Frédéric
a choisi d'épouser Hélène parce que, pense-t-il : "en
étreignant Hélène, j'étreins toutes les femmes".
En réalité, cette fidélité conjugale à
laquelle s'astreint Frédéric lui pèse terriblement. Son
imagination lui fait rencontrer en rêve quantité de femmes qui
s'offrent toutes à lui, presque sans résistance. " Je sens
que le mariage m'enferme, me cloître et j'ai envie de m'évader
", songe ce mari modèle dont l'épouse attend, sans rien
soupçonner, un second enfant. Et, un jour, Chloé apparaît
dans le bureau de Frédéric : le cheveu sale, le maquillage approximatif,
la mise négligée, elle inquiète d'abord le jeune homme,
qui la trouve envahissante. Mais Chloé a l'habileté de placer
leurs relations sur le plan de la camaraderie, sollicite son aide pour emménager,
lui parle de son ancien comme de son nouvel amant. Frédéric,
dont l'orgueil de séducteur est froissé par l'attitude de la
jeune femme, s'attache à celle-ci : il s'arrange pour sortir avec elle,
ment à Hélène, bref se comporte comme s'il avait une
liaison. Le sentant à sa merci, Chloé part en Italie. À
son retour, elle retrouve un Frédéric tout prêt à
abandonner son rôle de père et mari modèles pour devenir
son amant. Mais les choses ne se passent pas comme prévu : au moment
de rejoindre Chloé dans son lit, Frédéric semble réaliser
le ridicule de la situation. Il court rejoindre Hélène; les
deux époux font, pour la première fois, l'amour l'après-midi,
comme un couple adultère.Si le désir est commun à tous les héros rohmérien,
son assouvissement est rarissime. Quelques caresses, quelques baisers, rien
de plus.
Frédéric
se rattrape au bord du gouffre. Alors qu'il s'apprête à rejoindre Chloé, nue
dans son lit, il ôte son pull à col roulé : son reflet dans la glace lui rappelle
un jeu qu'il a eu, quelques jours plus tôt, avec son épouse et sa fille. Il
s'enfuit en courant. Sa course et sa plongée dans l'escalier ne laissent aucun
doute : c'est un autre gouffre qui s'ouvre devant lui, celui du regret éternel
de ne pas avoir été jusqu'au bout de son désir, d'avoir raté une occasion,
de s'être en quelque sorte résigné.
Selon Claire Vassé : "Pour clore la série des Contes moraux, Rohmer quitte la sensualité estivale de La Collectionneuse et du Genou de Claire pour la grisaille de la vie de bureau parisienne. Mais paradoxalement, c'est le conte où il laisse poindre le plus la dimension érotique de son cinéma. Et pas seulement parce qu'il y dénude davantage les corps. Ses personnages, loin des milieux dandys ou artistes des précédents films, badinent moins bien avec l'amour. Mais quand déboule le corps sulfureux de Chloé (Zouzou), les flots de paroles n'arrivent décidément plus à cacher les attraits de la chair. Bien décidée à prendre en charge le récit de son "aventure" avec Chloé, la voix off de Frédéric finit par disparaître. Dans la séquence où il rêve qu'il est en possession d'un médaillon magique, on retrouve les héroïnes des Rohmer précédents. Hormis Béatrice Romand, toutes succombent à ses avances. Un fantaisiste clin d'eil qui en dit long sur l'ambiguïté du système moral de la série. "
