1943

Dans Prague occupée par les Nazis. Le 27 mai 1942, le Reich Protektor Heydrich vient d'édicter de nouvelles mesures de terreur à Prague quand il est assassiné par le Docteur Svoboda, membre d'un réseau de résistance tchèque dirigé par Dedic. Menacé par l'alarme donnée et le couvre-feu, le Docteur Svoboda finit par se réfugier chez la famille du professeur Novotny, un ancien révolutionnaire dont la fille, Mascha, l'a déjà aidé dans sa fuite.

Pendant ce temps, la Gestapo a commencé les interrogatoires et bientôt elle s'empare d'otages dont le Professeur. Mascha retrouve le Docteur Svoboda et lui demande de se livrer. Dedic lui explique de n'en rien faire et Mascha décide de se rendre à la Gestapo où toutefois elle se ravisera et ne dira rien. Mais elle éveille les soupçons de l'inspecteur Gruber qui va tenter de la piéger.

Czaka, un indicateur que Gruber a infiltré dans la Résistance, est démasqué, mais la Gestapo intervient et Dedic, grièvement blessé, trouve refuge chez Svoboda. Gruber, qui a mis l'appartement des Novotny sous écoute téléphonique, ce dont Svoboda et Mascha profitent pour faire croire aux gestapistes qu'ils s'aiment - ce qui expliqueraient qu'ils se connaissent- s'introduit avec ses hommes chez Svoboda qu'il trouve sortant du lit avec Mascha, mise en scène pour tromper uen fois de plus l'inspecteur. Celui-ci fait venir Jan, le fiancé de Mascha, en espérant qu'elle se troublera. En vain : Mascha est devenue aussi une résistante et Gruber n'a plus qu'à inviter Jan dans une boîte de nuit avec des prostituées afin de lui tirer les vers du nez. Il comprend le lendemain matin qu'il a été trompé, ligote le fiancé sur son lit, se rend à l'hôpital où travaille Svoboda et se rend compte que l'alibi de celui-ci ne tient pas car un autre médecin a joué son rôle pendant qu'il assassinait Heydrich. Aidés de Jan, délivré par le jeune frère de Mascha, les deux docteurs suppriment Gruber.

Czaka, contre qui les résistants ont monté une cabale en le faisant passer pour l'assassin du bourreau, est arrêté et sera liquidé par les nazis qui en sont toutefois pas dupes mais ne veulent pas perdre la face et classent le dossier.

Sur le DVD ci-dessous, analyse érudite et passionnante de Bernard Eisenschitz, historien du cinéma autour de la collaboration entre Brecht et Lang sur le film. Bernard Eisenschitz retrace la genèse du film réfute un certain nombre d'idées fausses sur la mésentente entre les deux auteurs allemands. Il indique que la structure épique du film tient essentiellement à Brecht. Lang a voulu cette structure et a, en revanche, fait sien, contre Brecht les caractéristiques du bourreau et du peuple. Lang a aussi choisit les acteurs avec une intelligence que Brecht n'a pas perçue.

1 - Genèse

En 1942, Lang est sans contrat. Il vient de faire trois films pour la Fox puis deux films interrompus où il a été remplacé et son contrat d'un an a ainsi expiré. Sans projet depuis plusieurs mois, sa carrière américaine est vacillante.

Lang est l'un des fondateurs du comité antifasciste d'Hollywood. Ce comité aide des émigrés à trouver du travail et à fuir l'Allemagne. Lang aide notamment Bertold Brecht qui se trouve en Suède depuis 1939. Il correspond avec lui comme l'indique le dossier du FBI et contribue pour une large part à l'arrivée de Brecht aux USA en 41.

Depuis 42, le reich protecteur de Tchécoslovaquie, Heydrich (qui à Paris a organisé la solution finale) fait une politique de terreur avec des fusillades de masse. La résistance londonienne décide de l'exécuter, probablement contre l'avis de la résistance sur place. Un commando parachuté exécute Heydrich dans sa voiture. Suit une violente répression avec le massacre du village de Vidiche un mois plus tard en juin 42 jusqu'au siège d'une église dans laquelle les auteurs de l'attenta sont réfugiés et l'assassinat de tous les résistants qui se trouvent dans cette église. La nouvelle parvient aux Etats-Unis sans que l'on sache rien des conditions de l'attentat ni des circonstances de l'exécution des otages.

