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Dans une colonie
de vacances, Suzanne, quinze ans, joue On ne badine pas avec l'amour,
se querelle avec son petit ami Luc et se donne à un Américain,
quitte à le regretter le lendemain.
Dans l'appartement-atelier de fourreur, des scènes opposent Roger et Betty, ses parents. Roger décide de partir laissant Suzanne avec sa mère et son frère, Robert, encore sous son dipe, avec des tendances homosexuelles et des attitudes incestueuses. Suzanne se cherche sans succès un équilibre en passant d'un garçon à l'autre. Des altercations d'une grande violence l'opposent à une mère névropathe, que Robert soutient en battant sa sur.
Suzanne épouse Jean-Pierre, et Robert la sur de Jacques, critique célèbre dont il veut l'appui pour réussir sa carrière littéraire. Roger revient un soir pour faire visiter les locaux à un repreneur du bail. Il agresse verbalement la famille réunie pour un repas de fête et Betty le met sèchement à la porte.
Quelques mois plus tard, Suzanne vient dire au revoir à son père avant de partir pour San Diego avec Michel. En l'accompagnant à l'aéroport, Roger lui reproche d'abandonner son mari et lui dit qu'elle ne saura jamais aimer. Mais c'est quand même une affection profonde entre le père et la fille qui marque ce trajet. Dans l'avion, Suzanne, méditative, ne semble pas très sûre de l'avenir.
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A nos amours
est le film le plus ample et le plus achevé de Maurice Pialat. Ample,
il est d'abord par tout ce qu'il brasse de personnages, de thèmes et de sujets
disséminés dans ses autres films. On y trouve aussi bien les problèmes de
la famille, de l'adolescence que du couple, sujets traités de manière autonome
dans "L'enfance nue", "Passe ton bac d'abord" ou "Nous ne vieillirons pas
ensemble". On y trouve aussi le thème de la création qui fera l'objet de "Van
Gogh".
Ample, il l'est aussi par le registre. On retrouve la basse continue et sourde du ressentiment et de la souffrance. Mais s'y mêle cette fois des accords d'une tonalité plus claire, plus aérienne, limpides et sensuels (la première demi-heure du film) et même par éclairs, le contrepoint de quelques notes sereines et apaisées (les deux discussions père-fille, avant le départ du père, dans le bus à la fin du film)
Le film ne raconte pas vraiment d'histoire. Il décrit un processus de destruction, une transformation de type catastrophique, qui défait une ancienne forme pour, peut-être, lui en donner une nouvelle.
A l'origine il y a une catastrophe : le départ du père. Le film commence vraiment lorsque le père dit à sa fille : "Je vais vous quitter Suzanne". A partir de quoi une série sans fin de douleurs, de crises et de cris, qui rendent sensible, de plus en plus irrémédiablement, que "plus rien ne peut-être comme avant".
Après, il y a la lutte contre la tristesse, l'interprétation personnelle que Pialat fait d'une phrase : "La tristesse durera toujours" que Van Gogh aurait prononcée sur son lit de mort. "Je croyais, dit Pialat en s'adressant plus particulièrement au beau-frère de son fils, que Van Gogh parlait de lui, de sa vie triste, de sa misère, mais non : il voulait dire que la lutte durerait toujours. C'est vous qui êtes tristes."
Vous qui ? L'anathème s'adresse sans doute à l'homme de pouvoir, d'influence et d'argent, le beau frère (Jacques Fieschi), à qui le frère de Suzanne s'est vendu, par qui il a laissé corrompre son talent naissant ; secondairement au frère ; enfin à la mère, murée dans son ressentiment hystérique. Il y a des forces de tristesse contre lesquelles il faut lutter, c'est la leçon de Van Gogh. Il y a trois sortes de personnages tristes chez Pialat. Les personnages tristes sans mystère : la mère, le frère, le beau-frère. Ce sont les créatures du ressentiment. Et puis il y a les fragiles, les victimes : c'est le cas de Luc, l'amoureux transi de Suzanne, ou du trop jeune mari de celle-ci. Ceux-là sont le siège d'un effondrement intime, qui donne peut-être le registre le plus cruel de l'art de Pialat, plus cruel ici d'être laconique et entièrement elliptique. Enfin il y a les personnages principaux, tristes sans doute, mais en lutte, en lutte obscure. Ce sont les personnages mystérieux. C'est le mystère de Suzanne (est-ce le mystère de sa jouissance ? C'est ce que tendrait à laisser penser la haine hystérique, d'ailleurs banale, qu'elle déclenche chez sa mère), mystère qui ne tient pas peu à Sandrine Bonnaire. C'est le mystère du père, doublement traître comme père et comme mari. Il s'en va (avec une femme ? On ne le sait pas) parce qu'il en a marre dit-il. Mais s'il garde un lien, comme on l'apprend à la fin du film seulement avec sa fille, exclusivement, c'est qu'ils sont faits du même bois, un secret partagé en commun, qui ne passe pas par les mots : l'esprit de fuite et de recommencement.
Source : les Cahiers du Cinéma
