1992

A Deer Meadow, petite ville du nord des Etats-Unis près de Portland, on a découvert, flottant dans la Wild river, le cadavre d'une jeune fille de 17 ans, Teresa Banks. Gordon Cole, chef régional du FBI à Philadelphie, envoie sur place les agents Chester Desmond et Sam Stanley alors en mission à Fargo. Ceux-ci mènent une enquête minutieuse sur les lieux fréquentés par la victime, en particulier le terrain de camping, tenu par Carl Rodd, où elle habitait.

Stanley découvre un "T" imprimé sous l'ongle de Teresa et emporte le cadavre à Portland à des fins d'expertise. Desmond soupçonne les mystérieux habitants d'une caravane, les Chalfont. Il découvre, sous la caravane de Teresa, une étrange bague et, soudain, disparaît. Au même moment au siège du FBI de Philadelphie ce 16 février à 10h10, Philipp Jeffries, un agent du FBI disparu, réapparaît devant Gordon et Dale Cooper puis s'échappe par les fils téléphoniques. Dale Cooper, qui a repris l'enquête de Chester Desmond, affirme dans un dictaphone près de la Wild river que le tueur frappera encore.

Un an plus tard, dans la tranquille bourgade de Twin Peaks, Laura Palmer mène une double vie : en apparence étudiante rangée, en réalité, adolescente débauchée. Elle est à la fois courtisée par l'honnête James Hurley et par Bobby Briggs, qui lui fournit de la drogue. Pendant que Donna, sa meilleure amie, lui sert d'alibi, elle se livre, dans les bars louches, à d'immondes orgies, en compagnie de sa copine Ronette Pulaski et des trafiquants Leo Johnson et Jacques Renault. Peu à peu, elle devient la proie d'hallucinations et de cauchemars peuplés d'êtres étranges et d'un certain Bob, véritable génie du mal qui, la nuit, vient la violer. Au terme d'une longue descente aux enfers, Laura se rend compte que Bob n'est autre que Leland, son père incestueux, ancien amant et meurtrier de Teresa, qui voulait le faire chanter. Après une ultime nuit d'orgie, Laura mourra, assassinée par Leland.

Scène clé : Donna questionne Laura : si on te jetait dans le vide, crois-tu que tu irais de plus en plus lentement ou de plus en plus vite. Laura répond : "de plus en plus vite, à tel point qu'à un moment, je prendrai feu et que les anges ne pourront plus me voir". Ce discours est filmé en plongé, par un David Lynch en position démiurgique scrutant les deux jeunes filles allongées sur le sofa.

Message essentiel : Informations partielles, puzzle à reconstituer, signes à déchiffrer, communication entre le monde du réel et celui du fantasme, Twin Peaks s'installe d'emblée sur le mode du signe caché et de la révélation parcellaire. Vouloir reconstituer l'ensemble du puzzle est vain, c'est le puzzle lui-même qui rend compte d'un monde fragmenté, d'un monde d'après la chute, celui où l'évidence s'est enfuie, où les anges ne protègent plus les enfants, victime de leur père censé les protéger. Comme l'indiquera plus tard la disparition de l'ange sur le tableau de la chambre de jeune fille de Laura, il faut se rendre compte que l'innocence s'est enfuie du monde.


Lynch a prolongé le titre de la série Twin Peaks par "Fire walk with me", sous titre étrange à peine mentionné en français et jamais traduit. L'absence de "s" à walk indique en effet un impératif et oblige à penser le titre comme une phrase binaire : "Twin Peaks, Feu marche avec moi !" On trouve là l'opposition entre le monde apparent d'une petite bourgade tranquille, Twin Peaks et le monde originaire du feu, du démoniaque et des pulsions d'anéantissement (drogue, inceste) qui fait de ce film un chef d'œuvre du naturalisme au sens où l'entend Gilles Deleuze.

Sous l'innocente jeune fille, une débauchée ; sous le bon père de famille un père incestueux ; sous le tableau gentiment protecteur, un tableau qui ouvre une porte vers la vérité ; sous l'apparente aisance des jeunes filles prostituées, un besoin de protection et un appel aux anges ; sous le rêve du grand amour impossible, la prostitution. Lynch travaille principalement deux sentiments tout aussi primaires l'un que l'autre ; l'innocence et la débauche. Mais, à Twin Peaks l'innocence est un rêve depuis longtemps enfoui alors que la débauche ne demande qu'à ressurgir chaque nuit. Laura Palmer, exclue de l'innocence, tombe comme une bûche enflammée dans l'espace sidéral. Entre ces deux mondes, celui du réel et celui des pulsions, Lynch installe des espaces de transition que l'on franchit en soulevant les rideaux de velours rouge du théâtre de l'imaginaire ou le velours bleu des grains de la télévision (image du générique) des fils téléphoniques (apparition et disparition de Jeffrey).


Loin de vouloir réconcilier monde dérivé et monde réel, Lynch s'arrange très bien de cette tragique irréconciliation. Il en fait le jeu de son cinéma à énigme qui culmine dans ce film avec la scène sur l'aéroport privé de Portland où Gordon (Lynch himself) présente Lil, la fille de la sœur de sa mère, qui interprète un étrange ballait. Plus tard Chester Desmond se livrera à une interprétation de ces gestes :

La rose bleue, dont l'explication reste en suspens est symbolique des nombreuses zones de mystères que quelqu'un, un jour, peut être éclaircira : la mystèrieuse chambre rouge que l'on voit lorsque disparaît Chester Desmond. Dans une chambre rouge, un nain, les Chalfont et des barbus marmonnent au sujet d'une table en formica, de l'électricité et d'une bague, anneau par lequel le rêve épouse le réel.

(voir : histoire complète)

 

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Twin Peaks
Genres : Policier , Drame de l'adolescence
thème de Laura, chanson du bang-bang bar
Avec : Sheryl Lee (Laura Palmer), Ray Wise (Leland Palmer), Kyle MacLachlan (Dale Cooper), Chris Isaak (Chester Desmond), David Lynch (Gordon Cole), David Bowie (Phillip Jeffries), Mädchen Amick (Shelly Johnson), Dana Ashbrook (Bobby Briggs) Phoebe Augustine (Ronette Pulask), Eric DaRe (Leo Johnson), Miguel Ferrer (Albert Rosenfield), Pamela Gidley (Teresa Banks), Heather Graham (Annie Blackburn), Moira Kelly (Donna Hayward), Peggy Lipton (Norma Jennings), James Marshall (James Hurley), Harry Dean Stanton (Carl Rodd), Kiefer Sutherland (Sam Stanley), Lenny von Dohlen (Harold Smith), Grace Zabriskie (Sarah Palmer), Frances Bay (Mrs. Tremond), Catherine E. Coulson (la femme à la bûche). 2h15
Thème : Naturalisme