Jackie

2016

Avec : Natalie Portman (Jackie Kennedy), Peter Sarsgaard (Bobby Kennedy), Greta Gerwig (Nancy Tuckerman), Billy Crudup (Le journaliste), John Hurt (Le prêtre), Richard E. Grant (William Walton), John Carroll Lynch (Lyndon B. Johnson), Beth Grant (Lady Bird Johnson). 1h40.

Le 29 novembre 1963, une semaine après le meurtre de son mari, Jacqueline Kennedy est interviewée par un journaliste du magazine Life, dans sa résidence de Georgetown, quartier cossu de Washington.

Le journaliste est impressionné; il se souvient ému avoir vu le 14 février 1962 l'émission spéciale télévisée, A tour of the White House with Mrs. John F. Kennedy réalisée par Franklin J. Schaffner pour CBS qui battit des records d’audience. Jackie faisait ainsi participer le peuple américain aux transformations de la Maison-Blanche qu'elle avait voulu, pour que son intérieur trouve un certain charme historique et pour y faire fleurir la culture. Le violoncelliste espagnol Pablo Casals se produisit ainsi à la Maison-Blanche en novembre 1961. Alors âgée de 31 ans, elle était la troisième plus jeunes premières dames de l’histoire des États-Unis.

Mais le journaliste est venu pour qu'elle livre sa version des événements tragiques du 22 Novembre 1963 où John F. Kennedy, 35e président des États-Unis, fut assassiné à Dallas. Jackie dans son tailleur rose chanel et son mari y sont bien accueillis à la descente de l'avion. John F. Kennedy est assassiné d'une balle en pleine tête. Dans l'ambulance qui transporte le corps du  président à l’hôpital le plus proche, le Parkland Memorial Hospital, Jackie demande au chauffeur s'il sait qui sont James Garfield et William McKinley. Il l'ignore. Ce sont les deux présidents assassinés au cours de leur mandat dont on ne se souvient encore que parce qu'ils ont été assassinés. Elle veut que son mari soit rapproché de Lincoln, troisième des quatre présidents assassinés durant leur mandat d'où le souhait de funérailles identiques. Dans l'avion qui les ramènent vers Washington, Lyndon B. Johnson prête serment et devient le 36e président. Jackie veut que son mari soit enterré au cimetière militaire d'Arlington et va par un petit matin de brume choisir l'emplacement exact de sa tombe. Jack Valenti, conseiller spécial de Johnson, s'oppose en vain à ces funérailles qu'il juge dangereuses pour les chefs d'états invités.

Bob Kennedy soutient sa belle-sœur. Lorsque la télévision retransmet en direct le meurtre de Lee Harvey Oswald par Jack Ruby moins de 48 heures après son arrestation, il la fait éteindre et demande à ce que personne ne lui en parle.

Les funérailles ont bien lieu sur le modèle de celles de Lincoln même  parcours, même marche à pied et cercueil tiré par un cheval. Jacky se souvient de l'assassinat de Dallas, de sa fuite sur le capot avant que l'agent  Clinton J. Hill, arrive à son secours, arrive à son secours, et la contraigne à reprendre sa place,  puis de  la limousine accélérant pour emmener le président à l’hôpital le plus proche.

Jackie quitte la maison blanche, alors que le majordome regrette déjà son départ confronté au mauvais goût de Mme Johnson. Jackie marche avec son prêtre confesseur. Elle va continuer de vivre même si elle ne sait encore pas comment. Il n'y aura pas de réponse tout de suite. Prendre son café tous les matins lui permettra d'en trouver une à terme.

 

Jackie ou comment une femme hisse au niveau de l'histoire une gente masculine empêtrée dans l'inefficacité politique et la névrose sécuritaire. C'est le parcours déterminé et sans faille : une semaine après son organisation extraordinaire des funérailles de son mari, c'est par l'interview relue et assumée, qu'elle donna à un journaliste de Life que le peuple américain perçu les Kennedy comme un couple de légende : le roi et la reine de Camelot.

Un montage qui entrechoque les moments avec une seule visée : la détermination constante de Jackie de ramener toute l'histoire de l'Amérique dans la façon qu'a le couple Kennedy d'investir la Maison Blanche. Bobby en convient. Le bilan des trois ans de présidence de JFK est maigre ; quand il est assassiné, ni les revendications pour les droits civiques, ni la paix au Vietnam ne sont gagnés. En revanche, le couple a gagné le cœur des Américains depuis la célèbre émission spéciale télévisée, A tour of the White House with Mrs. John F. Kennedy réalisée par Franklin J. Schaffner pour CBS qui battit des records d’audience. Jackie y est montré comme guidée par son seul désir de justifier les dépenses pour donner à la Maison Blanche son statut de symbole de son histoire au peuple américain. Elle y est d'autant plus courageuse qu'elle  se sait aussi déterminée qu'inexpérimentée bénéficiant du seul, mais efficace, soutien de Nancy Tuckerman son amie d'enfance et secretaire particulière.

Le journaliste de Life retrace aussi son parcours, dans l'avion, avant et après l'assassinat, l'assassinat lui-même, le parcours vers l'hôpital, les funérailles, leur préparation. Puis suit, comme discussion la discussion avec le prêtre qui laisse ouverte la vie à venir de Jackie. Mais l'essentiel est fait comme semble l'indiquer l'étrange travelling arrière sur la procession des funérailles qui semble aller chercher son origine, la détermination de Jackie, plus qu'un envol vers la légende. On note aussi la surimpression de la foule sur son visage dans la voiture, son visage sous la voilette noire, son tailleur rose taché de sang et robe rouge pour la valse avec le roi de camelot qui conclut le film. Certes Camelot, comédie musicale créée à Broadway en 1960 avec Richard Burton et Julie Andrews et inspirée de la légende du roi Arthur, connut le succès mais comment ne pas retenir les phrases de Jackie : "Faites en sorte qu'on n'oublie pas qu'il y eut autrefois un lieu, pendant un bref et lumineux moment qui avait pour nom, Camelot"; et, au journaliste qui s'étonne de cette référence : " Il y aura d'autres grands présidents mais il n'y aura jamais un autre Camelot".

Plus qu'un portrait de femme, c'est l'inscription de celle-ci dans l'histoire de l'Amérique que cherche Pablo Larrain réussissant ainsi un  biopic plus touchant que Neruda, revendiquant immédiatement sa forme baroque.

Jean-Luc Lacuve, le 18/02/2016

Bibliographie; Vertige et vaniré, article de Jean-Philippe Tessé pour les Cahiers du cinéma n°730.