Dès juin, Lang se met en quête d'un producteur et engage Brecht a titre personnel pour trouver un synopsis autour de l'assassinat de Heydrich et des otages. Ils travaillent du matin au soir et, début juillet, deux textes sont prêts : 437, un texte d'une trentaine de pages et Never surrender de 80 pages.

Lang trouve un producteur en la personne d'Arnold Pressburger. Il arrive d'Europe et a produit un seul film aux USA, Shanghai gesture de Sternberg. Lang avec son texte de 80 pages peut s'imposer comme producteur pendant que Pressburger trouve les financements dans les banques. Les artistes associés entrent dans la distribution. Lang peut alors engager un autre scénariste, John Wexley, auteur du scénario du premier film anti-nazi de la Warner qui parle bien allemand et qui s'entend bien avec Brecht. Ainsi de juillet à septembre, deux scénaristes travaillent ensemble sous les indications d'un producteur-réalisateur.

A un moment, Brecht parvient à persuader Wexley de travailler avec lui seul, séparément de Lang, pour développer ce qu'il appelle un "scénario idéal" où l'on trouvera plus de scène avec le peuple. Brecht, il l'écrit dans son journal, prévoit ensuite de présenter ce scénario à Lang pour discussion. Irène Bonot, chercheuse américaine, a examiné les fonds Brecht et Lang : ce scénario idéal n'a jamais consisté qu'en un polissage des premières scènes du scénario. Wexley écrit d'ailleurs à Lang de regarder ce polissage du scénario avec un œil neuf, pas comme ce qu'il a leur a demandé. Lang prend ça très mal. Il engueule Wexley et lui réaffirme qu'il fait un film pour le grand public et se fout des scènes avec le peuple.

 

2- Pas de divergence poétique et politique

Lang veut engager un troisième scénariste, Gunsbourg, car le film qu'il a prévu avec Brecht durera trois heures. Ce scénariste qui a travaillé à la radio réduit le film mais au-delà d'une durée normale. Gunsbourg conseille de suivre classiquement la jeune femme et son fiancé plutot que de passer d'une histoire à une autre. Gunsbourg propose d'éliminer l'intrigue avec Czaka, l'espion de la Gestapo.

Or cette construction épique, selon le terme de Brecht, qui s'oppose à la conception dramatique, on la retrouve aussi bien chez Lang (M le maudit) que chez Brecht (Grandeur et misère du 3ème Reich).

Il n'y a donc pas, d'un coté, un magnifique scénario de Brecht, complètement révolutionnaire que malheureusement nous ne pouvons pas trouver et qui a disparu et, de l'autre, ce pauvre Lang, complètement hollywoodisé, commercialisé qui en a fait ce film de suspens indigne de Brecht et du Lang allemand.

Lang veut faire un film anti-nazi et veut toucher le public américain. Il garde notamment le vibrant hommage du scénario de trente pages à la démocratie américaine, celle de la Tchécoslovaquie avant Heydrich était très proche de l'américaine. Brecht déclare que le cadre du film est celui d'une Résistance nationale bourgeoise.

La structure épique est donc conservée avec quatre intrigues qui finissent par se rejoindre : l'auteur de l'attentat, la fille d'un otage, le traître, le brasseur Czaka et l'enquête policière de l'inspecteur Gruber de la Gestapo.

Il n'y a pas non plus de divergence politique entre Lang et Brecht. Le film est conçu alors que fait rage la bataille de Stalingrad. Il n'y a alors aucune divergence entre les émigrés. Ce qui compte, c'est la lutte contre le nazisme. Les divergences politiques se feront jour après la bataille de Stalingrad et que l'on sait la victoire sur le nazisme en marche.

 

3- Les points de désaccord : les scènes coupées, les acteurs, Heydrich, le rôle du peuple.


Brecht est en désaccord quand il voit que son scénario a été réduit par les deux autres notamment des scènes avec le peuple et notamment des conflits entre otages.

