre à coucher, avec une rigueur qui n'empêche ni la sensualité ni l'émotion. Davantage que de sobriété, il faut parler ici de grâce. Un petit miracle qui semble donner raison à ceux qui croient jusqu'au bout à leur idée fixe. Ce que les héroïnes du Rayon vert et de Conte d'hiver confirmeront avec éclat, quelques années plus tard. Claire Vassé