Brecht qui assiste au tournage n'aime pas les acteurs. Il veut des acteurs épiques pour le traître. Il voudrait Oskar Homolka mais Lang ne veut pas d'acteurs allemands pour les rôles de tchèques qui auraient alors un accent allemand. Il veut pour les Tchèques des acteurs anglophones alors que les Allemands sont joués par des allemands avec la gestuelle du théâtre allemand.

Brecht veut que sa femme, Helen Wiegel, obtienne un rôle. Mais Lang n'en veut pas. Elle est l'une des femmes révoltées de Metropolis et Brecht a prévu pour elle le rôle muet de la marchande de légumes. Lang rajoute quelques répliques au rôle et affirme que son anglais n'est pas assez bon. En fait, il manque d'empathie avec son jeu trop théâtral.

Brecht fait de Heydrich, un tyran intelligent qui joue la carte de la terreur pour influencer pour l'économie. Lang en fait une grande folle qui hurle. La terreur nazie passe avant l'intelligence. Celle-ci n'est plus qu'une composante secondaire du personnage. Lang tient aussi beaucoup à montrer la déformation de la langue allemande par le nazisme.

Pour Brecht, la résistance organisée commet des erreurs et c'est la population de Prague qui corrige ces erreurs. Au milieu du film, l'héroïne, de cœur avec la résistance mais veut éviter la mort des otages lorsqu'elle se rend à la Gestapo pour dénoncer le résistant, elle est conduite par un cocher qui, acquis à la résistance l'emmène autre part. Elle déclare alors vouloir aller à la Gestapo, elle est prise à parti par le peuple. Pour Brecht elle découvre que le peuple a raison et va changer d'avis en arrivant à la Gestapo et va essayer de s'enfuir.

Pour Lang c'est l'inverse, le peuple c'est la possibilité du lynchage. Pour Lang, le peuple (M le maudit, Furie) est toujours celui qui risque d'être détourné d'une manière ou d'une autre (c'est la brutalité du nazisme qui la convainc)


Brecht ne voit pas l'intelligence de Lang dans le choix des acteurs. Walter Brennan en Novotny, vieil intellectuel révolutionnaire est aux antipodes de ses rôles dans les westerns de Hawks notamment. Il n'a ici aucune dramaturgie émotionnelle dans son jeu. Alexander Cranah qui joue Alois Gruber, l'inspecteur de la Gestapo, est également parfait pour jouer le seul personnage de bon vivant du film.

Brecht et Lang sont également d'accord pour que la machination passe par des moyens pas très éloignés de ceux de l'occupant allemand.

4 - Wexley impose son seul nom au scénario, contre l'avis de Brecht et de Lang.


Wexley revendique son seul nom comme auteur du scénario au générique. Brecht n'aime pas le film mais il est dans la nécessité de faire reconnaître son travail pour continuer dans le cinéma.

Le procès est jugé par la guilde des scénaristes. Pressburger témoigne contre Brecht, Lang et Eisler pour lui. Mais Wexley, anglophone, avait des relations avec le secrétariat et faisait mettre son nom en tête des pages. La guilde attribue le scénario au seul Wexley alors qu'il reconnaît que l'adaptation et le sujet original sont de Lang et Brecht. Fritz Lang demande que l'ordre soit inversé et que le nom de Brecht apparaisse avant le sien.

La vérité étant qu'il s'agit d'un scénario de Brecht, surtout pour la structure épique, en collaboration avec Lang et Wexley.

Test du DVD

Editeur : Carlotta-Films, juin 2008. Nouveau master restauré, version originale, sous-titres français. Format 1.33. Durée du Film : 2h15.

   
Alalyse du DVD

DVD 1 : version longue originale. DVD2 : version courte tronquée pour l'exploitation en France et suppléments :

  • Présentation (3 mn) de Bernard Eisenschitz
  • La collaboration Brecht / Lang (28 mn) par Bernard Eisenschitz
  • Bande-annonce

 

 

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Genre : Film de guerre
Les bourreaux meurent aussi
(Hangman also die). Avec : Brian Donlevy (Dr Frantisek Svoboda), Walter Brennan (Professeur Novotny), Anna Lee (Mascha Novotny), Alexander Granach (l'inspecteur de la Gestapo, Alois Gruber), Gene Lockhart (Emil Czaka, l'espion de la Gestapo). 2h11.
Voir : Photogrammes
Thème : Résistance
dvd chez Carlotta Films